30/01/2016 08:29
À six ans, j’ai abordé un manuel canonique dont la première sentence disant : «L’homme à sa naissance est de nature bonne». Elle a été formulée par Mencius (Manh Tu, IVe-IIIe siècle av.J.-C), illustre défenseur du confucianisme, contre les attaques des tendances philosophiques rivales.

Le bien et le mal coexistent en l’homme. Sans le mal, on ne pourrait pas définir le concept opposé du bien, ou définir ce dernier autrement. Photo : CTV/CVN

Dans l’Asie de l’Est dominée par le confucianisme, la croyance à la bonté foncière de l’homme de Mencius a fini par triompher pendant des millénaires. Par contre, en Occident, l’idée de la méchanceté foncière de l’homme a connu des variantes durables à travers le temps. Le dogme du péché originel de l’église chrétienne a marqué profondément la civilisation occidentale.

Contre Pelagius, St. Augustin (IVe-Ve siècle) évêque d’origine berbère, préconise la rigueur grâce divine qui n’est réservée qu’à un certain nombre d’élus. Plus tard, Luther et Kant suivent la même conception pessimiste de l’homme. Luther recommande et rappelle : «Le chrétien se sait toujours pécheur…, toujours repentant».

Points de vue des philosophes

En critiquant la raison pure, le philosophe allemand Kant a montré les limites du savoir humain qui doit faire place à la foi. Les doctrines utilitaristes soutiennent que c’est l’utile et non le bien qui est la source de toutes les valeurs, y compris les valeurs morales. Typique à cet égard est la position de l’écrivain et moraliste français Rochefoucauld. Comme d’autres auteurs de son temps dont surtout Pascal, il considère que l’homme est corrompu par le péché, de là «un nombre infini de défauts qui se rencontrent dans ses vertus apparentes». L’amour propre, dont l’intérêt est l’âme, est la source des passions, le ressort de toutes nos actions.

Pour le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, influencé par l’Inde du bouddhisme et du brahmaïsme, le vouloir-vivre est la sauce de tous nos maux ; il nous entraîne dans le cycle sans fin des désirs et des douleurs à l’ennui. Il faut nous libérer de l’égoïsme en prenant conscience du vouloir-vivre illusoire. L’égoïsme est l’essence de la nature humaine. Sade proclame que la nature a créé les hommes pour qu’ils s’amusent de tout sur la terre. L’homme est né pour rechercher la jouissance à tout prix, qu’importe la cruauté. La douleur est érotisée.

Au seuil du XXe siècle, Freud a donné une réponse scientifique sur la nature de l’homme. L’homme est né bon et mauvais. Il a apporté une solide argumentation psychanalytique avec sa recherche sur l’inconscient. L’enfant vient au monde avec un faisceau d’impulsions, forces indépendantes de la volonté et qui poussent à faire des actes instinctifs ou à satisfaire à des besoins physiologiques.

L’impulsion à manger, aux relations sexuelles, à l’agressivité. Ce qui engendre le plaisir et allume le désir. Il y a des impulsions de la vie (Eros) qui sont positives et des impulsions de la mort (Thanatos), négatives, qui poussent à l’agressivité et à l’auto-destruction (Thanatos). En fait, ces deux tendances se mélangent parfois intimement. La société, par sa culture, aide à les régler et les maîtriser. Ainsi, le bien et le mal coexistent en l’homme sans le mal, on ne pouvait pas définir le concept opposé du bien, ou définir ce dernier autrement.

Réapprendre à surmonter les passions

Depuis 5.000 ans que la civilisation humaine fleurit, y a-t-il progrès, amélioration de la nature humaine ? Voici l’opinion du Professeur Didier Julia : «En ce qui concerne le progrès de la nature humaine, il faut distinguer deux optiques. Du point de vue individuel, il n’y a pas de progrès, il n’y en aura jamais. Chaque homme qui vient à la vie doit réapprendre à surmonter ses passions (G. Freud et les impulsions) et à faire triompher la raison. Il y a toujours des coléreux, des instinctifs, des angoissés, etc.

Mais, du point de vue de l’histoire de l’homme, on peut noter une évolution progressive des constitutions des États dans le sens d’une plus grande liberté voire évolution des rapports entre États, dans le sens d’une plus grande cohésion et par là même d’une paix durable et organisé. Bref, l’histoire des individus est une perpétuelle répétition des mêmes erreurs et des mêmes comportements que seuls les progrès et surtout la généralisation de l’éducation peuvent nous permettre de surmonter plus facilement. En revanche, l’histoire de l’humanité révèle un progrès dans le sens de l’association des nations et des hommes les uns avec les autres».
(Dictionnaire de la philosophie Larousse).

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Une marchande ambulante de fruits à Hanoi. Photo : Archives/CVN

Les considérations de D. Julia sur la nature humaine sont assez convaincantes. Mais son opinion sur une paix durable ne l’est pas, elle ressent l’optimisme des années de l’après-Guerre froide. Pensez aux guerres locales et régionales internationales, à la course aux armements, aux violences terroristes qui se sont déchaînées au cours des deux dernières décennies.

Que conclure de la question : l’homme est né bon ou mauvais ? Peut être Freud l’a tranchée  avec sa thèse des deux sortes d’impulsions, positives et négatives. Pour sûr, il ne faut pas être grand clerc pour savoir ce que le bon sens dit à tout le monde : le bien et le mal coexistent en l’homme. Et cela peut être jusqu’à la fin de l’humanité, parce que le concept du bien ne pouvait être conçu sans l’existence du mal. Sans Judas, Jésus n’aurait pas été Jésus. De là, la vie est toujours bonne et mauvaise.

J’aime le bonhomme Anatole France qui nous dit, avec son sourire doux-amer : «Quand on dit que la vie est bonne et quand on dit qu’elle est mauvaise, on dit une chose qui n’a point de sens, il faut dire qu’elle est bonne et mauvaise à la fois, car c’est par elle seule que nous avons l’idée du bon et du mauvais. La vérité est que la vie est délicieuse, horrible, charmante, affreuse, douce, amère et qu’elle est tout».        
Huu Ngoc/CVN
 
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