27/11/2018 11:28
La désillusion commençait à gagner lundi 26 novembre les migrants qui tentent de rejoindre par centaines les États-Unis à partir de Tijuana (Nord-Ouest du Mexique) après l'échec la veille d'un passage en force de la frontière.
>>Des centaines de migrants tentent de franchir la frontière américaine
>>Des centaines de migrants manifestent près de la frontière avec les États-Unis

Des migrants centraméricains grimpent sur la barrière métallique marquant la frontière entre le Mexique et les États-Unis à Tijuana, le 25 novembre.
Photo: AFP/VNA/CVN

Quelque 500 Centraméricains, parmi lesquels des femmes et des enfants, qui participaient dimanche 25 novembre à une manifestation pacifique aux abords de la frontière, se sont subitement dirigés vers la barrière métallique qui délimite la frontière pour tenter d'entrer illégalement aux États-Unis.

Après avoir franchi cette première barrière rouillée, ils ont finalement été repoussés par les forces de l'ordre américaines qui ont tiré des gaz lacrymogènes, avant d'avoir pu atteindre une seconde barrière, surmontée de barbelés, derrière laquelle les agents frontaliers américains s'étaient mobilisés.

Survolés par des hélicoptères à basse altitude, les migrants ont dû se résigner à rebrousser chemin et revenir dans le centre sportif où s'entassent depuis une semaine quelque 5.000 migrants de la caravane.

Le retour de ces migrants aux vêtements déchirés ou couverts de terre après leur tentative, effrayés pour beaucoup par la réaction américaine, a fortement découragé l'ensemble de la caravane.

"Nous avons le cœur et l'espérance détruits. Nous avions cru que nous étions arrivés aux États-Unis, qu'ils nous donneraient l'asile", a commenté Andy Colon, un Hondurien de 20 ans qui voyage avec sa sœur et deux enfants.

"Maintenant on vit une déception, mais grâce à Dieu nous sommes vivants. Nous n'avons pas d'autre choix que de rester dans ce refuge et chercher (au Mexique) une vie, un travail, une maison", dit-il, le pantalon déchiré.

Ces migrants centraméricains étaient partis ensemble le 13 octobre du Honduras et avaient parcouru plus de 4000 kilomètres pour fuir la violence et la pauvreté dans leur pays, comptant sur leur nombre pour garantir leur sécurité et franchir les obstacles devant eux.

Colère grandissante 

Un Hondurien, qui au fil des semaines avait gagné une certaine influence au sein du cortège et pouvait mobiliser les migrants, est revenu au refuge en pleurant, après l'échec de leur intrusion, et se montrait désormais inquiet pour sa propre sécurité.

"On m'a dit que ceux d'ici (les habitants de Tijuana) m'ont identifié et qu'ils me cherchent pour me tuer. La seule chose que je veux maintenant c'est retourner au Honduras", a-t-il confié sous le couvert de l'anonymat.

Des migrants venus d'Amérique centrale tentent de franchir la frontière entre le Mexique et les États-Unis, à Tijuana, le 25 novembre.
Photo: AFP/VNA/CVN

Il a indiqué être prêt à se rendre aux autorités migratoires mexicaines à condition qu'elles lui garantissent une expulsion immédiate. La colère de certains groupes de commerçants et transporteurs de Tijuana s'est accentuée dimanche 25 novembre avec la fermeture temporaire de la frontière qui a limité les échanges commerciaux entre les deux villes et porté préjudice à leur activité.

"Ils ont foutu en l'air le dimanche 25 novembre de tous ceux qui, comme nous, travaillent ici, décemment à la frontière", s'est plaint Jesus Tirado, un chauffeur de camion.

La frontière à San Diego a finalement été rouverte en fin de journée par les autorités américaines après plusieurs heures de fermeture. La mairie a durement critiqué les migrants et averti que la police avait déjà arrêté 24 Honduriens qui avaient tenté de franchir illégalement la frontière et pourraient en interpeller davantage encore dans les prochains jours. "Nous allons appliquer la tolérance zéro car la police fédérale est dépassée" a commenté sous le couvert de l'anonymat un responsable de la police locale.

On ignore si les Honduriens arrêtés ont été transférés aux autorités fédérales en vue d'une expulsion vers leur pays d'origine. Le ministère de l'Intérieur mexicain a averti dans un communiqué "qu'il expulsera immédiatement les personnes qui ont participé à ces faits violents".

Une mobilisation des forces de police fédérale pour arrêter certains migrants au sein même du refuge semble toutefois peu probable à moins d'une semaine d'un changement de gouvernement et de l'entrée en fonction du nouveau président Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) qui héritera dès son premier jour d'une crise migratoire.

Le président américain Donald Trump a récemment pris un décret pour rejeter automatiquement les demandes d'asile déposées par des personnes entrées illégalement aux États-Unis, mais la justice a pour l'heure bloqué cette mesure. Il a aussi menacé de fermer totalement la longue frontière entre les États-Unis et le Mexique si la situation devait dégénérer, alors que 9.000 militaires américains y ont été déployés.

M. Trump fait également pression sur les autorités mexicaines pour que ces migrants restent au Mexique le temps que leurs demandes d'asile soient étudiées aux États-Unis. Selon le Washington Post, un accord en ce sens aurait été trouvé entre l'équipe de AMLO - qui prendra ses fonctions le 1er décembre - et l'administration américaine.

Salué par M. Trump mais démenti samedi 24 novembre par l'équipe d'AMLO, un tel accord avec Mexico, s'il est confirmé, serait une victoire pour le président américain qui a fait de la fermeté face aux migrants une de ses priorités.

AFP/VNA/CVN
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