19/04/2019 16:42
L'incendie de Notre-Dame de Paris a relancé le débat sur les lacunes dans l'entretien régulier du patrimoine à l'échelle du pays qui obligent à décider dans l'urgence des opérations plus vastes, coûteuses et risquées.
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Des ouvriers interviennent sur la face nord de Notre-Dame de Paris le 18 avril.
Photo: AFP/VNA/CVN

Selon Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux (CMN), le traumatisme survenu lundi 15 avril dans le joyau parisien de l'art gothique, "va amener à considérer différemment les travaux d'entretien et de mise en sécurité du patrimoine", ce qui devrait conduire à une réflexion et à des "évolutions" dans les méthodes.

"Une politique volontariste d'entretien régulier rendrait moins nécessaire des grandes opérations de restauration très coûteuses et assurerait un niveau de sécurité de meilleure qualité", a-t-il argumenté dans un entretien à l'AFP.

Pour Benjamin Mouton, architecte en chef de Notre-Dame de Paris de 2000 à 2013, "cet entretien de +bon père de famille+ est souhaité depuis des siècles" dans les milliers de sites du patrimoine français, mais la réalité en est bien souvent éloignée.

Aux yeux de Julien Lacaze, vice-président de l'association de défense du patrimoine Sites et monuments, "il suffit de voir ce qui se passe avec les menuiseries extérieures et les grilles dans les monuments nationaux. On ne sait pas mener une entretien régulier". Et, in fine, "cela oblige à changer beaucoup plus de bois". Parfois "l'envie vient de repeindre en apportant son pot de peinture", ajoute-t-il.

Philippe Bélaval en 2013 à l'Élysée. Photo: AFP/VNA/CVN

Alors qu'un chantier gigantesque et complexe se prépare à Notre-Dame de Paris sur plusieurs années, Philippe Bélaval souligne que "le risque zéro n'existe pas" dans de tels travaux.

Si, comme à Notre-Dame, "on élève le niveau d'exigences en termes de mesures de sécurité, on va élever en même temps le coût des opérations de restauration et d'entretien. Si on les renchérit, il y en aura moins. Il ne faut pas que le souci très louable d'avoir le niveau le plus haut possible de sécurité se traduise par un résultat contre-productif, en rendant plus difficiles et beaucoup plus rares les grands chantiers".

"Tout ou rien"

C'est ce que Julien Lacaze nomme la politique du "tout ou rien" avec une intervention tardive et beaucoup plus importante in fine.

Pour Benjamin Mouton, plusieurs interventions doivent être différenciées: "d'abord la maintenance --déboucher une gouttière, remplacer une vitre cassée, etc-- qui se fait très régulièrement. Puis l'entretien: il s'agit de renouveler les matériaux en essayant de le faire a minima".

À Notre-Dame, "on avait constaté que des structures étaient fatiguées. Des morceaux des couvertures en plomb de la flèche de Viollet-Le-Duc montraient des défaillances".

Et, quand "des parties de pierres sont altérées: comment faire? Il faut les étayer, sinon les changer". Dans de tels cas, "on ne peut plus toujours réparer". Par exemple, face à l'érosion que causent les agents chimiques dans l'atmosphère, "l'entretien peut juste un peu ralentir (ce processus), mais les moyens sont limités et relatifs".

"À force de coudre des pièces sur le pantalon, il n'y a plus de pantalon", lance l'architecte dans une boutade. À Notre-Dame, assure-t-il, il y a un entretien annuel avec des visites permanentes des agents des bâtiments de France, architectes et techniciens.

Le vice-président de Sites et monuments estime que les lacunes dans l'entretien régulier du patrimoine trouvent aussi leurs causes dans les modes des rémunérations: "les architectes des monuments historiques sont payés au pourcentage des travaux, et ils vont avoir tendance à privilégier des travaux d'envergure", estime-t-il.

Cette absence totale d'entretien a des conséquences encore plus dévastatrices sur les petits sites des campagnes, particulièrement les églises. Il cite l'église de Jussy-le-Chaudrier dans le Cher, qui a un beau chœur du XIIIe siècle, et que Sites et Monuments défend. Sa démolition a été votée en 2017 par le conseil municipal en raison du coût élevé de sa restauration (1 à 1,5 million d'euros). Ce coût aurait été moins élevé s'il y avait eu un entretien régulier.

Selon M. Lacaze, il faudrait inventer des "mécanismes de péréquation" pour que l'argent des mécènes qui afflue aujourd'hui pour Notre-Dame de Paris bénéficie davantage aux patrimoines de la France profonde.

AFP/VNA/CVN
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