17/06/2018 15:28
Huit personnes ont été tuées samedi 16 juin à Managua, portant à au moins 178 morts le bilan du mouvement de contestation antigouvernemental qui secoue le Nicaragua depuis deux mois, et fragilisant la reprise du dialogue entre le gouvernement et l'opposition.
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À l'intérieur de la maison incendiée d'une famille dont six membres ont péri à Managua, le 16 juin. Photo: AFP/VNA/CVN

Les deux parties ont suspendu leurs discussions samedi soir 16 juin, en annonçant qu'elles les reprendraient lundi 18 juin. Elles devraient alors examiner une proposition formulée par l'Église catholique - qui joue dans cette crise le rôle de médiateur - prévoyant d'organiser des élections générales anticipées en mars 2019, soit deux ans avant l'échéance prévue.

Les évêques proposent également une réforme constitutionnelle qui entrerait en vigueur dès cette année et qui empêcherait le chef de l'État de briguer un nouveau mandat. L'opposition exige depuis deux mois le départ du président Daniel Ortega, 72 ans.

Le chef de l'État s'est dit prêt à travailler à une démocratisation du pays, mais n'a pas dit s'il consentirait à écourté son mandat, valable théoriquement jusqu'en janvier 2022. "Nous réitérons notre volonté totale d'écouter toutes les propositions entrant dans un cadre institutionnel et constitutionnel", a-t-il seulement commenté.

Six des nouvelles victimes tuées samedi 16 juin sont des membres d'une même famille dont le domicile a été incendié par un groupe d'hommes encagoulés qui ont lancé un cocktail molotov. Une femme et un enfant ont survécu au sinistre mais ont été grièvement blessés en se jetant dans le vide depuis un balcon.

Le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, a dénoncé sur Twitter un "crime contre l'humanité qui ne peut rester impuni".

Ce drame a été condamné aussi bien par l'opposition que par le gouvernement, qui s'en sont rejeté mutuellement la responsabilité au moment où leurs représentants renouaient les fils d'un fragile dialogue.

Les deux autres victimes décédées ont été attaquées alors qu'elles dégageaient une barricade dressée sur une route, a indiqué la police dans un communiqué.


Le "dialogue national" réunissant représentants du gouvernement, de l'opposition et de la conférence épiscopale, à Managua le 15 juin.
Photo: AFP/VNA/CVN

Ces nouveaux incidents violents surviennent alors que le gouvernement et l'opposition avaient trouvé vendredi un accord autorisant des observateurs des droits de l'homme à venir enquêter sur les violences.

Le Nicaragua, payé le plus pauvre d'Amérique centrale, a basculé dans le chaos après la répression le 18 avril des manifestations contre l'insécurité sociale.

Certaines villes comme Masaya, près de la capitale, ont fermé tous leurs accès, espérant ainsi se prémunir des meurtres, saccages et incendies de magasins. Une sorte de couvre-feu virtuel s'est parfois mis en place, de nombreux habitants préférant s'enfermer chez eux dès le début de soirée, pour se mettre à l'abri.

Sur plus des deux tiers des routes du pays, des opposants ont dressé des barricades, parfois faites de pavés ou de tronc d'arbres, afin d'empêcher le passage des forces anti-émeutes et autres groupes paramilitaires. Ces barrages routiers perturbent la livraison de marchandises, minent le commerce régional, et ont contraint à un arrêt forcé des centaines de camions en transit à travers le pays.

Si la crise se prolonge, l'ardoise pour le pays pourrait dépasser les 900 millions de dollars, selon la Fondation nicaraguayenne pour le développement social et économique (Funides), qui calcule que le Nicaragua pourrait perdre jusqu'à 150.000 emplois d'ici la fin de l'année.


AFP/VNA/CVN

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