09/06/2019 15:10
L'Organisation internationale du travail (OIT), née au lendemain de la Grande Guerre en 1919, est la seule création du Traité de Versailles ayant survécu. Malgré son grand âge, l'OIT reste en accord avec son temps, parlant harcèlement et robotique.
Le siège de l'OIT à Genève.
Photo: AFP/VNA/CVN

La prochaine conférence annuelle sur le Travail qui démarre lundi 10 juin à Genève doit aboutir sur deux textes majeurs: une Convention sur le harcèlement et une Déclaration sur l'avenir du travail face aux nouveaux défis comme le changement climatique et les nouvelles technologies telles que l'intelligence artificielle.

La réunion, qui dure jusqu'au 21 juin, ouvrira en présence du directeur de l'OIT, le Britannique Guy Ryder. Chefs d'État et de gouvernement prendront la parole au début et à la fin de ces deux semaines de conférence. Le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre russe Dmitri Medvedev sont prévus le 11.

Le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema s'exprimera le 19, tout comme les présidents colombien, Ivan Duque, et irakien, Barham Salih. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, viendra clore les débats le 21.

Pour son centenaire, l'OIT, une organisation tripartite des Nations unies réunissant gouvernements, employeurs et syndicats, attend plus de 5.700 délégués provenant de 187 États Membres.

"J'aurais aimé croire qu'il s'agit d'un moment festif. J'en doute fort. Les négociations vont être très dures", a déclaré aux journalistes M. Ryder, pointant les réticences émises par le patronat à propos de la Convention sur le harcèlement.

Roosevelt

L'OIT, dont le premier directeur fut le Français Albert Thomas, fut créée, tout comme la Société des Nations (SDN, prédécesseur de l'ONU), sous l'égide du Traité de Versailles. Mais contrairement à la SDN, l'OIT survécu à la Deuxième Guerre mondiale, grâce au rôle joué par les Américains.

Alors que les Etats-Unis n'ont jamais été membres de la SDN, bien qu'ils en aient été à l'origine, ils apportèrent tout leur soutien à l'OIT en intégrant l'organisation dès 1934 - peu après que l'Allemagne d'Hitler s'en soit retirée.

Cette décision fut prise sous l'impulsion du président Franklin D. Roosevelt, qui venait de lancer son New Deal, un programme de grands travaux destiné à relancer l'économie américaine et "parfaitement conforme avec ce que l'OIT voulait", a expliqué Dorothea Hoehtker, historienne au département de la recherche de l'OIT.

Par la suite, Roosevelt décrivit lui-même l'OIT comme un "rêve", selon l'organisation. "Avait-on déjà vu des gouvernements se réunir pour améliorer les normes du travail sur le plan international? L'idée que (...) les travailleurs et les employeurs des différents pays puissent intervenir avec les gouvernements pour déterminer des normes du travail était encore plus folle".

En 1939, l'Américain John Winant pris la tête de l'OIT alors que la Seconde Guerre mondiale était imminente. Souhaitant éviter que l'OIT devienne l'instrument d'Etats totalitaires, il déménagea son siège à Montréal.

Après la guerre, l'OIT revint à Genève et intégra l'ONU.

Harcèlement

Guy Rider, directeur de l'OIT, prononce un discours lors de la conférence annuelle de l'organisation à Genève, le 5 juin 2017.
Photo: AFP/VNA/CVN

Plus de 70 ans après, l'organisation, créée avec l'idée qu'une "paix durable" ne peut se bâtir que sur la base de la "justice sociale", continue de s'atteler à des sujets de son époque.

Les représentants des gouvernements, des employeurs et des employés ont ainsi entamé l'an dernier, en pleine vague #Metoo, des négociations sur une Convention contraignante - pour les pays qui la ratifient - sur la violence et le harcèlement au travail. L'OIT espère finaliser ce processus ces prochains jours.

Soulignant l'"extrême importance de cette thématique", le directeur de l'OIT a toutefois indiqué que des divergences persistent, notamment sur la définition du harcèlement au travail.

Les entreprises souhaitent que leur responsabilité soit limitée à un cadre précis et pas trop large, a expliqué M. Ryder, citant notamment des employeurs inquiets de voir que leur responsabilité puisse être engagée si des salariés en harcèlent d'autres pendant la durée du transport au travail.

Autre pierre d'achoppement: faut-il établir une liste des groupes les plus vulnérables au harcèlement et, si oui, faut-il y inclure les LGBT? Une proposition qui n'est pas du goût de pays africains.

La "Déclaration du centenaire" doit quant à elle établir les priorités pour l'avenir du travail face aux défis des nouvelles technologies, du changement climatique, du vieillissement de la population dans les pays riches, des migrations et de la mondialisation, a relevé M. Ryder.
 

AFP/VNA/CVN
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