09/09/2018 15:47
La Suède va-t-elle à son tour choisir la voie du repli à l'oeuvre dans une Europe déchirée sur sa politique migratoire ? Quelque 7,5 millions d'électeurs ont commencé à voter dimanche 9 septembre en Suède lors de législatives à suspens qui devraient signer la fin de la domination des grands partis traditionnels au profit de l'extrême droite.

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Le Premier ministre social-démocrate suédois Stefan Löfven et le patron des conservateurs, Ulf Kristersson, lors d'un débat télévisé le 8 septembre à Linkoping.
Photo: AFP/VNA/CVN


Les bureaux de vote ont ouvert à 08h00 (06h00 GMT). Un des enjeux de ce scrutin sera la participation, généralement une des plus élevées de l'Union européenne (86% en 2014), alors qu'un électeur sur cinq restait indécis dans les tout derniers jours de la campagne.
 

Les électeurs d'extrême droite sont en moyenne plus mobilisés que les électeurs des autres formations.
 

Les enquêtes d'opinion créditent de 16 à près de 25% des voix le parti des Démocrates de Suède (SD) qui, à l'image du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), dénonce comme une menace "culturelle" l'arrivée de centaines de milliers de demandeurs d'asile.
 

Les scores cumulés des deux partis dominants du paysage politique suédois, sociaux-démocrates et Modérés (conservateurs), totaliseraient environ 40% des suffrages, en recul de plus de 10 points par rapport aux législatives de 2014.
 

La position inédite de l'extrême droite et l'affaiblissement des partis traditionnellement dominants rendent impossible de déterminer qui sera le prochain Premier ministre.
 

"J'hésite encore entre les Modérés et SD. SD est assez proche des Modérés mais ils sont un peu plus clairs dans ce qu'ils veulent. Ils vont droit au but", confiait à l'AFP Elias, 18 ans, à la veille du scrutin.


"Forces haineuses" 


Alors que le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven présente ces législatives comme un "référendum pour l'État-providence", l'extrême droite en a fait un plébiscite contre sa politique migratoire: la Suède a enregistré 160.000 demandes pour la seule année 2015, la plus forte proportion d'Europe rapportée au nombre d'habitants.
 

 
Principaux leaders suédois.
Photo: AFP/VNA/CVN

À la veille du scrutin, Stefan Löfven a fustigé "les forces haineuses" et exhorté les électeurs à rester "du bon côté de l'histoire", tandis que le patron des conservateurs, Ulf Kristersson, a appelé à "une coopération au-delà des lignes partisanes pour isoler les forces"prônant "le repli".
 

Au même moment, dans le sud de la Suède où l'extrême droite a ses bastions, le président des "Sverigedemokraterna", Jimmie Åkesson, évoquait l'hypothèse de "devenir le premier parti du pays".
 

Des projections donneront après la clôture des 6.000 bureaux de vote à 20h00 une photographie du rapport de force sans pourtant permettre de connaître la couleur du prochain gouvernement.
 

"Pacte avec le diable
 

Aucun camp, ni le bloc "rouge-vert" sortant ni l'opposition "bourgeoise" n'étant à même d'obtenir plus de 50% des 349 mandats en jeu au Riksdag, il faudra de laborieuses tractations en coulisse pour trouver une majorité, ou la moins faible des alliances minoritaires.
 

Une tendance européenne "où des partis qui ont été au gouvernement depuis des décennies perdent leur assise et où le paysage politique est plus fragmenté", analyse David Ahlin, directeur des études d'opinion à IPSOS Suède.
 

Stefan Löfven a réussi à maintenir son gouvernement minoritaire jusqu'à son terme en arrachant des compromis avec la droite, sur la politique énergétique notamment.
 

Mais l'opposition est déterminée à le déloger, quitte, souhaiteraient certains, à dynamiter le cordon sanitaire qui, jusqu'ici, tient les Démocrates de Suède à distance d'une influence politique directe.
 

Stratégie qui pourrait se révéler risquée, tant centristes et libéraux ont dit et redit leur refus d'un pacte avec "le diable", comme se décrit lui-même à l'occasion le patron des Démocrates de Suède.
 

Le leader du parti des Démocrates de Suède (extrême-droite), Jimmie Akesson, lors d'un meeting à Stockholm, le 8 septembre 2018.
Photo: AFP/VNA/CVN


Samedi soir 8 septembre, en meeting dans la capitale, Jimmie Åkesson a lancé un ultimatum au chef conservateur: "Kristersson a 24 heures pour répondre à la question: es-tu prêt à coopérer avec moi ou avec Stefan Löfven ?".
 

Avocate d'une politique migratoire "humaine", la présidente du Centre a vivement réagi lors d'un débat télévisé vendredi soir 7 septembre après des déclarations du dirigeant nationaliste affirmant que les étrangers peinent à trouver du travail parce qu'ils "ne sont pas suédois et pas adaptés en Suède".
 

Annie Lööf a tapé du poing sur son pupitre en l'interpellant avec véhémence: "Comment peux-tu t'exprimer de cette façon!". L'incident, inhabituel en Suède, a déclenché une tempête médiatique.
 

Des ONG ont relayé "l'angoisse" des demandeurs d'asile face à la montée de l'extrême droite.
 

"Je vis ici depuis bientôt trois ans, j'ai appris la langue, qu'est-ce qu'il va m'arriver s'ils prennent le pouvoir ?", s'interroge dans un suédois parfait Mohammad, un réfugié afghan de 18 ans rencontré par l'AFP.


AFP/VNA/CVN

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