09/10/2017 09:13
Deutsche Bank estime être "en bon chemin" pour rétablir la confiance après une pluie de scandales, mais assume de ne jamais retrouver "le niveau de rentabilité d'avant-crise", déclare à Sylvie Mathérat, membre du directoire de la banque.
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Deutsche Bank estime être "en bon chemin" pour rétablir la confiance après une pluie de scandales, mais assume de ne jamais retrouver "le niveau de rentabilité d'avant-crise". Photo : AFP/VNA/CVN

L'automne 2017 s'annonce plus calme qu'il y a un an, quand l'établissement se voyait réclamer 14,2 milliards de dollars par la justice américaine pour son rôle dans la crise des subprimes, à l'origine de la crise financière de 2008-2009.

Craignant une défaillance de l'établissement, nombre de clients l'avaient alors déserté dans la banque d'investissement et la gestion de fortune. Tout un édifice construit depuis les années 1990, en ayant fait grossir la banque loin de sa base domestique pour la faire rivaliser avec les mastodontes américains, menaçait de s'écrouler.

L'affaire américaine soldée à meilleur compte - 7,2 milliards de dollars - l'heure est au lent grignotage de parts de marché, mais "prendre des risques inconsidérés comme par le passé est quelque chose qu’on ne veut absolument plus faire", assure Sylvie Mathérat, chargée des affaires réglementaires et de la prévention de la fraude.

Actionnaires impatients

La reconquête s'avère laborieuse car, à l'inverse de ses concurrentes américaines, la banque allemande a tardé à réagir à la crise. "Le nettoyage de bilan aurait dû commencer plus tôt", explique celle qui a rejoint Deutsche Bank à la mi-2014.

Sous la houlette du britannique John Cryan, arrivé en 2016, la banque a choisi de réduire la voilure dans les activités à risque de la banque d'investissement, de fermer près de 200 agences en Allemagne et de supprimer 9.000 postes dans le monde.

Ces chantiers achevés, "revenir aux niveaux de rentabilité d’avant-crise n'est pas faisable", avertit toutefois la banquière.

Deutsche Bank affichait crânement 25% de rentabilité (avant impôt) sur fonds propres avant la crise, mais sur une base de capitaux beaucoup plus ténue qu'aujourd'hui.

Après deux années de lourdes pertes et une enfilade d'augmentations de capital, la dernière de 8 milliards d'euros datant d'avril, la rentabilité (après impôt) des fonds propres à fin juin 2017 affichait un maigre 3,2%.

Le troisième trimestre qui s'est achevé n'annonce rien de très bon sur fond d'activité atone cet été sur les marchés financiers, où la "Deutsche" tire encore une bonne part de ses recettes.

À terme, il s'agira de se comparer aux grandes rivales qui "se fixent des objectifs autour de 10% de rentabilité nette sur fonds propres", explique Sylvie Mathérat.

Alors que le cours de l'action a baissé de près de 7% depuis janvier, les actionnaires de Deutsche Bank s’impatientent, eux, de la voir mettre sur pied une stratégie durablement rentable.

Intelligence artificielle

Mais la banque a d'abord pris soin de renforcer le contrôle des risques, département coûteux mais incontournable pour retrouver la confiance des clients.

"Mes équipes vont grimper à environ 3.000 personnes en 2018", réparties entre Francfort, Hong Kong, Singapour, Londres et New York, détaille Mme Mathérat. C'est 500 de plus que ce que prévoyait le plan initial.

Ces chiens de garde en interne ne laissent rien passer : "nous appliquons une règle simple : tout ce que nous ne pouvons pas contrôler est interdit", explique la banquière.

D'ici la fin de l'année, la banque aura mis au point, en s'aidant de l'intelligence artificielle, un système de traçage reliant les premiers coups de téléphone et courriers avec le client à la transaction et son dénouement via un paiement.

"Les contrôles, cela freine un peu la marche en affaires", reconnaît-elle, "mais ce qui compte est qu'à la fin les opérationnels les aient intériorisés, comme s'ils les avaient initiés eux-mêmes."

Deutsche Bank se dit capable de jouer aux avant-postes mais pour cela "il faut résister au désamour de l'Europe, y compris de l'Allemagne, pour la banque d’investissement", prévient Sylvie Mathérat.

Elle redoute qu'en se tirant ainsi une balle dans le pied, l'Europe des marchés des capitaux "ne profite trop aux grandes adresses américaines au détriment de grandes banques européennes, dont la nôtre".

AFP/VNA/CVN


 
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