02/10/2021 10:10
Le nombre de personnes âgées au Vietnam ne cesse de croître. Revisitant aujourd’hui le modèle familial traditionnel, les Vietnamiens, par le passé très réticents à l’accueil en maisons de retraite, y voient une solution d’hébergement intéressante.
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Les activités de loisirs, qu’elles soient physiques ou réflexives, aident les personnes âgées à réguler leur rythme de vie. 
Photo : Huong Linh/CVN

Traditionnellement, les Vietnamiens gardent leurs parents et grands-parents avec eux pour s’en occuper. De nombreuses personnes considèrent la maison de retraite comme un lieu destiné plutôt à des personnes âgées esseulées. Pourtant, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Solitudes à domicile

Mme Uyên, 77 ans, domiciliée dans le district de Binh Chanh, à Hô Chi Minh-Ville, a deux enfants dont une fille aînée installée à l’étranger. Elle habite actuellement avec son fils cadet, qui est directeur d’une grande société.

"Mon fils et sa femme sont toujours occupés et loin de la maison. Depuis la mort de mon mari, je suis seule dans une grande maison, avec l’impression d’être emprisonnée. Je voudrais vraiment vivre dans une maison de retraite", partage-t-elle.

Cependant, elle ne peut toujours pas en parler à ses enfants, de peur qu’ils ne soient pas d’accord. Sa plus grande inquiétude est que si elle va dans une maison de retraite, ses enfants seront considérés comme immoraux, car riches mais incapables de prendre soin de leur mère âgée.

Mme Cuc, 77 ans, qui vit dans l’arrondissement de Phu Nhuân, à Hô Chi Minh-Ville, a elle d’autres soucis. Bien qu’elle veuille entrer dans un établissement de soins aux personnes âgées, elle n’ose pas quitter ses enfants pour le moment.

"J’ai vendu ma maison et mon jardin à la campagne pour vivre ici avec la famille de mon fils. Pourtant, ces cinq dernières années, j’ai été plus triste qu’heureuse. Nous mangeons à peine ensemble car ils sont occupés par leur travail et leurs études. Lors des week-ends, s’ils ne voyagent pas, ils utilisent  leurs smartphones, ordinateurs en s’enfermant dans leur chambre... Parfois, je me sens comme une femme de ménage", raconte Mme Cuc.

Elle est encore plus triste d’être témoin du conflit entre son fils et sa femme à propos du travail et de l’argent. Elle voudrait se réfugier dans une pagode ou entrer dans une maison de retraite, mais qu’elle n’arrive toujours pas à se décider. Elle craint que le mariage de son fils soit brisé si elle quitte le couple désuni.

Priorité aux établissements privés

 
Dans une maison de retraite à Hanoï. 
Photo : CTV/CVN

Dans le Programme national 2021-2030 sur les personnes âgées, le ministère du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales estime que le Vietnam est toujours dans sa période dite de "structure démographique en or". Mais la population vietnamienne vieillit à un rythme rapide. Le  recensement du 1er avril 2019 montre que le pays compte plus de 96 millions d’habitants dont 11.409 millions de plus de 60 ans, soit 11,86% de sa population, contre 10,5% en 2014.

Bùi Anh Trung, directeur de la maison de retraite Binh My, district de Cu Chi à Hô Chi Minh-Ville, fait savoir qu’une grande partie des habitants considère encore les maisons de retraite comme un lieu pour les sans-abris, les personnes sans appui familial ou les pauvres. C’est pour cette raison que l’envoi d’un parent dans ces établissements reste encore une décision difficile.

Selon M. Trung, parfois, les parents veulent vraiment y entrer, mais leurs enfants ne sont pas d’accord. Ils ont peur d’être critiqués par les voisins et la parentèle. Certains enfants n’ont pas ces scrupules et abandonnent leurs parents après les avoir envoyés en maison de traite. 

Le taux de vieillissement de la population vietnamienne est considéré comme le plus élevé en Asie. Aussi les maisons de retraite ou centre de soins des personnes âgées seront une tendance inévitable dans l’avenir. Actuellement, le pays compte 425 établissements de soins aux personnes âgées, handicapées et enfants défavorisés dont 195 publics et 230 privés. Cependant,   seules quelques dizaines accueillent des personnes âgées, et les services y sont réduits aux besoins de base. 

Des  établissements haut de gamme ont certes été crées, mais ils sont encore très peu nombreux. Hanoï en compte 20  et la mégapole du Sud, une dizaine. Les frais varient entre 7 et 15 millions de dôngs par mois. Khuât Thu Hông, directrice de l’Institut d’études pour le développement social, informe qu’actuellement, de nombreux parents  âgés ne souhaitent pas devenir un poids pour leurs enfants. De plus, beaucoup de familles n’ont pas la possibilité de les garder chez elles : habitations trop petites, incapacité d’assurer les soins, différences de modes de vie...  

D’un point de vue professionnel, Trân Canh Tùng, chef du Bureau des activités sociales (Département de la protection sociale du Vietnam) estime qu’afin de répondre aux besoins en maisons de retraite, le gouvernement devrait créer des conditions favorables au développement des établissements privés, et même coopérer avec eux. Concrètement, les investisseurs seront chargés de construire des infrastructures tandis que l’État soutiendra leurs services.

M. Tùng a également souligné que ces établissements devaient améliorer la qualité des services afin les personnes âgées reçoivent des soins complets. De nombreux jeunes et personnes d’âge moyen ont actuellement suffisamment d’argent pour se préparer à une vie dans un tel établissement, sans qu’il soit nécessaire de s’appuyer financièrement sur leur descendance.
 
Huong Linh/CVN


 
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