31/03/2021 09:37
Plus de 520 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'État du 1er février au Myanmar où les factions ethniques armées menacent de rejoindre le mouvement de contestation si le bain de sang continue.

>>Myanmar : nouvelles violences dans une banlieue industrielle de Rangoun
 

Un manifestant tué a été transporté dans cette civière jusqu'à un hôpital de Rangoun, le 30 mars. Photo : AFP/VNA/CVN


Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir d'urgence mercredi 31 mars à huis clos, à la demande de Londres. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté la communauté internationale à "plus d'unité" et "plus d'engagement" pour faire pression sur la junte.

Environ 521 personnes, dont beaucoup d'étudiants et des adolescents, ont été tuées par les forces de sécurité ces deux derniers mois, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui pense que ce chiffre pourrait être bien supérieur.

Pour la seule journée de samedi, la plus sanglante, au moins 107 civils, dont sept mineurs, ont péri.

Le bilan a encore été lourd mardi 30 mars avec la mort de huit personnes à Muse dans l'
État Shan (Nord-Est) et d'autres encore -dont le nombre n'a pas été communiqué- à Myitkynia dans l'État Kachin (Nord), Mandalay (Centre-Nord) et Bago (Sud), selon l'AAPP.

Les médias d'
État ont de leur côté annoncé qu'un manifestant avait perdu la vie à Rangoun, la capitale économique, tandis que les autorités enquêtent sur l'explosion d'une bombe dans un commissariat de police à Bago qui a fait des blessés.

Les contestataires ont dans le même temps mis en oeuvre de nouvelles tactiques de résistance.

Ils ont déclenché une "grève des ordures" pour bloquer les carrefours routiers, si bien qu'à Rangoun, les détritus se sont amoncelés dans les rues, coiffés de petits panneaux clamant : "on a besoin de démocratie", d'après des images diffusées par des médias.

"Guerre civile" 

Si les forces de sécurité "continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons" par les armes, ont pour leur part averti dans un communiqué commun trois organisations rebelles constituées sur une base ethnique, dont l'Armée d'Arakan (AA), forte de milliers d'hommes.

 

Photo diffusée le 29 mars par une source anonyme via Facebook d'une manifestation contre le coup d'état militaire à Monywa, au Myanmar.
Photo : AFP/VNA/CVN


Dès lors, "la situation risque d'évoluer vers une guerre civile totale", a déclaré à l'AFP Debbie Stothard, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). "La junte ne veut rien céder et des contestataires, largement pacifiques jusqu'à présent, sont tentés d'appeler à l'aide des factions armées pour se protéger".

Depuis l'indépendance du Myanmar en 1948, une multitude de groupes ethniques est en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.

L'armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains d'entre eux.

Mais, le week-end dernier, la junte a procédé à des frappes aériennes dans le sud-est, ciblant l'une des principales factions armées, l'Union nationale karen (KNU), après que cette dernière s'est emparée d'une base militaire, tuant des soldats.

Il s'agissait des premières attaques de ce type dans cette région en 20 ans.

De nouveaux raids mardi 30 mars ont fait six morts dans l'
État Karen, d'après la KNU.

Réfugiés refoulés 

Dans ce contexte, environ 3.000 personnes ont fui vers la Thaïlande voisine, ont souligné des organisations locales.

"Je n'ai jamais rien vu de tel", a raconté à l'AFP Naw Eh Tah, une adolescente de 18 ans, évoquant les frappes aériennes, après avoir marché dans la jungle et franchi la frontière.

Mais la plupart de ces Birmans sont refoulés, a affirmé Hsa Moo, une militante karen des droits humains. Les autorités thaïlandaises "leur ont fait savoir qu'ils devaient rentrer chez eux, qu'il n'y avait plus de combats".

Le Premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-Cha, a quant à lui assuré qu'il n'y avait "aucun afflux" de réfugiés dans son pays, démentant au passage l'usage d'armes ou de bâtons pour les effrayer.

Des Karens blessés sont allés se faire soigner mardi 30 mars en Thaïlande, en particulier un garçon de 15 ans touché au poumon.

"La plupart ont été atteints par des éclats (...) beaucoup semblent n'avoir rien mangé depuis des jours", a raconté le docteur Chari Komskorm qui les a accueillis dans le petit l'hôpital de district de Sop Moei.

AFP/VNA/CVN

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