03/05/2020 09:04
"D’après vous, quel est le patrimoine architectural qui représente le mieux la beauté de Hanoï ?". À cette question, touristes et habitants mentionnent souvent le Vieux quartier, le mausolée du Président Hô Chi Minh, la pagode à pilier unique, ce qui est évident.
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Le HLM C6 Quynh Mai, à Hanoï.

Cependant, dans ma mémoire et au fond de mon cœur, je retiens l’image chère d’un vieux HLM où je suis née et où j’ai passé toute mon enfance. Les immeubles à propriété collective, peints en jaune, hauts de quelques étages avec des cages de fer suspendues sur les balcons, rangées les unes à côté des autres… restent une curiosité au sein de Hanoï. Ils abritent non seulement un mode de vie, mais également une façon pour les habitants de s’adapter aux changements du temps.

Une naissance nostalgique

Après la libération de la capitale en 1954, un nouveau type de construction urbaine est né pour gérer les besoins en logement des habitants de Hanoï : des bâtiments à cinq étages, chacun comprenant huit studios. La plupart des premiers HLM (Nguyên Công Tru, Kim Liên) ont été construits par des ingénieurs vietnamiens avec l’aide d’experts étrangers. Cette construction, très avantageuse, était en pleine expansion dans les années 1970. L’apparition successive des HLM de Giang Vo, Trung Tu, Thành Công... illustre bien cet essor.

Les premiers HLM n’étaient pas conçus pour des familles nombreuses. Par conséquent, à l’exception d’une pièce privée d’environ 30 m2, toutes les autres zones (couloir, escaliers, toilettes, salle de bains, terrasse, cour) sont des espaces partagés. Les HLM forment généralement un quartier et sont administrés par des groupes locaux. Ces derniers se réunissent pour déterminer des règles d’utilisation de l’espace collectif. Aujourd’hui, ceux-ci existent toujours.

À cette époque-là, les conditions de vie étaient très modestes, les installations ne satisfaisaient que les besoins primaires tels que manger et dormir, exercés dans la pièce séparée ; le reste avait lieu dans les espaces partagés.

C’est pourquoi, à l’intérieur du milieu urbain, la notion de "village" était très forte. Emprunter une cuillère de sel, un bol de riz, cultiver un piment au balcon, commérages dans la file d’attente devant les toilettes font partie des souvenirs que les parents se racontent au quotidien. La cuisine au poêle, le lavage de la vaisselle, le séchage des vêtements sur le toit étaient devenus des activités communautaires permettant aux personnes de nouer des relations étroites.

Parfois, curiosité, potins et querelles étaient choses inévitables au sein de ces murs jaunes. Naturellement, les résidents rencontraient parfois des difficultés dans la sphère intime, à défaut d’espaces personnels. La fin des années 1980 a été une période difficile rythmée par les tickets de rationnement. La population a rapidement augmenté et progressivement les gens n’ont plus aimé vivre ensemble.

La deuxième génération de HLM

L’escalier du C7A Quynh Mai, à Hanoï.
Après les années 1980, un nouveau modèle de HLM est né avec la construction de l’appartement séparé. Seuls les escaliers et les couloirs sont partagés. Le voisinage s’estompe de plus en plus lorsqu’il n’est plus obligé de partager des espaces. À la fin des années 1990, Hanoï comptait environ 40 HLM.

Ce qui reste commun entre ces deux types de HLM, c’est la "grange à tigres". Afin d’augmenter la surface habitable de leur appartement, les ménages ont élargi l’espace du balcon par une cage en fer. Ces "salles supplémentaires", saillantes et ondulantes avec différents formes, tailles, matériaux, mettent au défi la résistance du bâtiment. Et pour les appartements situés au rez-de-chaussée, la plupart des propriétaires en profitaient pour en faire un commerce ou pour les louer. Aujourd’hui, les HLM hanoïens sont progressivement remplacés par des immeubles modernes. Les habitants déménagent dans des appartements dont l’intérieur est plus confortable. Ceux qui ont les moyens achètent leur propre maison.

Les HLM perdent un peu de leur attrait pour les jeunes, mais pour les générations nées dans les années 1960-1990, ils conservent toujours leur charme. D’ailleurs, ils ont trouvé une nouvelle vie. Avec créativité, de nombreux jeunes ont transformé des anciens appartements en cafés rétro et vintage, séduisant ceux en quête de nostalgie. Ces bistrots sont des endroits idéaux pour rencontrer des amis, chanter et prendre des photos originales.

En raison de l’urbanisation grandissante, il arrivera qu’un jour, les HLM disparaîtront complètement. Ce sera vraiment regrettable si les générations futures ne peuvent pas voir de leurs propres yeux cette incarnation d’un patrimoine culturel qui véhicule un mode de vie collectif et un type de construction datant de l’époque de leurs grands-parents.

Ainsi, je souhaite, sans plus tarder, que cette architecture originale soit conservée pour le plus grand nombre et je pense par conséquent à un projet de stockage d’images de ces HLM. Il ne s’agit pas, pour moi, simplement d’un travail, mais de la responsabilité pour l’avenir.
 
Texte et photos : Vu Hà Trang - Doàn Trà My/CVN
(Deuxième Prix
du concours "Jeunes Reporters Francophones - Vietnam 2019")



 
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