03/10/2017 11:49
La remise en liberté samedi 30 septembre à Lyon de l'homme en situation irrégulière qui a tué dimanche 1er octobre à Marseille deux jeunes filles à coups de couteau sur le parvis de la gare saint-Charles pose la question d'une possible défaillance de l'administration.
>>L'enquête se poursuit après l'attaque de Marseille revendiquée par l'EI

Des proches de Mauranne à Eguilles le 2 octobre. Photo : AFP/VNA/CVN

Lundi soir 2 octobre, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a saisi l'inspection générale de l'administration pour faire la lumière sur cette procédure.

Connu depuis 2005 sous sept identités différentes pour des faits de droit commun, Ahmed H., l'auteur des coups de couteau, avait été interpellé vendredi 29 septembre à Lyon pour vol à l'étalage, a indiqué lundi 2 octobre le procureur de la République de Paris. L'attaque de Marseille a été revendiquée dimanche soir 1er octobre par le groupe État islamique et le parquet antiterroriste de Paris est saisi de l'enquête.

Détenteur d'un passeport tunisien, Ahmed H. était en situation irrégulière mais la procédure lyonnaise le concernant a finalement été classée sans suite. "Les autorités préfectorales locales n'ont pas été en mesure de prendre une mesure d'éloignement à son encontre", a souligné le procureur François Molins.

"La personne de permanence à la préfecture du Rhône, ayant autorité pour signer l'Obligation de quitter le territoire et le placement en centre de rétention (...) était absente", a expliqué une source proche de l'enquête. "Il y avait aussi un problème de disponibilité de place en rétention le samedi matin 30 septembre ", a fait valoir une autre source.

"Ce qui nous surprend c'est que comme il était en état de situation irrégulière, on ne l'ait pas gardé", a réagi le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin (LR).

"Le préfet du Rhône et l’ensemble des agents sous son autorité sont bien évidemment à l’entière disposition des inspecteurs", écrit dans un communiqué la préfecture, en assurant qu'"en complément de la permanence assurée par un membre du corps préfectoral 24h/24, la préfecture du Rhône tient les samedi, dimanche et jours fériés une +permanence éloignement+ de 9 h à 17 h, destinée à prendre les mesures nécessaires lorsque des étrangers en situation irrégulière sont interpellés".

Les deux victimes sont deux cousines de 20 ans. L'une résidait dans les Bouches-du-Rhône, l'autre dans la région lyonnaise. L'une était en 3e année de médecine à Marseille, où sa parente, élève infirmière à Lyon, était venue lui rendre visite ce week-end.

"La guerre ne fait que commencer"

Les enquêteurs cherchaient toujours, lundi soir 2 octobre, à cerner la personnalité et le parcours de l'auteur de l'attaque, perpétrée aux cris d'"Allah Akbar". Des investigations sont en cours pour s'assurer de l'authenticité du passeport d'Ahmed H., qu'il n'avait pas sur lui au moment du drame.

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb (centre), répond à la presse près du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin (gauche) le 1er octobre.
Photo : AFP/VNA/CVN

L'assaillant avait déclaré aux policiers lyonnais vivre à Lyon, "s'était dit sans domicile fixe et sans emploi autre que des missions non déclarées comme peintre", "consommateur de drogues dures" et "divorcé", a précisé M. Molins. Il se trouvait encore à Lyon samedi après-midi 30 septembre.

La revendication par le groupe jihadiste État islamique "pose vraiment question, car aucun élément ne relie" l'assaillant à l'EI "à ce stade", a souligné une source proche de l'enquête.

Alors qu'il était assis sur un banc, l'homme "s'est soudainement levé" en direction d'"une première victime à laquelle il a porté plusieurs coups de couteau avant de partir en courant puis (...) il est revenu sur ses pas et a agressé une deuxième victime à qui il a pareillement asséné plusieurs violents coups de couteau" avec une lame de 20 cm, a relaté le procureur Molins.

Une passante a tenté d'intervenir en frappant l'assaillant avec un porte-drapeau. L'homme s'est ensuite rué sur une patrouille Sentinelle, avant d'être abattu. Sur le parvis, des gerbes de fleurs, des bougies et des dessins ont été déposés lundi 2 octobre.

Olivier de Mazières, le préfet de police des Bouches-du-Rhône, a annoncé le déploiement de 60 policiers supplémentaires et a pris un arrêté autorisant la police à procéder à des contrôles d'identité, à fouiller des bagages ainsi que des véhicules dans un périmètre autour de la gare.

Mauranne, l'une des victimes, avait grandi dans la petite ville d'Eguilles (Bouches-du-Rhône) qui lui a rendu lundi 2 octobre un hommage ému, où perçait la colère.

"On pourrait dire que notre pays se sent de moins en moins protégé, que la guerre ne fait que commencer, qu'elle va être horrible", a déclaré le maire Robert Dagorne.

Une minute de silence sera observée mardi 3 octobre sur tous les sites de l'Université d'Aix-Marseille où la jeune fille étudiait. Son président Yvon Berlan a évoqué ses "résultats particulièrement brillants". Anthony Mezouard, président de l'association des étudiants, a décrit une "fille plutôt réservée, sérieuse et de bonne humeur".

Laura, sa cousine, élève infirmière, était aussi cheftaine Louveteaux-Jeannettes. Les Scouts de France ont salué son "engagement" dans un communiqué : "L’éducation est la meilleure réponse de long terme face aux violences. Ce nouveau drame renforce nos convictions."

AFP/VNA/CVN


 
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