03/06/2017 10:04
Les Tày font partie des 53 minorités ethniques du Vietnam. Apparentés aux Nùng, ils vivent avec eux dans les vallées des haute et moyenne régions du Nord. Leurs rites funéraires présentent une certaine similitude avec ceux des Viêt (ou Kinh), ethnie majoritaire.
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Le jour et l’heure des obsèques sont choisis soigneusement par le Thày Tào.
Photo : CTV/CVN

La mort est un événement marquant de la famille et même à l’échelle du village. Les funérailles sont en grande partie prises en charge par la société d’entraide villageoise (hôi làng), appelée encore société pour les funérailles (hôi hiêu). Un grand rôle est joué par les sorciers Thày Tào (ou Vo Tào). Le maître sorcier ou Say commande un groupe (Luc So) de cinq à six disciples qui jouent de la musique et chantent aux cérémonies. Plus ou moins lettré, il lit les idéogrammes chinois (han) et vietnamiens (nôm).

Complétant les sorciers Thày Tào sont les maîtres des rites (Thây Lê ou Say Lê) dont chaque groupe comprend de six à huit personnes (appelé aussi Tô báo hiêu = groupe, pour exprimer la piété filiale). Leur organisation non lucrative vient en aide aux familles endeuillées (rites, musique, oraison funèbre). Les Say Lê portent un costume spécial : bonnet et robe à larges manches de couleur violette pour le chef, le même ensemble mais blanc pour les autres. L’orchestre comprend une assiette sonore en cuivre (thanh la), des cymbales (nao bat), un orgue à bouche (kèn).

Les étapes importantes du déroulement d’un enterrement sont les suivantes : avant la mise en bière, mise en bière, cérémonies avant l’inhumation et, enfin, inhumation.

Avant la mise en bière

Le fils aîné ferme les yeux du mort. Si quelqu’un meurt les yeux ouverts, son âme tourmentée ne peut aller au Ciel. On allonge le mort sur le lit, on lui pose les mains sur le ventre, on lie provisoirement ses deux pouces et ses deux gros orteils, on fait sa toilette et lui met des vêtements neufs. On lui enlève les dents artificielles car elles ne lui ont pas été données par l’Accoucheuse Céleste Bjooc. On met dans sa bouche une pièce de monnaie d’argent et une poignée de riz pour le voyage au Ciel. On le recouvre d’une nouvelle couverture et descend sa moustiquaire comme pour un sommeil ordinaire.

Un cortège funèbre.
Photo : CTV/CVN

Le Thày Tào doit calculer pour savoir si le défunt est mort à une heure faste ou néfaste. Si c’est une heure faste, il faut organiser les funérailles sans tarder.

Dans le cas contraire, on trichera avec le sort en choisissant une heure faste pour la mise en bière, prétendant que cette heure est l’heure véritable du décès. Le cercueil a été parfois offert au père (et à la mère) à l’occasion de leur fête de longévité à 61 ans. Si ce cadeau très précieux n’existe pas, il faut fabriquer un cercueil avec des planches destinées à cet usage, chez des scieurs de long.

Le cercueil est posé à une distance de 0,5 m devant l’autel des ancêtres sur deux troncs de bananier. Après avoir enlevé la poignée de riz et la monnaie des morts, on y étale au fond une couche de cendre sur laquelle on étend un linceul de gaze de 4 m de long, plié un deux. On lave le corps avec de l’eau parfumée, on délie les pouces et les gros orteils.

La mise en bière chez les Tày

Le sorcier Thày Tào brandit son épée et crie : «Que l’âme du vivant dedans sorte et que l’âme du mort y entre !». Il aide le fils (aîné) à transporter le mort dans le cercueil et à le recouvrir de la moitié du linceul (jusqu’au cou). Un carré d’étoffe blanche muni de cinq trous (pour les yeux, les narines et la bouche) est mis sur le visage. Les deux côtés du mort sont bourrés de ses vêtements pliés. Une couverture recouvre le tout. Le couvercle (ván thiên) du cercueil posé sur les parois est colmaté par une colle spéciale (mélasse de canne à sucre et eau de chaux). Il y est cloué avec des clous en bambou (et non en métal).

Le Thày Tào dessine en l’air, au-dessus du cercueil, le caractère phong (fermer) pour l’exorcisme. Le fils (aîné) trace sur le couvercle, côté tête, le caractère thuong (haut) pour indiquer la position exacte dans la fosse. Il met ensuite sur la tête du cercueil un bol de riz gluant coiffé d’un œuf de poule bouilli, ration de route du mort. C’est alors seulement qu’il est permis de pleurer. Le catafalque (nhà táng), demeure du mort en bambou et papier, recouvre le cercueil. Le fils aîné devient chef du deuil (tang chu). Il distribue les habits de deuil à la famille, par ordre de préséance.
 
(À suivre)
Huu Ngoc/CVN
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