01/06/2019 10:05
Une chose intrigue les étrangers, parfois non sans déplaisir: l’absence de la notion d’intimité dans la société vietnamienne, surtout pour ceux qui préfèrent habiter dans quelque village suburbain. Il leur est impossible de trouver la vraie solitude chez nous.
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Le couple mixte: rencontre et choc des cultures.
Photo: Vanessa Muhlheim/CVN

Dans son roman sur le Vietnam, Le Paradis perdu, l’auteur belge Couturiau, qui compare les mœurs françaises avec les mœurs vietnamiennes, fait la même constatation.

Beaucoup de gens, chez nous, surtout à la campagne, ne comprennent pas le besoin d’un Occidental d’être parfois complètement isolé de la société, sans être pour cela misanthrope.

L’intime, c’est ce qu’il y a de plus privé et généralement de caché aux autres, mêmes aux êtres les plus chers. La vie intime est celle que les autres ignorent.

L’intime a naturellement des degrés et des aspects différents: repas intime, fête intime, coin intime, amitié intime, liaison intime, poésie intime, plaisir intime… que sais-je.

Intimité en famille

Mes amis étrangers épousant une Vietnamienne ne trouvent parfois pas d’intimité, même en famille.

Par amour, la femme interfère de temps à autre pour imposer son goût à sa moitié: porter telle ou telle cravate, boire du whisky ou du choum, aller au cinéma ou au théâtre... Après le boulot harassant de la journée, lui, prend un bain, allume la T.V pour se délasser, goûter un peu de solitude. Elle entre de temps en temps lui demander s’il veut un café, s’enquérir s’il est fatigué, s’il veut de nouvelles chaussettes, etc. Ses sollicitudes l’importunent, mais il joue au mari comblé pour répondre à sa bonté.

Les gosses rentrant de l’école font irruption dans la chambre pour raconter à papa leurs querelles d’écolier. Et pour finir, voilà les beaux-parents qui viennent de la campagne. Les visiteurs, sans se gêner, posent des questions sur son âge et son salaire.

Le mot "intimité" n’a pas le même sens pour les Vietnamiens que pour les étrangers au Vietnam.
Photo: Vanessa Muhlheim/CVN

Sort-on pour chercher un peu de liberté? Des voisins trop bienveillants vous invitent chaleureusement à entrer chez eux prendre un peu de thé chaud. On se connaît tous dans la rue.

Dans Good morning Hanoi, le couple de journalistes australiens Lain Finlay et Trish Clark nous raconte comment sa petite ruelle dans la capitale vietnamienne est devenue un petit village où les gens se sentent liés par des rites quotidiens de courtoisie.

En pleine ville, notre ami est assailli par des petits vendeurs de cartes postales et des enfants cireurs de bottes. Il n’est pas étonnant qu’un flâneur providentiel vous tombe sur le dos pour vous demander si vous avez besoin de son aide pour trouver votre chemin.

En pleine campagne, c’est pire. Le "Blanc" attire une foule de curieux qui le talonnent.

Sens de l’intimité

L’esprit communautaire règne dans les services publics. À la veille du Têt, les bureaux ferment tôt pour que les employés participent à la distribution de bánh chung (gâteau de riz gluant de forme carré, farci de viande de porc poivrée, de haricot mungo) et de pâtés.

À un bureau de poste dans la banlieue de Hanoï, il arrive que les clients attendent cinq minutes pour que le personnel souhaite, avec cadeaux et fleurs en main, l’anniversaire d’un collègue.

Dans les restaurants et les bistrots, des inconnus s’assoient à la même table, surtout dans les bia hoi (débit de bière pression). On trinque comme à la caserne, on rit, on chante, on crie, les actualités politiques et les affaires de familles sont commentées à haute voix.

Dans une thèse universitaire comparant les cultures japonaise et vietnamienne, Y. Higuchi conclut que le sens de l’intimité est aussi assez confus dans la société japonaise, surtout dans la culture traditionnelle et parmi les vieilles générations d’aujourd’hui. La même remarque pourrait être appliquée aux sociétés chinoise et coréenne.

Pourquoi cela? Parce que les pays de l’Asie orientale, sous l’emprise du confucianisme, sont marqués par le sens communautaire et le collectivisme.

Les anthropologues culturels de renom tels que Hofstede et E. Hall classent les cultures du monde en deux catégories: les cultures fortement individualisées (Europe occidentale, Amérique du Nord) et les cultures portant le sceau du collectivisme (Asie, Afrique).

Dans la langue vietnamienne, le mot tôi (je, moi) avec sa connotation neutre, tout à fait individualiste, est apparu assez tard, c’est-à-dire au contact de la culture occidentale (française), en particulier via la littérature romantique enseignée dans les écoles de l’époque coloniale. Le moi en tant qu’individu et non personne est une invention occidentale dont l’adoption heurte les cultures traditionnelles de l’Asie orientale, étrangères à la notion d’intimité.
 
Huu Ngoc/CVN
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