28/03/2019 09:39
Le comité désigné par Nissan pour corriger une gouvernance jugée défaillante à la lumière de l'affaire Ghosn a recommandé mercredi 27 mars l'abolition du poste de président du conseil d'administration que ce dernier occupait, blâmant non seulement son pouvoir prétendument sans limites mais aussi sa stratégie industrielle.
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Seiichiro Nishioka (gauche) et Sadayuki Sakakibara, coprésidents du comité de gouvernance de Nissan, lors d'une conférence de presse à Yokohama, le 27 mars.
Photo: AFP/VNA/CVN

Dans un rapport de 34 pages, il mène une charge virulente contre l'ancien PDG de l'alliance Renault-Nissan, actuellement assigné à résidence à Tokyo dans l'attente de son procès pour malversations présumées.

Selon ce comité composé de sept membres, Carlos Ghosn décidait tout lui-même dans la compagnie et avait placé "des proches", pour éviter que ses "agissements" ne soient découverts.

"Il a créé une situation dans laquelle il était difficile de détecter son appât du gain", a affirmé le coprésident du comité, Seiichiro Nishioka, lors d'une conférence de presse à Yokohama (banlieue de Tokyo), non loin du siège du groupe automobile japonais.

L'instance reprend à son compte l'ensemble des accusations de Nissan, dépeignant un dirigeant utilisant à son profit l'argent de l'entreprise en puisant notamment dans "la réserve du PDG". Censée parer à des imprévus, comme des catastrophes naturelles, cette cagnotte devrait être supprimée, suggère le comité.

Carlos Ghosn, venu à la rescousse de Nissan en 1999, en était devenu le PDG deux ans plus tard, un poste qu'il a occupé jusqu'en 2017 pour n'en garder ensuite que la présidence du conseil d'administration, tout en restant PDG de Renault.

"Il n'était pas possible de s'opposer à lui", insiste le rapport à plusieurs reprises. "Il était déifié au sein de Nissan en tant que sauveur du groupe, et ses activités étaient considérées comme un territoire impénétrable".

Et le document de critiquer aussi une façon de diriger autoritaire "qui a échoué à laisser s'exprimer une diversité d'opinions", ainsi qu'une "culture des objectifs à court terme".

Pour éviter qu'une telle situation de "concentration des pouvoirs" ne se reproduise, le comité propose donc de se passer de président, une mesure présentée comme "audacieuse".

Afin d'apaiser les choses, l'actuel président de Renault, Jean-Dominique Senard, avait indiqué à la mi-mars renoncer à briguer la tête de Nissan.

À la place, un administrateur externe devrait être chargé de diriger les réunions du conseil, où les membres indépendants deviendraient majoritaires.

Pour remplir ce rôle, le quotidien économique Nikkei a évoqué Sadayuki Sakakibara, 76 ans, celui-là même qui codirige le comité de gouvernance, mais cela n'a pas été confirmé mercredi 27 mars.

Cet ex-patron des patrons a "un bilan vraiment peu glorieux en termes de gouvernance", estime auprès de l'AFP Zuhair Khan, analyste de Jefferies, qui dénonce depuis longtemps les dysfonctionnements de Nissan.

AFP/VNA/CVN
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