30/11/2019 08:25
Un proverbe dit qu’il ne faut pas avoir peur de son ombre. Mais aucun ne dit qu’il ne faut pas trop aimer son ombre.
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Souvent les enfants s’amusent avec leur ombre, quand le soleil point le nez de ses rayons. Ils cherchent à l’attraper, ils lui sautent dessus, ils essayent de courir le plus vite possible pour qu’elle cesse de les suivre. Mais, connaissent-ils cette légende que le vent des montagnes du Nord emporte à travers les siècles ?

Un si grand amour

Il était une fois, une belle jeune femme épousa un beau jeune homme. Leur bonheur était total et ils partageaient une vie modeste mais emplie d’amour. Alors qu’ils venaient d’avoir un enfant, source de joie, une mauvaise nouvelle s’abattit sur le couple. Le mari devait accomplir son devoir et partir comme soldat le long de la frontière dans les hautes régions du Nord.

À cette époque-là, il était quasiment impossible d’avoir des nouvelles du front. La femme restait donc à la maison avec son jeune enfant, et ne pouvait qu’attendre le retour de son mari, avec un espoir qui s’amenuisait de jour en jour. Le jour où son mari était parti, l’enfant était encore dans les bras de sa mère et, jusqu’à ce que l’enfant sache parler et marcher, la jeune femme veillait toujours tard et solitaire. Pour gagner un peu d’argent, la nuit elle faisait de la couture à la flamme d’une lampe à huile, en faisant attention de ne pas réveiller son enfant, tout en pensant affectueusement à son mari.

Une nuit, un orage éclata, le tonnerre se mit à gronder violemment, et un violent courant d’air éteignit la flamme du lumignon. L’enfant, endormi, sursauta brusquement et se mit à pleurer très fort. La jeune femme serra vivement l’enfant et le prit dans ses bras, ralluma la petite mèche, voyant son enfant toujours pleurer, elle montra son ombre sur le mur en bambou, et consola l’enfant en disant : "Tais-toi ! Mon enfant, n’aie pas peur, ton père est ici".

L’enfant regarda l’ombre, puis cessa de pleurer. La nuit suivante, l’enfant réclama de nouveau son père avant d’aller dormir. La mère s’inclina devant la lampe pour que son ombre soit projetée sur le mur. Elle apprit à l’enfant à joindre ses deux mains devant l’ombre pour dire : "Père, je vais dormir". Le petit garçon imita sa mère, puis chaque soir avant d’aller dormir, il saluait en croisant les bras l’ombre de sa mère en pensant que c’était son père.

L’ombre d’une légende portée par le vent du Nord. 
Photo : CTV/CVN

Et puis, un jour, son service militaire achevé, le mari revint. Après toutes ces années de séparation, la jeune femme accueillit son cher mari, avec un sourire merveilleux, mêlé de larmes de bonheur. Elle lui présenta son enfant qu’il n’avait pas vu grandir et qu’il serra fort contre son cœur. Laissant le mari s’amuser avec son enfant, elle sortit pour acheter de la nourriture afin de confectionner un festin pour célébrer le retour de son mari bien-aimé.

Une terrible erreur

Pendant l’absence de sa femme, le mari embrassa et câlina son enfant, et lui dit de l’appeler papa. À ce mot, l’enfant manifesta son mécontentement et dit : "Non, vous n’êtes pas mon père. Mon père ne vient que la nuit quand je vais me coucher". En entendant ceci, le mari sentit son cœur se fendre. Ainsi, durant son absence, un autre était venu partager la couche de sa femme ! Mais, bien trop fier, il ne voulut pas demander à sa femme ce qu’elle faisait quand il avait été absent, attendant qu’elle lui avoue son infidélité. Il se mura aussitôt dans le silence.

Pendant la cérémonie de remerciement aux ancêtres de l’avoir protégé et permis de revenir dans son foyer, le mari, après avoir fini de se prosterner, enroula la natte afin que sa femme ne célèbre à son tour les ancêtres. La jeune femme, les larmes aux yeux, se sentant très humiliée, la voix étranglée par l’émotion, ne comprit pas du tout la raison d’une telle réaction. Malgré les gestes d’amour tendre de la femme, le mari se tint à l’écart. Il ne regardait même plus son fils.

Quand le plateau d’offrande de riz fut descendu de l’autel et mis sur la natte du repas, le mari ne toucha pas aux baguettes. Le plat refroidissait, la jeune femme attendait, malheureuse au plus profond de son cœur. Puis, tout à coup, le mari se leva, pris ses affaires et sortit, sans dire un mot. L’épouse, atterrée, ne comprit pas pourquoi son mari avait changé de comportement aussi subitement et sans raison. Elle se résigna à attendre jour après jour. Elle souffrit en silence, pleura jusqu’à ne plus avoir de larmes, jusqu’au jour où elle ne put plus supporter la situation. Elle confia son enfant à un voisin, se rendit à la rivière et se jeta à l’eau en se laissant emporter par le courant.

La nuit venue, le mari aperçoit que l’enfant salue l’ombre de son père projetée sur le mur.
Photo : CTV/CVN 

En apprenant le suicide de sa femme, le mari, pris de remords, revint à la maison. La nuit venue lorsqu’il alluma la flamme de la lampe à huile, le mari aperçut soudain l’enfant joindre ses deux mains et saluer l’ombre de son père projetée sur le mur de bambou, en disant : "Père, je vais dormir". Le mari comprit alors ce que l’enfant avait voulu dire et comment sa mère avait soigneusement cultivé l’amour de son père dans son cœur. Le mari sentit un immense froid s’emparer de son corps, bouleversé par sa conduite coupable et son erreur de jugement qui entraînèrent la mort de sa fidèle femme.

Le lendemain, perclus de chagrin, le mari accompagna l’enfant à la rivière et pleura tant et plus. Puis, il édifia un autel pour le salut de sa femme afin qu’elle soit libérée de sa faute de s’être donnée la mort. Puis, devant cet autel, le mari jura fermement de vivre seul jusqu’à la mort, et d’élever leur enfant jusqu’à son âge d’homme.

Belle et triste histoire d’amour filial et conjugal qui nous dit qu’il ne faut pas fier aux apparences.

Ông Ngoai/CVN

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