28/11/2015 08:36
Les vers à soie, à la fin de leur développement, se fabriquent un cocon, duquel on tire la soie que l’on tisse ensuite. Phan Thi Thuân a choisi une voie plus courte : obliger les vers à tisser.
>>Le village de la soie Van Phuc

Mme Thuân dirige les vers à soie à tisser. Photo : CTV/CVN

Phan Thi Thuân est issue d’une famille de sériciculteurs du district suburbain de My Duc, à Hanoi. Elle a embrassé l’artisanat ancestral avec bonheur et est désormais directrice de la sarl My Duc, réputée pour ses soieries naturelles, dont la matière première provient des chenilles du bombyx du mûrier, plus communément appelées «vers à soie».

Dans le milieu des sériciculteurs, Phan Thi Thuân est connue comme l’inventrice d’une méthode de tissage révolutionnaire, unique au Vietnam et peut être même au monde, où les vers ne produisent plus leur soie pour confectionner leur cocon mais pour directement tisser des produits textiles. Alors que les vers sont programmés pour tisser des cocons, Mme Thuân a réussi le tour de force de les faire secréter leur fil sur une surface plane.

Prenant un drap en main, Mme Thuân explique : «D’apparence, il ressemble à un drap ordinaire en coton mais à l’usage vous allez vous apercevoir qu’il est de bien meilleure qualité et plus chaud en apportant un confort douillet». D’après elle, cette pièce est produite en forçant les vers à tisser collectivement un dense réseau de fils sur une surface encadrée, à une époque de leur développement où les vers sont programmés pour tisser leur cocon individuel.

Mme Thuân a confié : «Je suis restée des semaines à les observer. Je les ai vus filer des cocons très solides avec ténacité. Je me suis alors demandé pourquoi ne pas les pousser à fabriquer un réseau de fils sur une surface plane. Et je me suis lancée dans l’expérimentation».

Une technique originale

À la fin de leur stade de développement, les vers à soie arrêtent de manger et s’accrochent à des tiges pour se fabriquer le cocon en vue de leur métamorphose en papillon. L’idée de Mme Thuân, c’est de les obliger à se stade à rester sur une surface plane. Instinctivement, les vers à soie vont sécréter leurs fibres. Si les vers sont suffisamment nombreux, les fils vont s’intriquer, créant une toile très solide. Une intervention humaine est nécessaire pour éviter que les vers ne sortent du cadre et pour que la surface tissée soit bien homogène. 

Et de préciser : «En moyenne, pour avoir une pièce de 1,6 m x 2 m, 45 kg de vers sont nécessaires». L’artisane applique cette technique depuis 2010 et a commencé à vendre ses produits en 2012.

Des draps vendus au poids

Une pièce brute tissée par les vers à soie, après avoir été blanchie, se vend 4 millions de dôngs le kilo. Ainsi, une pièce de deux kilos coûtera-t-elle 8 millions de dôngs. Cloisonnée par un piquage qui forme des carreaux ou des lignes, elle sera recouverte d’une housse amovible de soie fine pour se vendre 11 millions de dôngs.

Ce drap épais, accompagné d’une housse à soie fine avec des détails de décoration, se vend 11 millions de dôngs. Photo : CTV/CVN 

«Je n’arrive pas à répondre à la demande intérieure. En été ou en hiver, après avoir passé commande, mes clients doivent attendre 3-4 jours, voire une semaine, dit-elle. Pour l’instant, il m’est impossible d’exporter en raison de la production insuffisante».

Cette technique révolutionnaire de Mme Thuân a été déposée au Département national de la propriété intellectuelle. Actuellement, Mme Thuân gère 50 ha de mûriers (dont les feuilles sont la nourriture exclusive des vers à soie) et 300 m² d’ateliers qui, ont s’en doute, tournent à plein régime. À l’avenir, elle compte augmenter ses surfaces de mûriers pour doper la production, en vue d’une exportation.   
         

À propos des vers à soie
 
Le bombyx du mûrier (bombyx mori) est un lépidoptère domestique originaire d’Asie, élevé pour produire la soie. Le ver à soie est sa chenille. Le bombyx est inconnu à l'état sauvage, il résulte de la sélection par élevage appelé sériciculture. C'est au stade de chenille que le bombyx produit la précieuse fibre sécrétée en une bave abondante qui, en durcissant, se transforme en un fil unique de soie brute avec lequel la chenille se fabrique un cocon. Ce fil mesure entre 800 et 1.500 mètres de long. Il est produit par des glandes spécialisées, dites séricigènes. 
 
 

Linh Thao/CVN


 

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