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Dê Thám, de son vrai nom Hoàng Hoa Thám (1858-1913), fut un héros national d’origine paysanne. Baptisé "Tigre d’Yên Thê", il était la terreur des troupes coloniales françaises.
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La statue de Hoàng Hoa Thám située dans la province de Bac Giang (Nord).
Photo: CTV/CVN
Le guide Madrolle de l’Indochine publié vers les années 1930, la belle époque de la colonisation française, mentionne à propos d’Yên Thê: "Le pittoresque Yên Thê, aux mamelons rhétiens de grès rouge, boisés, recouverts par endroits de brousse et de forêts parfois impénétrables. Pays de chasse Cho Gô, ancienne résidence de Dê Thám".

Qui était Dê Thám? Le guide se tait, supposant sans doute qu’il était assez connu.

J’ai fait un nouveau pèlerinage à Yên Thê 90 ans après la mort de Dê Thám, l’homme considéré par les colons français comme pirate, dangereux chef de bande, et par les Vietnamiens comme héros national.

Mon voyage précédent à Yên Thê, district de la province de Bac Giang, à quelque 100 km au nord-est de Hanoï, remontait aux années d’avant la Révolution de 1945 qui a mis fin à la domination française. Souvenirs peu agréables: pittoresque pays de chasse pour les administrateurs et touristes français, mais quelle misère pour les indigènes! Sous le soleil de plomb, un sol rocailleux, forêt et brousse, rares lopins de terre cultivée, paillotes chancelantes, paludisme et disette chroniques.

La vitalité d’Yên Thê

Après 30 ans de guerre, Yên Thê n’a pu se donner un visage nouveau que depuis une dizaine d’années, sur la lancée du Dôi moi (Renouveau) de 1986. Autosuffisance alimentaire, exploitation forestière rentable, vergers florissants, plus de paillotes mais des habitations en dur.

L’introduction du letchi a même permis aux habitants de s’enrichir. Le vert de ses arbres drape les bords des routes, les jardins, les collines auparavant dénudées. Le letchi a permis aux paysans, qui se nourrissaient de tubercules sauvages pendant les périodes de soudure, de faire fortune rapidement, de gagner chaque saison 30-50 millions de dôngs en vendant les fruits dans tout le pays et jusqu’en Chine.

En 2002, les 6.000 hectares d’Yên Thê réservés aux arbres fruitiers (letchi, pommes cannelle, kaki, longane, carambole) rapportaient près de 30 milliards de dôngs, le sixième des revenus annuels du district.

Au début du XXe siècle, Yên Thê était encore un repaire de fauves. Des tigres affamés venaient chercher leur proie dans de petits hameaux à la lisière de la forêt.

On raconte qu’une nuit, un tigre emmena d’une maison un homme dormant enroulé dans sa couverture. La bête sauta par-dessus un mur élevé, laissant tomber sa victime dans la cour. Cette dernière alerta la population à temps.

La fille de Dê Thám, Hoàng Thi Thê, exilée en France, évoque dans ses mémoires le souvenir de deux petits tigres que son père lui avait donnés et qu’elle devait élever comme des chats.

Dê Thám, un véritable tigre

Dê Thám entouré de ses petits-enfants à Bac Giang (Nord).
Photo: Archives/CVN

Pour le peuple vietnamien, le véritable Tigre d’Yên Thê, c’est Dê Thám, de la lignée de Robin Hood, figure légendaire qui a mené une lutte de 30 ans, de 1884 à 1913, pour la libération nationale, tenant en échec des officiers français devenus la crème de l’armée française, tel le futur maréchal Galliéni.

Né d’une famille de paysans pauvres, il a réussi à s’imposer comme le maître de la guérilla, reconnu et même admiré par ses ennemis. Les paysans dépossédés de leurs rizières par les colons et les propriétaires fonciers locaux ont renforcé sans cesse les rangs de l’insurrection qui était devenue les flambeaux de la résistance, le signe de ralliement et l’espoir de tous les patriotes, même à l’étranger.

Malgré l’emploi de l’artillerie et de troupes de métier, les Français ont essuyé des défaites sanglantes et ont dû demander deux fois l’armistice. Dê Thám n’a jamais voulu accepter de devenir un seigneur de guerre à leur service.

En juillet 1909, a eu lieu une violente offensive française contre le Q.G. de Dê Thám, attaque marquée par des canonnades et fusillades sans précédent. Elle s’est soldée par la disparition mystérieuse de tous les partisans. Le journal L’Avenir du Tonkin du 25 juillet 1909 a commenté avec amertume: "Est-ce que nos obus auraient été chargés avec du ciment? Pas un seul bandit n’a été atteint".

Mais les rangs des partisans se sont de plus en plus amincis face à la supériorité en effectifs et en armes modernes. Dê Thám finit par être assassiné lâchement en 1913 par un traître à la solde des Français.

Sa troisième femme, Bà Ba Cân, son intrépide compagne d’armes, avait péri quatre ans avant lui. Capturée au cours d’un encerclement, elle fut exilée en Guyane française. En cours de route, elle a sauté du bateau pour se suicider.

La terre d’Yên Thê était fertile en "tigres" et "tigresses", héros de la lutte anti-coloniale et anti-féodale. Citons en premier lieu le couple Cai Vàng - Bà Ba Cai Vàng, modèle du couple Dê Thám - Bà Ba Cân. Ils avaient fomenté une rébellion populaire pour châtier les mandarins coupables d’exactions cruelles. Le mari étant tué par une balle en 1863, la femme continua son œuvre en enlevant la citadelle de Bac Ninh. Elle se retira, dit-on, dans une pagode pour finir ses jours. Mentionnons une longue liste de lieutenants de Dê Thám, tigres indomptables portant les titres de Thông, Lanh, Dê, Dôc, Quan, Cai, Ca.

Leur mémoire et celle de leur chef sont perpétuées à Phin Xuong - Yên Thê par un mémorial comprenant le Temple du Serment des partisans, le musée Dê Thám et les vestiges d’une citadelle. Chaque année, le 19 mars, la population célèbre une fête en leur honneur, avec une cérémonie et de nombreuses réjouissances populaires (arts martiaux, équitation avec tir à l’arbalète…).
 
Huu Ngoc/CVN
(Mars 2005)
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