05/04/2019 09:12
Emmanuel Macron a bouclé sous les applaudissements son grand débat avec des maires corses jeudi 4 avril, mais déclenché la colère des nationalistes en leur reprochant de ne pas exprimer de "regrets" au sujet de l'assassinat du préfet Érignac en 1998.

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Emmanuel Macron débat avec 160 maires à Cozzano en Corse-du-Sud, le 4 avril. Photo: AFP/VNA/CVN


Le débat, organisé avec les 160 maires ayant répondu présent sur les 360 de l'île, s'annonçait comme le plus délicat de son périple lancé à la mi-janvier pour répondre à la crise des "gilets jaunes".

Si le chef de l'
État a séduit son auditoire, restreint, dans le village montagnard de Cozzano, à une heure de route d'Ajaccio, il a provoqué la fureur à distance des dirigeants nationalistes au pouvoir qui avaient boycotté la réunion.

Après un premier tacle, sur les Corses qui "méritent mieux que des guerres de tranchées", Emmanuel Macron s'est ensuite voulu conciliant en déclarant que "la fierté des Corses (l)e rend fier aussi", reconnaissant qu'"à chaque fois qu'on a voulu nier sa singularité", la violence a repris.

Mais à une question du maire LREM de Bonifacio Jean-Charles Orsucci lui demandant de "trouver les mots de paix", il est repassé à l'offensive, retrouvant les critiques de sa visite de l'an dernier.

"Ceux qui veulent aujourd'hui défendre l'identité corse doivent faire ce travail mémoriel" et exprimer des "regrets" sur l'assassinat du préfet Claude 
Érignac" le 6 février 1998, a-t-il lancé.

"Rien ne pourra avancer si on ne condamne pas aussi les crimes qui ont été commis (...) Tant que certains n'auront pas le courage de dire: +C'est une plaie, notre cicatrice et la souffrance de la famille Erignac est aussi la nôtre+, ils feront bégayer l'Histoire", a-t-il ajouté.

Les maires sur place ont applaudi. Mais à distance, cette sortie a ulcéré le président autonomiste du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni et le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni.

"Je crains que ce soit cet argument, jusqu'à présent jamais formulé, qui soit le véritable argument qui empêche de renouer le dialogue et si c'est le cas, c'est à la fois politiquement indéfendable et profondément injuste parce que ça consiste à faire peser une responsabilité collective sur les nationalistes voire sur les Corses qui se transmettrait de décennie en décennie voire de génération en génération", a déploré M. Simeoni auprès de l'AFP, estimant que le travail mémoriel sur "le dramatique assassinat" du préfet 
Érignac avait "été fait".

"Expier perpétuellement" 

Même tonalité pour Jean-Guy Talamoni, aux yeux duquel M. Macron "s'est laissé emporter par les mots, sinon ça serait extrêmement grave. Ca voudrait dire que les Corses doivent expier perpétuellement la mort du préfet Erignac, qu'ils en seraient collectivement responsables et que par conséquent il ne peut pas y avoir de dialogue entre la Corse et Paris", a-t-il dit à l'AFP.

Le chef de l'
État était arrivé sur l'île jeudi matin 4 avril dans un climat déjà tendu avec les nationalistes.

Un mouvement de mécontentement "île morte" avait été lancé à l'appel de mouvements nationalistes et soutenu par des syndicats. Quelque 200 personnes ont manifesté à Ajaccio avant d'être dispersées par une forte pluie. Aucune arrestation n'a été signalée sur l'île, selon la justice.

Frustrés de ne pas obtenir d'avancées sur leur demande d'une autonomie plus large, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni avaient refusé de venir à Cozzano.


À la place, ils avaient "invité" mercredi 3 avril Emmanuel Macron à venir les rencontrer à l'Assemblée de Corse. "Je ne réponds pas en tant que président de la République à la convocation devant une assemblée territoriale ou alors c'est une perte de repères profonde, une inversion ds valeurs", a répondu agacé le chef de l’État.

La droite a salué cette fermeté alors que la France Insoumise dénonçait une attitude "provocante" du président.

Une vague d'explosions a secoué l'île depuis trois semaines, la plus importante depuis 2012, qui rappelle le mode opératoire de groupes clandestins nationalistes.

Des militants avaient placardé des drapeaux corses tout au long du trajet vers Cozzano.

Après ces 80 jours de grands débats du président, l'opinion publique s'impatiente, réclamant des réponses concrètes. La veille, devant 900 maires bretons, Emmanuel Macron a promis de répondre sans "reniement" ni "entêtement" aux souhaits des Français, un "en même temps" qui maintient le flou.

Avec cet ultime marathon, M. Macron totalise 92 heures de discussions avec des élus ou citoyens de toutes les régions.

Le chef de l'
État, de nouveau en baisse dans les sondages, devrait annoncer de premières mesures mi-avril.

AFP/VNA/CVN

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