31/10/2020 14:00
Le peintre Nguyên Dô Cung est une personnalité culturelle qui jouit d’un grand prestige dans tout le pays en raison de son talent, de son érudition et de sa parfaite intégrité.
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Le peintre Nguyên Dô Cung. Photo : CTV/CVN
Bachelier ès humanités de l’ancien enseignement, le père du peintre Nguyên Dô Cung (1912-1977), Nguyên Dô Muc, s’était fait un nom dans le journalisme naissant et la traduction de romans chinois populaires.

En 1929, Nguyên Dô Cung est admis par voie de concours à l’École des beaux-arts de l’Indochine d’où il est sorti en 1934 après avoir fait de brillantes études.

En 1939, le nouveau directeur de l’école, Jonchère, veut orienter les cours vers la formation d’artisans et non plus d’artistes. Il est d’avis que les Indochinois ont des aptitudes assez limitées et qu’il ne faut pas espérer faire d’eux des créateurs.

La peinture coule dans ses veines

Nguyên Dô Cung, soutenu par ses confrères Trân Van Cân, Luu Van Sìn, Hoàng Lâp Ngôn et Luong Xuân Nhi, a fait une protestation véhémente dans la presse.

Il a invité le sculpteur français à aller contempler nos sculptures dans les pagodes de Dâu, Keo et Cót, la maison communale de Dình Bang, avant de faire des commentaires sur le goût esthétique des Vietnamiens (d’après Ngày nay - Aujourd’hui du 7 janvier 1939 et Le Vietnam en marche de février 1962). Accompagné d’étudiants enthousiastes, tel Nguyên Tu Nghiêm, Cung a parcouru en bicyclette tout le delta du fleuve Rouge pour fouiller les joyaux artistiques enfouis dans les villages. Il n’a cessé d’approfondir ses connaissances sur l’archéologie, l’histoire, les traditions et le folklore du Vietnam.

C’est vers 1942-1943 que j’ai rencontré Cung à Huê (Centre) et que je me suis lié d’amitié avec lui. Nous professons dans la même école privée, le lycée Viêt Anh. Comme j’aime le dessin, les jours de congé, il m’emmène partout où il veut peindre un paysage, en général aux tombeaux royaux et à la Colline de l’Écran Royal. Sa préoccupation majeure est de dépasser l’étape de l’École des beaux-arts de l’Indochine (française) : définir la spécificité vietnamienne à travers notre patrimoine culturel, aller au-delà du néo-classicisme et du postimpressionnisme de l’école. Il m’explique avec patience la différence entre la peinture et la photo. Il me fait comprendre à longueur de journées Cézanne, son maître à penser, comment construire non plus par la couleur (impressionniste), mais par la superposition géométrique des plans rythmés. Devant mes yeux émerveillés, ses principes prennent forme dans une gouache ou une huile.

L’oeuvre "La guérilla La Haye s’exerçant au tir" du peintre Nguyên Dô Cung.
Photo : ST/CVN

J’ai perdu de vue Cung pendant quelques années. Après la Révolution de 1945, nous nous retrouvons à Hanoï. Il professe à l’Ecole secondaire privée Phan Chu Trinh et m’y introduit. Cung est député à la première Assemblée nationale du Vietnam, affranchi du joug français. La guerre franco-vietnamienne éclate en décembre 1946 et nous sépare de nouveau pendant neuf ans. Cung assume les fonctions de président de l’Association des lettres et des arts de la Résistance en Ive Interzone de guerre.

C’est avec beaucoup de joie que nous nous sommes retrouvés dans la capitale libérée fin 1954. Cung fait partie du Comité de prise en charge des services culturels laissés par l’administration française. Il s’occupe particulièrement du Musée de l’Histoire (ancien Musée Luis Finot) et du Musée de la Révolution. À lui incombe aussi la tâche d’établir le premier musée des Beaux-arts du Vietnam. En modifiant certains éléments architecturaux, il a réussi à donner à l’ancien lycée Félix Faure (pour jeunes filles françaises) une silhouette vietnamienne qui cadre avec les objets d’art exposés.

Jusqu’à sa retraite, Cung dirige notre premier Institut d’art et d’artisanat et participe comme fondateur aux travaux de l’Institut du folklore du Vietnam. Grâce à lui, nous avons pu découvrir et préserver les magnifiques sculptures populaires sur bois qui ornent nos maisons communales des XVIIe et XVIIIe siècles.

Nous avions l’occasion de nous voir régulièrement. Je ne venais chez lui, rue des Oignons dans le Vieux quartier de Hanoï, pas souvent parce qu’il était toujours absent. C’est lui qui souvent venait chez moi, rue Tô Hiên Thành, parfois le soir vers 20h00 et restait jusqu’à 23h00 et plus. Nous parlions de tout, art, philosophie, tradition, lui souvent monologuait et traînait, alors que ma femme et mes trois petits enfants baillaient en attendant de dormir, - nous logions dans une chambre de 20 m².

En ce temps de bombardements américains intensifs où tout manquait, même du papier et des couleurs, Cung m’a apporté un jour une aquarelle représentant la pagode des Parfums qu’il avait encadrée lui-même avec des morceaux de bambou mal rapiécés.

Cung n’est plus. Son œuvre reste devant moi, témoignage attendrissant d’une époque exaltante et d’un ami artiste patriote.
 
Huu Ngoc/CVN
(Avril 2005)
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