16/12/2018 17:39
Plombier, écrivain public, nettoyeur d'oreilles, les petits métiers qui animent le centre historique de Rangoun résistent aux changements qui bouleversent la capitale économique de la Birmanie, où cohabitent rickshaws et voitures modernes, maisons coloniales décrépites et chantiers d'hôtels de luxe.
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Aung Min, un des rares écrivains publics restant dans la capitale birmane Rangoun, travaille sur le document d'une cliente dans la rue Pansodan, le 5 décembre 2018.
Photo: AFP/VNA/CVN

Construite par les Britanniques, la rue Pansodan, autrefois appelée Phayre Street, abrite de multiples bâtiments coloniaux et galeries d'arts.

Elle est représentative du paradoxe d'une ville à la croissance anarchique, ayant vu doubler sa population depuis 1983 jusqu'à atteindre aujourd'hui plus de 7 millions d'habitants, mais sans que les infrastructures, y compris de services, aient suivi le mouvement.

"C'est la rue des livres, des écrivains, des poètes", s'enthousiasme le galeriste Aung Soe Min.

On y trouve en effet des bouquinistes étalant leurs livres à même le pavé mais aussi l'un des rares écrivains publics qui subsiste à Rangoun, la profession ayant peu à peu disparu avec le développement des cybercafés et l'arrivée des ordinateurs dans nombre de bureaux et de foyers.

Le bouquiniste Tin Than (à gauche) montre un livre à un client devant son étal installé à même la rue de Pansodan, dans la capitale birmane Rangoun, le 5 décembre 2018.
Photo: AFP/VNA/CVN

Aung Min a appris à l'armée à se servir d'une machine à écrire. Depuis qu'il a pris sa retraite en 1980, il travaille sur la rue Pansodan, près de la Haute cour de justice, et s'est spécialisé dans l'établissement de documents juridiques.

Les machines à écrire restaient utilisées jusqu'à il y a quelques années dans les tribunaux et les ministères de la capitale administrative, Naypyidaw, à cinq heures de route de là. Le pays est en effet resté coupé du monde pendant des décennies par une junte militaire paranoïaque, qui a aujourd'hui cédé le pouvoir civil au gouvernement de la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

Plombiers de rue

Min Aung, plombier de 58 ans, attend des clients dans la rue Pansodan, à Rangoun, le 23 novembre 2018.
Photo: AFP/VNA/CVN

Outre les stands de bouquinistes et son écrivain public, la "rue des livres" est plus prosaïquement aussi le "bureau" d'une petite armée de plombiers, qui attendent sur un trottoir défoncé. Les demandes sont très fréquentes, surtout pendant la saison de la mousson où les pluies obstruent les réseaux d'évacuation de l'ancienne capitale coloniale anglaise, vieux de plusieurs décennies.

"Tant qu'il y a des toilettes, il y aura du travail pour nous", sourit Min Aung, un plombier de 58 ans, assis à côté d'une lunette de toilette qui lui sert à faire la publicité de ses services.

Des nettoyeurs d'oreilles proposent leurs soins. Des femmes offrent des manucures et pédicures express à même le trottoir, le client assis sur un tabouret rudimentaire, contre une poignée de dollars.

"Je n'avais pas d'argent pour investir dans d'autres entreprises, alors je fais cela pour gagner ma vie", raconte Khin Ohn Myint qui soigne les ongles incarnés ou retire les bouchons de cire des oreilles de ses clients.

Khin Ohn Myint, manicuriste et nettoyeuse d'oreilles, s'occupe le 4 décembre 2018 des ongles d'un client sous un pont, le long de la rue Pansodan, dans la capitale birmane Rangoun.
Photo: AFP/VNA/CVN

La dizaine de dollars gagnés chaque jour lui a permis d'envoyer ses enfants à l'université.Mais de nombreux métiers de rue ont été victimes des réformes engagées depuis 2011 et l'autodissolution de la junte.

L'amélioration progressive du réseau électrique a ainsi conduit à une augmentation du nombre de réfrigérateurs dans les foyers, entraînant la disparition des vendeurs de glace. Mais les marchands d'eau en bonbonne subsistent, car le système d'approvisionnement en eau du robinet date lui aussi de l'époque coloniale.
 
AFP/VNA/CVN
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