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Nées aux XIIe siècle, les marionnettes sur l’eau étaient alors intégrées à des rites d’invocation de la pluie. Aujourd’hui, elles se pratiquent partout dans le delta du fleuve Rouge et sont étroitement attachées à la vie matérielle et intellectuelle des paysans.
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Les marionnettes sur l’eau enchantent petits et grands.
Photo : Thanh Tùng/VNA/CVN

Les marionnettes sur l’eau, modeste spectacle paysan vietnamien, ont fait depuis une décennie le tour des grandes capitales du monde. Mais les représentations sous les feux de la rampe à Paris, New York, Stockholm ou Tokyo, perdent beaucoup de leur cachet, celui d’un genre scénique né dans les rizières inondées du delta du fleuve Rouge.

À l’origine, ce théâtre fit partie sans doute des rites d’invocation de la pluie, du culte de la fécondité, avant de devenir un divertissement populaire lié aux fêtes printanières des villages. Grâce à l’abondance, dans chaque commune, des mares pour aménager une scène aquatique, aux nombreux sycomores et bambous qui offraient la matière première pour la confection des figurines et des mécanismes de manipulation, les marionnettes ont pu se créer une solide tradition rurale.

Un art né de la riziculture

C’est un véritable plaisir de goûter le spectacle donné sur une mare dans le cadre naturel des rizières et l’ambiance de la campagne. La foule bigarrée de spectateurs, assis ou debout, se presse sur les talus herbeux qui entourent sur trois côtés une étendue d’eau rectangulaire devant la pagode ou la maison communale (dình). Le quatrième côté est occupé par une thuy dình (pavillon sur l’eau), construction démontable en bois et en bambou qui comprend la chambre des montreurs (buông trò) et la scène sur l’eau.

L'artiste Phùng Quang Oanh fabrique des marionnettes.
Photo : Gia Thuân/VNA/CVN

Le pavillon, pourvu d’un demi-toit, porte sur le fronton quatre idéogrammes chinois (Quôc Trung Huu Thánh qui veut dire : dans le pays, il y a des saints). La chambre des montreurs repose sur des pieux plantés dans la mare. C’est là que les marionnettistes, à moitié plongés dans l’eau et cachés derrière un store en bambou, manipulent les poupées par un système de perches, de ficelles et de cordes.

À l’ouverture du spectacle, le gosse Têu, figurine bouffon, présente le programme avec ce prélude : «Le Têu que je suis est d’origine céleste. Je suis exilé sur terre pour avoir volé une pêche des Immortels. Comme les affaires du monde des mortels sont compliquées et écœurantes, je patauge de mon mieux pour manier mes marionnettes».

Les pétards éclatent, les oriflammes se déploient, deux rangées de marionnettes émergent. Les numéros se succèdent au son des tam-tams et des cymbales. La moitié du programme est truffée de scènes amusantes applaudies frénétiquement par une foule en liesse.

Le répertoire reflète la vie au village et comporte aussi des bribes d’opéra populaire chèo, d’anciennes histoires du Vietnam et de classiques chinois.

L’aire des marionnettes sur l’eau se limite à une quinzaine de villages dont l’histoire des troupes épouse presque toujours le même scénario. Les plus anciens villages se réclament de Tu Dao Hanh, moine bouddhique plus ou moins magicien du XIIe siècle, considéré comme le Saint Patron du métier. Dans la pagode du Maître (Chùa Thày) qui porte son nom figurent trois statues représentant ses trois existences (moine, roi, Bouddha) ; l’une d’elles a des jambes articulées et mobiles.

Historiquement, le texte épigraphique de la stèle en pierre Sùng Thiên Diên Linh de la pagode Doi Son, province de Hà Nam (Nord), a mentionné pour la première fois (1121) l’existence des marionnettes sur l’eau.

Pendant l’époque féodale, avant la Révolution de 1945, les troupes donnaient des représentations dans leur village à l’occasion des fêtes printanières ou aux anniversaires de la mort de leur propre Saint Patron. Les plus renommées étaient invitées à se produire dans d’autres villages ou même dans des provinces voisines.

Le cas était assez rare puisque les marionnettistes, paysans vivant de leur rizière, ne pratiquaient leur art qu’aux moments de loisir. Cependant, un certain ésotérisme caractérisait leur confrérie souvent réservée aux membres de quelques familles. Ils devaient jurer, sous peine de mort infligée par le Ciel, de garder le secret de certains numéros propres à leur troupe.

La vitalité des marionnettes sur l’eau

Le Musée d’ethnographie du Vietnam, à Hanoï organise régulièrement, dans son enceinte, des représentations de marionnettes sur l’eau.
Photo : Thành Dat/VNA/CVN

La guerre de résistance contre les Français (1946-1954) a mis un terme aux activités des marionnettistes. Vers la fin de la décennie 50 du XXe siècle, dans le sillage de la restauration des arts théâtraux populaires, plusieurs troupes se sont reconstituées, qui n’ont pu survivre aux bombardements américains, commencés en 1964.

Les marionnettes n’ont refait surface qu’après la guerre (1975), mais n’ont connu un véritable regain qu’au lendemain de la politique de Renouveau (1986) avec ses deux composantes : l’économie de marché et le système de la porte ouverte.

Deux théâtres de marionnettes ouvrent leurs portes à Hanoï, attirant pour la première fois des citadins et même un public étranger. Une douzaine de troupes villageoises, après bien des vicissitudes, ont réussi à asseoir leurs bases et à prendre un véritable essor. Elles ont renouvelé leurs figurines, perfectionné les mécanismes de manipulation, modernisé l’acoustique, amélioré la qualité artistique, ce qui leur a valu un intérêt international.

Cet essor est dû à la volonté des marionnettistes locaux soucieux de perpétuer un art presque rituel, à la politique culturelle de préservation du folklore, à l’assistance des autorités locales et aussi aux contributions des organisations étrangères telles que le Fonds culturel suédo-vietnamien pour la promotion de la culture qui, en l’espace de dix ans et par trois fois, a accordé une aide financière à treize villages de marionnettes. La Ford Foundation a récemment contribué à la formation de jeunes marionnettistes de village.

Depuis 2002, le Musée d’ethnographie du Vietnam, à Hanoï, en collaboration avec le Fonds suédo-vietnamien pour la promotion de la culture, organise régulièrement, dans son enceinte, des représentations de marionnettes sur l’eau. Les villages, l’un après l’autre, ont l’occasion de venir s’y produire. Durant une heure avant le spectacle, le public peut s’entretenir avec les marionnettistes. Des artistes professionnels d’autres branches scéniques et des chercheurs aident les paysans à améliorer leur pratique traditionnelle.
 
Huu Ngoc/CVN
(Décembre 2005)
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