08/10/2017 08:01
Le confucianisme, une doctrine originaire de Chine, a eu, pendant les années féodales, de profondes influences sur la société vietnamienne. Mais aujourd’hui, il n’est plus en odeur de sainteté chez les Vietnamiens, et est en train de disparaître.
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De nouveaux lauréats se prosternent au Temple de la Littérature, en guise de remerciements.
Photo : CTV/CVN

Dans le Vietnam contemporain, jusqu’aux années 60 et 70 du XXe siècle, le confucianisme était tacitement condamné par les milieux officiels, mis au rancart par l’Institut de philosophie. Les statues de Confucius et de ses quatre disciples favoris, bannies du sanctuaire du Temple de la Littérature de Hanoï, se morfondaient avec les cancrelats dans la chaleur humide d’un dépôt.

Les points positifs et négatifs du confucianisme

Depuis le Dôi moi (Renouveau) de 1986, dans le sillage du revirement de la recherche inter-nationale en sciences sociales au sujet de Confucius, le Sage d’Asie et ses quatre disciples bénéficient de nouveau d’un culte fervent au Temple de la Littérature.

Par son discours truffé d’ambiguïtés, et surtout par ses applications sociales, le confucianisme pourrait se prêter à des éloges dithyrambiques aussi bien qu’à des critiques acerbes. C’est qu’en vérité, il a un côté positif et un côté négatif, il est lumière et ombre.

Côté lumière : Confucius (VIe siècle av. J.-C.) est considéré à juste titre comme un philosophe humaniste, dont l’enseignement essentiellement moral prêche l’effort vers le bien, la culture de la personnalité en vue d’une société harmonieuse, deux vertus cardinales que sont l’humanité (yen) et la justice (yi).

Côté ombre : le contenu des idéaux confucéens était limité par le contexte historique d’autant plus que ces derniers étaient mis au service de l’autoritarisme féodal pendant plus de deux mille ans. Depuis la fin du XIXe siècle, les patriotes et les révolutionnaires vietnamiens ont condamné le confucianisme dont le passéisme, le conservatisme et l’esprit scolastique imprégnaient la Cour royale de Huê qui refusait toute réforme modernisatrice, causant la perte de l’indépendance nationale. Ombre mais aussi lumière. La revalorisation de Confucius basée sur une appréciation objective est souhaitable. Mais de là à ne voir dans le confucianisme que le côté positif, comme certains chercheurs vietnamiens trop enthousiastes le font, tient de l’engouement.

Le confucianisme s’est répandu au Vietnam pendant les années féodales.
Photo : CTV/CVN

Au sujet des meurtrissures confucéennes dont souffre encore la société chinoise moderne, Truong Binh Tri et Duong Canh Long en ont fait une dissection impitoyable dans leur ouvrage Les défauts des Chinois (Pékin 1998). Je me permets d’en traduire ici quelques passages parce que l’état est presque le même au Vietnam qu’en Chine.

- Passéisme : «La pensée confucéenne ne regarde que vers l’arrière. Né dans une période de trouble, Confucius a fait le tour des principautés, rencontré quatre-vingt roitelets sans être bien traité. Il n’a pu trouver dans la vie présente une voie pour sauver le peuple, force lui fut de se tourner vers la période de prospérité d’antan... En fait de passéisme, le taoïsme allait même plus loin que le confucianisme... Les Chinois héritent de la pensée traditionnelle essentiellement à travers le confucianisme et le taoïsme. On obéit aux règles et coutumes existantes, on préserve les rites traditionnels, on défend le régime existant». Pas de changement.

Le confucéen se doit de servir son roi

- On rêve d’être mandarin pour pouvoir donner des ordres aux autres : «Confucius a dit : +Quand on cultive la terre, il se peut qu’on ait faim, faute de nourriture. Si on fait des études, il se peut qu’on ait des prébendes+» (Analectes). Une autre de ses paroles est fameuse : «Si on excelle dans les études, on peut devenir mandarin». Elle dit l’essence d’un choix de valeur : le but des études pour le lettré est le mandarinat : «Confucius a passé toute sa vie à poursuivre le mandarinat»... «S’il n’y a pas de roi pendant trois mois, quel ne sera l’embarras», cette pensée révèle un homme qui a perdu toute confiance en soi, ne sachant que faire s’il ne peut entrer au service d’un roi. Les lettrés ne forment pas une couche sociale indépendante, ils s’accrochent aux rois, aux mandarins, aux nobles pour gagner leur vie, vivant des aumônes reçues.

- Soumission au destin : «... Errant toute sa vie, face aux privations, Confucius reconnaît : +Si le tao est accompli, c’est la volonté du Ciel. S’il est écarté, c’est la volonté du Ciel aussi+»... Le destin est source de peur et de superstition. «Les Chinois croient au destin. Vu sous l’angle politique et social, cala est dû au système d’obscurantisme pratiqué par le régime absolutiste féodal pendant une longue période».

- Système de castes : «Confucius insiste sur la séparation des castes, chacun doit conserver son identité de caste pour ne pas semer le désordre».

- Se faire un nom : «Pour  se faire un nom, outre le fait de +dévorer dix mille bouquins+, le lettré recherche un mécène, cherche à attirer l’attention du public par quelque acte extravagant, flatte ou diffame les hommes célèbres ou fait sa propre réclame».

- Souci de la face : «Le problème de la face est l’essence de la culture chinoise, il est typique du sens communautaire... Mais la face en réalité n’est que le superficiel... qui peut être un masque». Le confucianisme renforce le souci de la face.

- Mépris de la femme. Le confucianisme consacre «le mépris de la femme et le respect de l’homme qui font partie intégrante de la mentalité chinoise depuis des milliers d’années».
 
Huu Ngoc/CVN
Mars 2004
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