25/04/2020 10:49
Le harcèlement a pris une ampleur inédite avec les réseaux sociaux. Les femmes sont souvent la première cible de l’humiliation en ligne. La sensibilisation est nécessaire pour un combat commun.
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Cyber-harcèlement : brisons le silence. Photo : CTV/CVN

La cruauté n’a rien de nouveau, mais sur le web, les brimades amplifiées par la technologie n’ont pas de limites et sont accessibles en permanence, selon Monica Lewinsky, qui, d’une personne ordinaire, est devenue sujet d’humiliation, lorsqu’en 1998, sa liaison avec le président américain Bill Clinton a été révélée par la presse.

Avant Internet, les nouvelles provenaient de trois sources principales : le journal papier ou le magazine, la radio et la télévision. "C’était la première fois que les médias traditionnels étaient doublés par Internet, un clic qui a fait le tour du monde", a-t-elle déclaré lors d’une conférence, faisant référence à l’article révélant les détails graveleux de sa liaison sur le Starr Report.

Sur Internet, les informations circulent à grande vitesse. De nos jours, son accès facile couplé à l’anonymat derrière l’écran offre un espace idéal à la liberté de toute expression. Par conséquent, les harceleurs se sentant protégés, ils peuvent se laisser aller à leurs penchants agressifs. Le Vietnam n’est pas en marge de ce phénomène avec 49 millions d’internautes, représentant 52% de sa population. Selon le Programme national sur Internet et la société, 61,7% des internautes sont témoins ou victimes de discours de haine, d’humiliation et de diffamation. S’y ajoute le fait désolant que la plupart des victimes sont des femmes.

Les intentions des harceleurs ?

Il est déplorable que les harceleurs se prennent pour des justiciers. Ils pensent qu’ils ont le devoir de condamner un acte qu’ils jugent mauvais. La colère les conduit à l’action. Pourtant, les harceleurs ne se concentrent pas vraiment sur le problème, mais salissent surtout la réputation des victimes. Par exemple, suite aux rumeurs selon lesquelles la chanteuse vietnamienne Hô Ngoc Hà aurait une liaison extraconjugale avec un homme marié, les insulteurs ont non seulement attaqué le fait mais aussi sa dignité humaine.

De plus, certains pensent qu’ils ne peuvent avoir recours qu’à eux-mêmes et qu’il vaut mieux mettre les affaires en lumière car la loi en vigueur n’est pas assez rigoureuse. Par ailleurs, les harceleurs insultent même les victimes afin de se distraire. Ils éprouvent de la satisfaction en regardant les malheurs qui arrivent aux autres. Par ce moyen malsain, ils se donnent de l’importance et évacuent leur stress.

Prenons le cas de cette jeune fille de 15 ans à la province de Dông Nai (Sud) : après une rupture amoureuse, son ex-copain a publié une vidéo de leurs ébats amoureux sur Facebook par vengeance. Les gens ont attaqué la fille, insulté son apparence et sa dignité au lieu de condamner l’acte du garçon. À la suite de cela, la fille s’est suicidée.

Le cyber-harcèlement est malheureusement un phénomène fréquent, exacerbé par le fait que les victimes ont souvent tendance à se taire. Le rôle des témoins évoluant dans l’espace public d’Internet contribue aussi à renforcer le sentiment d’oppression et les souffrances des victimes qui sentent ainsi leur détresse exposée au monde entier. Le rôle de ces spectateurs peut néanmoins être déterminant dans la persistance du phénomène ou dans la résolution de celui-ci.

Faire d’Internet un lieu sûr pour les femmes

Internet nous offre certes un espace idéal pour la liberté d’expression, un espace démocratique où tout le monde peut s’exprimer quelque soit son niveau socio-économique ou éducatif. Mais cet espace souffre du fait d’être dénaturé en raison de l’incapacité de s’écouter et d’être respectueux envers les femmes, notamment.

Sur Internet, les informations circulent à grande vitesse. 
Photo : Bùi Phuong/CVN

À une échelle plus grande, en plus d’une loi pertinente, il s’agit aussi de prendre des mesures pour gérer rapidement les notifications de violation et supprimer sur les réseaux les contenus contraires aux règlements sociaux. En réalité, les prestataires de service de réseaux sociaux ne sont pas vraiment actifs ni réactifs dans la lutte contre les discours de haine. En dépit de la fonction "signaler la publication" pour les contenus illégaux, le taux de suppression après signalement reste bas et sans effet : 46% sur Facebook, 10% sur YouTube et 1% sur Twitter.

Le code de conduite de l’UE sur les discours de haine en ligne, lancé en 2016, est un bon exemple pour traiter ce problème. Dans un aspect plus personnel, il faut cesser le "victim blaming" (blâme de la victime). "Pas étonnant que tu sois lapidée en agissant de cette façon" est la phrase la plus commune des cyber-harceleurs vis-à-vis de la chanteuse Hô Ngoc Hà ou de la lycéenne de Dông Nai.

Cette pensée que les victimes sont responsables de ce qui leur arrive et qu’elles méritent l’humiliation doit être combattue parce que bien qu’elles puissent commettre des erreurs, elles restent des êtres humains avec leur dignité et leur fierté. Non seulement nous devons arrêter le blâme de la victime, mais nous devrions également lui donner la parole, en soulignant particulièrement que nous agissons par principe moral et non comme sauveurs pour protéger la personne harcelée.

Enfin, il ne faudrait pas non plus harceler ceux qui nous harcèlent pour éviter d’entrer dans un cercle vicieux. Et surtout, il n’est pas concevable de combattre le mal par le mal.

Minh Anh - Kiêu Nga/CVN
(Premier Prix du concours "Jeunes Reporters Francophones - Vietnam 2019")
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