26/04/2020 17:31
Tirées d'affaire mais pas encore rentrées chez elles : trois patientes précédemment hospitalisées pour COVID-19 "récupèrent" dans un hôtel de Chelles (Seine-et-Marne), entourées de soignants et sans risque de contaminer leur entourage, une solution déjà déclinée ailleurs en Europe.
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Le docteur Ozkaya réconforte une patiente du COVID-19, dans un hôtel à Chelles reconverti en centre de traitement, le 22 avril. Photo : AFP/VNA/CVN


De la chambre 18 s'échappe le son lancinant d'une radio musicale. La télé passe un western. Il est aux alentours de 12h30, l'heure de déjeuner. Mais à l'intérieur, Alberte Euzet, 71 ans, est encore allongée sur son lit, chemise de nuit rose satin et masque chirurgical sur le nez. Guérie du COVID-19 après son passage à l'hôpital de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), cette habitante de la commune voisine de Gagny tente de reprendre des forces sous l'œil des soignants, qui se relaient à son chevet.

"Je suis à l'aise, toutes les personnes que je reçois sont agréables avec moi", confie la septuagénaire, diabétique et contrainte de se déplacer en déambulateur de son lit au bureau qui fait office de table à manger.

Arrivée mardi 21 avril dans cet hôtel trois étoiles situé dans une zone pavillonnaire, fermé au public pour cause de coronavirus, elle y restera probablement deux semaines environ, le temps que sa contagiosité diminue, estime l'équipe médicale sur place. "Ici mon mari me manque...", glisse-t-elle, impatiente de rentrer chez elle mais consciente qu'elle le protège en restant éloignée.

Ce "lieu sécurisé" permet de "préparer le retour à domicile dans de bonnes conditions" et aux patients de "se reposer", voire "être chouchoutés", souligne Sibel Bilal-De la Selle, conceptrice de ce projet et déléguée générale du "Centre de ressources pour les mini-réseaux de proximité". Quinze chambres ont été louées par cette association - dont les coursiers sanitaires et sociaux facilitent la coordination entre médecines hospitalière, de ville et les patients - avec le soutien de collectivités.

Sylvie (gauche), une soignante, aide une patiente à récupérer dans un hôtel à Chelles le 22 avril, transformé en centre de traitement. Photo : AFP/VNA/CVN

"Le coût total est de 25.000 euros pour les chambres. Pour le reste on se débrouille !", lance-t-elle, louant la solidarité entre les différents soignants mobilisés autour de cet hôtel rebaptisée "maison de ressourcement". Une première patiente de 74 ans est ainsi arrivée à l'hôtel lundi après-midi 20 avril. Hospitalisée à cause du coronavirus et placée sous oxygène, elle avait quitté l'hôpital Robert-Ballanger à Aulnay-sous-Bois pour regagner son domicile à Sevran.

Mais fatiguée par la maladie, seule, sans aide de ses voisins, elle n'avait pas eu accès aux soins nécessaires et avait dû de nouveau être admise à l'hôpital, dont le coût journalier est bien supérieur à celui d'une chambre à l'hôtel. Même si les visites de proches sont interdites, cette alternative incarne "un sas qui manque entre l'hôtel et le domicile", pointe Zoubida Djelali, médecin retraitée qui assure les gardes de nuit de ces patientes "très fatiguées".

Trois patientes sont actuellement dans cet hôtel, deux supplémentaires étaient attendues samedi 24 avril.

"Isoler les patients"

Les trois hôpitaux (Aulnay-sous-Bois, Montfermeil et Montreuil) impliqués dans l'opération se trouvent tous en Seine-Saint-Denis, le plus pauvre des départements métropolitains, touché par une forte surmortalité liée au coronavirus, et qui manque cruellement de praticiens. "On est dans un département où la promiscuité dans les logements est importante", souligne Rolin Cranoly, le maire de Gagny, favorable au projet. Compte-tenu du risque de contamination, il faut "isoler les patients sans qu'ils restent à l'hôpital", dit-il.

Le docteur Ozkaya (droite) et une malade à l'extérieur de l'hôtel à Chelles le 22 avril, transformé en Centre de réhabilitation pour les patients du COVID-19.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Même si en ce moment les admissions diminuent (...) il se pose le problème du suivi post-hospitalisation" et de la continuité des soins, indique Philippe Grunberg, médecin généraliste à Gagny et responsable du service addictologie du groupe hospitalier intercommunal Le Raincy- Montfermeil. D'autant que l'hôpital a besoin "de diminuer les lits covid pour réintégrer des patients qui ne sont pas covid", rappelle-t-il.

En Italie, comme à Barcelone, des structures hôtelières vides accueillent des patients sortis d'hospitalisation ou qui ne peuvent effectuer leur quarantaine chez eux. En France, un dispositif pilote a été lancé mi-avril dans plusieurs hôpitaux d'Ile-de-France pour accompagner les malades du coronavirus, leur offrant notamment la possibilité d'hébergement dans des hôtels pour réduire le nombre de contaminations.

Mis en place par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), avec l'Agence régionale de santé (ARS) et plusieurs collectivités locales, il doit permettre "de casser les chaînes de transmission du virus", selon l'ARS. Il n'est en revanche proposé qu'aux malades sans symptômes graves.

AFP/VNA/CVN
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