01/05/2020 14:35
Les États-Unis et la Chine bloquent au Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution franco-tunisien réclamant une "coordination renforcée" face à la pandémie de coronavirus, laissant peu d'espoir à des diplomates d'un vote rapide.
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Le drapeau de l'ONU à son siège à New York. Photo : AFP/VNA/CVN

"C'est un blocage majeur, personne ne bouge", résume l'un de ces diplomates sous couvert d'anonymat. "On fait du sur-place", confirme un autre diplomate. Lors d'une conférence de presse jeudi 30 avril, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déploré l'impasse. "Il est absolument essentiel que les pays se réunissent, que les grandes puissances dépassent leurs difficultés afin de permettre au Conseil de sécurité d'être plus actif et efficace" face à la pandémie, notamment pour obtenir des cessations d'hostilités, a-t-il dit.

En discussions depuis des semaines, le texte obtenu par l'AFP prévoit de soutenir son appel datant du 23 mars à un cessez-le-feu dans le monde pour faciliter la lutte contre la pandémie. Il inclut aussi la requête d'une "pause humanitaire de 90 jours" pour acheminer de l'aide aux populations les plus éprouvées dans les pays en conflit. La Chine "tient à une mention sur l'Organisation mondiale de la santé (OMS)" dans le texte alors que les États-Unis "n'en veulent pas", ont expliqué plusieurs diplomates.

Interrogé, le Département d'État américain a indiqué qu'il n'avait pas pour habitude de "commenter des négociations en cours". Aucune réaction n'a pu être obtenue auprès de la mission chinoise à l'ONU. Les co-auteurs du texte, comme le reste du Conseil de sécurité, en sont réduits à attendre un compromis entre les deux membres permanents en cause, qui ont chacun un droit de veto. Il n'y a eu "aucun progrès" sur ce sujet de l'OMS depuis le début de la semaine, ont ajouté d'autres diplomates.

Paragraphe en blanc

Alors qu'un vote, réclamé ardemment depuis plus d'un mois par Antonio Guterres, était attendu cette semaine, le blocage américano-chinois le rend de moins en moins probable à court terme.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, lors d'une visioconférence, le 3 avril. Photo : AFP/VNA/CVN

Pour un diplomate, "il n'y aura probablement pas de vote cette semaine". "Attendons de voir si la semaine prochaine peut apporter quelque chose de nouveau", soupire une autre source diplomatique. Le blocage pourrait cependant disparaître très rapidement si Washington et Pékin trouvent un compromis, estime un ambassadeur occidental, en notant que l'OMS n'est qu'un sujet annexe de la résolution centrée sur un soutien à un cessez-le-feu dans une vingtaine de conflits dans le monde.

Alors que le projet de texte comporte un paragraphe en blanc dédié à l'OMS qui doit "être décidé à la fin de la négociation", la Tunisie et la France pourraient aussi décider de le supprimer purement de la résolution. Au risque d'un possible veto de la Chine que pourrait soutenir la Russie. "Et si on enlevait tout ?", se demandait ainsi mercredi 29 avril un diplomate, alors que les autres membres du Conseil de sécurité ne cachent plus devant l'AFP leur impatience face à une discussion sans fin et peu habituelle à l'ONU pour un projet de résolution.

Après avoir félicité au début de l'année l'OMS, le président américain a depuis peu multiplié les critiques à son encontre, jugeant qu'elle manquait de transparence et qu'elle n'avait pas averti suffisamment tôt des risques mondiaux posés par la pandémie. Donald Trump veut aussi imputer la responsabilité du virus à Pékin. À l'exception d'une visioconférence le 9 avril, demandée par l'Allemagne et l'Estonie, le Conseil de sécurité est resté silencieux face à la crise la plus grave connue depuis la Seconde Guerre mondiale.

"Nous avons besoin d'unité et de force de la communauté internationale" car "tous nos efforts dépendent d'un soutien politique fort", a insisté jeudi 30 avril Antonio Guterres. À la différence du Conseil, l'Assemblée générale de l'ONU (193 membres), dont les textes ne sont pas contraignants, a déjà adopté deux résolutions sur la pandémie, l'une pour appeler à la coopération, l'autre pour réclamer un accès équitable de tous les pays à de futurs vaccins. Le chef de l'ONU s'en est félicité.

AFP/VNA/CVN


 

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