19/02/2022 09:28
Les maisons-jardins, riches en valeurs culturelles, architecturelles et historiques, sont un des patrimoines typiques de l’ancienne capitale de Huê. Les protéger de la dégradation tout en promouvant leur attractivité touristique intéressent de plus en plus les autorités locales.
>>Préserver et développer les valeurs des maisons-jardins à Huê
>>Les nhà vuon de Huê
>>Près de 32,6 milliards de dôngs pour les maisons-jardins à Huê

Vue de la maison-jardin d’An Hiên. Photo : VNA/CVN

"Lorsqu’on parle des maisons-jardins (appelées nhà ruong), on pense immédiatement à celles de la ville de Huê", affirme Phan Thanh Hai, directeur du Service de la culture et des sports de la province de Thua Thiên-Huê (Centre). Selon lui, les nhà ruong sont un élément important de la culture de Huê car elles étaient autrefois emblématiques de l’architecture originale de l’ancienne capitale impériale.

Harmonie entre l’homme et la nature

Une nhà ruong se compose de deux éléments majeurs indispensables : une maison à toiture en tuile et un jardin luxuriant et bien taillé qui l’entoure. La maison est à charpente en bois. L’assemblage des pièces se fait à tenon et à mortaise, en l’absence de tout métal. Le tout repose sur un système de colonnes, lesquelles reposent à leur tour sur des bases rondes ou carrées de pierres taillées. Une construction ordinaire comprend trois travées pleines et deux travées d’extrémité ou appentis. L’autel des ancêtres occupe la partie centrale. Le bois de charpente est choisi parmi les espèces qui résistent à l’humidité et aux insectes.

Une nhà ruong doit être entourée d’un jardin conçu aussi minutieusement que la maison. Dans cet espace, les œuvres architecturales, bien qu’occupant une proportion modeste, forment un ensemble complet et harmonieux avec la maison selon le principe de la géomancie (feng shui). On y retrouve souvent des allées, des haies méticuleusement taillées, et une cour où sont disposées des plantes d’agréments et de montagnes.

Parmi les maisons-jardins typiques de Huê figure celle d’An Hiên. S’étendant sur 4.608 m2, elle fut construite vers la fin du XIXe siècle par un mandarin sous la dynastie des Nguyên (1802-1945). Après avoir été rachetée en 1934 par Nguyên Dinh Chi, elle a été beaucoup soignée par l’épouse de ce mandarin pour devenir un ouvrage emblématique. 

Des meubles dans le salon de la maison. Photo : VNA/CVN

La maison dispose d’une voûte traditionnelle et son toit est orné de têtes de tigre aux dessins stylisés sur deux côtés. De l’extérieur, au milieu du portail et sous le toit, on voit un panneau gaufré en forme de livre sur lequel sont incrustés deux mots "An Hiên" en morceaux de terre cuite verts et blancs sur fond noir. Au-dessus du panneau, il y a symétriquement deux chauves-souris déployant leurs ailes tout en regardant vers le bas de la porte. Juste en dessous du panneau, reposant délicatement dans une forme demi-circulaire, on voit des motifs de décoration en tête de tigre colorée.

Préservation associée au tourisme

Sous la plume de maints écrivains, dont Hoàng Phu Ngoc Tuong dans son œuvre Hoa trái quanh tôi (Fruits et fleurs autour de moi), An Hiên est décrite comme un lieu unique qui symbolise la délicatesse. On y retrouve beaucoup de fleurs, des plus courantes comme le jasmin, la grenade, le tournesol, mais aussi des rosiers et différentes variétés d’orchidées. Sans oublier de nombreux arbres fruitiers précieux, tel mangoustanier, durian, litchi, sapotier, etc. 

Mais toutes les nhà ruong de Huê n’ont pas eu le droit au même traitement qu’An Hiên. Construites majoritairement avant 1945, la plupart d’entre elles subissent au fil du temps une grave dégradation, leurs propriétaires n’ayant bien souvent pas suffisamment de capacité financière pour les entretenir et encore moins les restaurer. 

Depuis 2006, la province de Thua Thiên-Huê met en œuvre des politiques de protection de ces ouvrages. Mais pendant longtemps, faute de moyens appropriés et suffisants, les résultats furent très minces. En 2015, la province a lancé le projet "Soutien à la protection et à la promotion des valeurs typiques des maisons-jardins de Huê" pour la période 2015-2020. Près de 30 milliards de dôngs furent ainsi versés pour restaurer 18 maisons dans la ville de Huê et 25 autres dans le village ancien de Phuoc Tich du district de Phong Diên.

"Le projet s’est montré très opportun et efficace dans la lutte contre la dégradation des patrimoines dans ce village vieux de 500 ans, répondant aussi aux aspirations des villageois", souligne Hoàng Van Thai, vice-président du Comité populaire du district de Phong Diên. En exemple, il cite la maison de Hô Van Thuyên, gravement dégradée, et qui a été restaurée avec succès en 2019.

L’allée ombragée menant à la maison. Photo : VNA/CVN

Fin 2020, 10 milliards de dôngs ont été injectés à la restauration du site de Châu Huong Viên dans le district de Phu Vang où existe une maison-jardin de 300 m2 qui fut la résidence de Ung Binh Thúc Gia Thi (1877-1961), un poète célèbre de Huê qui a contribué à l’essor du ca Huê (chant de Huê). Bien que la restauration rencontre des difficultés, notamment du fait des divergences de point de vie entre co-propriétaires, les autorités locales sont déterminées à mener ce projet à bien pour protéger et redonner une nouvelle vie à ce patrimoine.

L’inscription des maisons-jardins dans les circuits touristiques est d’ailleurs une proposition qui est saluée par tous les acteurs du secteur. Jusqu’ici, une dizaine de maisons-jardins de la ville de Huê ont déclaré être prêtes à accueillir les touristes.

"L’exploitation touristique des +nhà ruong+ est bienvenue, permettant à la fois de promouvoir un patrimoine encore méconnu de la ville et aux professionnels du tourisme de diversifier leurs circuits. C’est pour toutes ces raisons que nous allons développer ces prochains temps des produits touristiques intégrant les maisons-jardins comme haltes pour les visiteurs", affirme Trân Huu Thùy Giang, directeur du Service provincial du tourisme.

Linh Thao/CVN

 
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