31/03/2018 01:20
Jumelles en main, Juan David Camacho arpente la jungle. À 10 ans, il est le plus jeune observateur d’oiseaux de Colombie mais rêve déjà en grand.
>>Les oiseaux des campagnes en déclin vertigineux en France

Deux colibris flavescents dans la forêt de San Antonio en Colombie, le 1er mars 2018.
Photo : AFP/VNA/CVN

Féru de foot comme la plupart des Colombiens, Juan David Camacho se découvre une autre passion lorsque son père l’emmène un jour observer les oiseaux. "Les premières sorties avec mon papa ne m’ont pas trop plu. Mais après, si !", avoue-t-il. C’était il y a trois ans. Depuis, une fois par mois, il parcourt les forêts tropicales des alentours de Cali, troisième ville du pays avec environ 2,5 millions d’habitants. Nichée au cœur de l’immensité verte du Valle del Cauca (Sud-Ouest) et de la cordillère des Andes, cette municipalité, qui s’étage de 900 à 4.100 m d’altitude, compte "562 espèces d’oiseaux, beaucoup plus que dans toute l’Europe", souligne l’expert Carlos Wagner, 40 ans, directeur du Festival international des oiseaux de Cali.

"Nous partons très tôt avec nos appareils photos, jumelles, trépieds et nous observons les oiseaux jusque vers midi, en silence", dit Juan David Camacho d’un ton tranquille. Sans cesser de jeter un œil de-ci de-là : pas question de manquer le spécimen rare qui viendrait à se poser sur une branche autour du Lac aux hérons, à Cali.

Des espèces rares

Juan David Camacho, accompagné de ses parents, est à 10 ans le plus jeune observateur d’oiseaux de Colombie. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Son pays, paradis des ornithologues, est le numéro un de la planète pour le nombre d’espèces d’oiseaux qui y vivent, et le petit garçon entend bien les voir toutes. "J’en ai déjà vu 491 et pris 200 en photo", se réjouit Juan David Camacho. En février, il était au Festival international des oiseaux, qui attire plus de 15.000 personnes chaque année à Cali, et y a donné une conférence sur ses "Trois ans de passion pour les oiseaux". Trop petit pour atteindre le pupitre posé sur la scène, il s’est emparé du micro et a commenté les images d’expéditions menées avec ses parents, informaticien et avocate, et parfois d’autres amoureux des créatures à plumes. Parmi eux, aucun n’est aussi jeune que l’enfant. Certains pourraient être ses arrière-grands-parents.

Plus haut dans la montagne, à la Finca Alejandria, des nuées de colibris de toutes les couleurs volettent autour de soucoupes rouges d’eau sucrée. D’autres espèces se régalent de bananes posées sur des plateformes en bambou. Une famille française venue d’Amiens s’émerveille. "Dans nos grandes plaines du Nord, les arbres ont disparu à cause de l’agriculture extensive. On voit de moins en moins d’oiseaux. Ici, c’est magique !", lance le père, Marc Bulcourt, 62 ans, infirmier à la retraite.

Surgit alors un calliste multicolore, l’une des 79 espèces d’oiseaux endémiques de Colombie. "Tout observateur veut le voir au moins une fois avant de mourir !", s’exclame M. Wagner, en désignant un rarissime chlorochrysa nitidis-sima, nom scientifique de ce petit volatile turquoise, jaune et vert anis.

Si Juan David l’a déjà aperçu, il n’entend pas abandonner sa quête : "Je n’ai pas encore vu de condor", explique-t-il. L’oiseau emblématique des Andes est menacé, ses populations sont de plus en plus réduites, donc difficiles à observer. "Quand j’aurai visité toute la Colombie, j’aimerais aller dans d’autres pays", dit aussi l’enfant qui rêve, bien évidemment, de devenir ornithologue.

L’avitourisme, alternative économique

Deuxième pays du monde pour la richesse de sa biodiversité, après le Brésil huit fois plus grand, la Colombie est celui qui compte le plus d’espèces d’oiseaux : plus de 1.920, soit 19% de celles de la planète. "C’est un pays tropical, point de contact entre la faune d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud. De surcroît en Colombie, les Andes se divisent en trois cordillères, avec de multiples vallées (...) donc beaucoup d’écosystèmes où ont évolué de nombreuses espèces", explique M. Wagner. Cet autre passionné a grandi dans la campagne environnante, près de la forêt San Antonio, site de la première grande expédition ornithologique jamais réalisée en Colombie, en 1910 par le Musée d’histoire naturelle de New York.

Fort d’un projet de fin d’études en zootechnie sur l’avitourisme, il s’attèle alors, avec d’autres passionnés d’écologie, à sensi-biliser les habitants pour qu’ils préservent la forêt et accueillent, contre rétribution, les observateurs d’oiseaux. "Nous sommes de grands romantiques, mais les agriculteurs ont des besoins : ils abattent les arbres pour cultiver", admet-il.

Bien que la Colombie soit le royaume des oiseaux, le tourisme d’observation y est peu développé. Mais le gouvernement a pris conscience de cette potentielle source de revenus. Il attend à l’avenir "14.978 observateurs par an, qui rapporteraient près de neuf millions de dollars", selon une projection du ministère colombien du Tourisme. La plupart viennent actuellement des États-Unis, du Canada, d’Argentine et du Royaume-Uni. Dans la forêt de San Antonio, une dizaine de lieux et de guides accueillent déjà les observateurs, au tarif de 15.000 à 20.000 pesos (environ 5 à 6,5 dollars) la visite.

AFP/VNA/CVN


 
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