14/02/2020 21:39
Trois mois après le "plan d'urgence" du gouvernement, les personnels hospitaliers sont appelés à manifester leur amour du service public, mais aussi leur colère, syndicats et collectifs estimant que les mesures annoncées à l'automne ne répondent pas à leurs revendications.
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Nouvelle journée de grève et de manifestations des personnels hospitaliers prévue le 14 février en France. Photo : AFP/VNA/CVN

"Nous avons le cœur brisé" : Saint-Valentin oblige, les collectifs Inter-Hôpitaux et Inter-Urgences, à l'origine de cette nouvelle mobilisation, ont demandé aux soignants d'"apporter une fleur blanche" pour "témoigner (leur) amour à l'hôpital public". Selon la CGT Santé, "une centaine d'actions de tout ordre" sont prévues partout en France : manifestations, mais aussi rassemblements "festifs et visibles", selon sa secrétaire générale Mireille Stivala.

Chaîne humaine à Compiègne, "cœur géant" à Poitiers, lâcher de "ballons roses" à Douai... Le thème de la journée tranche avec la désespérance exprimée par ses organisateurs. "Ce qui se passe devant nos yeux, c'est la destruction de l'hôpital public", s'alarme le neurologue François Salachas, membre du Collectif Inter-Hôpitaux. Onze mois après le début de la grève des services d'urgence, "ce mouvement n'a obtenu aucun résultat en termes d'embauches et d'attractivité", ajoute-t-il.

"Qu'est-ce qui s'est passé en un an ? Pas grand-chose", insiste Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes (Amuf), estimant que le gouvernement n'a "pas du tout entendu" les demandes de hausse des salaires et des effectifs. L'exécutif a pourtant fait des concessions en novembre, après une première journée de grève et de manifestation assez largement suivie.

Rallonge budgétaire, primes à foison, reprise massive de dette... Pour le Premier ministre, Edouard Philippe, ce "plan d'urgence" doté de "moyens considérables" devait "redonner de l'oxygène" aux soignants. Mais dans le "climat mortifère" du secteur, "ces propositions ne sont pas porteuses d'espoir", estime Hugo Huon, président du collectif Inter-Urgences.

"S'inviter dans les municipales"

Éclipsées depuis décembre par la mobilisation contre la réforme des retraites, les blouses blanches ont ramené l'attention sur leur cause avec une série de démissions collectives. Depuis trois semaines, environ 800 médecins-chefs ont renoncé à leurs fonctions administratives, désertant les instances de direction pour se consacrer exclusivement aux soins.

Ils en avaient averti Agnès Buzyn lors d'une rencontre mi-janvier, mais la ministre de la Santé souhaite "d'abord qu'on fasse un état des lieux de la façon dont les réformes s'appliquent". Dans les prochaines semaines, deux nouvelles primes seront ainsi versées à plusieurs dizaines de milliers d'infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio et auxiliaires de puériculture.

À partir du 1er mars, les tarifs hospitaliers seront revalorisés, ce qui augmentera les ressources financières des établissements publics et privés. Une enveloppe de 150 millions d'euros a par ailleurs été débloquée en début d'année pour financer l'achat de matériel afin "que les conditions de travail s'améliorent". "S'il y a d'autres mesures nécessaires", Mme Buzyn prévoit d'en discuter lors d'un prochain rendez-vous "avec les médecins hospitaliers mi-mars".

Le sujet de la "gouvernance des hôpitaux" pourrait y être abordé, la ministre considérant qu'il faut la "retravailler" pour "donner beaucoup plus la main aux professionnels médicaux". Un peu d'argent et de pouvoir, mais trop peu pour contenter les intéressés. "Ce n'est pas du tout à la hauteur des besoins", juge M. Salachas, promettant de "s'inviter dans les élections municipales" pour "demander aux candidats de se positionner" sur le budget des hôpitaux. "Maintenant, tout le monde sait qu'on est mal payés", souligne M. Huon, estimant que pour sortir de cette crise, "on ne pourra pas faire l'économie d'une hausse des salaires".

AFP/VNA/CVN


 
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