24/05/2019 11:16
Les autorités mondiales de l'aviation civile, réunies jeudi 23 mai au Texas, se sont séparées après huit heures de discussions sans date de retour en service du 737 MAX, avion phare de Bœing cloué au sol depuis le 13 mars.

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Chaîne d'assemblage du 737 MAX dans l'usine Bœing à Renton (État de Washington), le 27 mars. Photo: AFP/VNA/CVN


"Le seul calendrier est de s'assurer que l'avion est sûr avant de voler", a déclaré Dan Elwell, chef intérimaire de l'Agence fédérale américaine de l'aviation (FAA), lors d'une conférence de presse.

Cette incertitude traduit la méfiance des autres régulateurs envers la FAA, à laquelle ils ont posé "beaucoup de questions" et dont ils voulaient des "clarifications" sur les procédures.

M. Elwell a indirectement reconnu l'absence de consensus en déclarant que "chaque pays prendra(it) sa propre décision", en toute indépendance, même si le "dialogue" va se poursuivre, notamment avec des échanges d'informations.

"S'ils pouvaient lever l'interdiction peu après nous, je pense que se serait positif pour la confiance du grand public", a-t-il poursuivi.

Un système de réciprocité a prévalu jusqu'aux déboires du 737 MAX, en vertu duquel les régulateurs aériens des autres pays s'alignaient sur l'évaluation de l'autorité d'origine, en l'espèce la FAA.

Dan Elwell avait jeté un froid mercredi en révélant que B
œing n'avait pas soumis pour évaluation la mise à jour du système anti-décrochage MCAS, en raison de questions additionnelles.

C'est le dysfonctionnement de ce dispositif, mis en cause dans les accidents d'Ethiopian Airlines le 10 mars (157 morts) et de Lion Air le 29 octobre en Indonésie (189 morts), qui entraîné l'interdiction provisoire de vol du 737 MAX, dernier-né du constructeur américain.

L'avionneur avait pourtant affirmé la semaine dernière que le correctif était prêt pour la certification.

"Plusieurs mois" 

"Cela prend beaucoup plus de temps qu'anticipé, peut-être veulent-ils s'assurer qu'ils font bien les choses, a relevé Richard Aboulafia, expert chez Teal Group. Il y a beaucoup de choses en jeu, notamment la première impression des régulateurs mondiaux" en examinant le correctif.

Pour Michel Merluzeau, "on s'oriente vers un retour en service qui risque de s'étaler dans le temps". Selon cet expert chez Air Insight Research, on peut imaginer une levée de l'interdiction aux 
États-Unis vers la fin de l'été et dans "plusieurs mois" ailleurs.

Les compagnies aériennes américaines exploitant le 737 MAX -American Airlines, Southwest et United Airlines- espéraient remettre l'avion dans leurs programmes de vol vers la mi-août au plus tard.

Le nouveau retard accusé par Boeing est dû au fait que la FAA -qui essaie de montrer son indépendance vis-à-vis du géant américain- a adressé de nouvelles questions au constructeur, a expliqué M. Elwell.

"Une fois que nous aurons répondu aux demandes d'informations de la FAA, nous serons prêts pour le vol de certification et soumettrons la documentation définitive pour la certification", a indiqué B
œing par courriel.

Une fois cette documentation soumise au régulateur, B
œing devra franchir d'autres étapes: la FAA va par exemple effectuer un essai en vol et une analyse poussée pour éprouver la sécurité de l'appareil.

Les trois compagnies aériennes, qui se sont réunies à Miami (Floride) la semaine dernière, estiment qu'il faudra 100 à 150 heures de maintenance-vérification des moteurs notamment- pour préparer leurs 737 MAX une fois levée l'interdiction de vol, a dit un porte-parole d'American Airlines à l'AFP.

En outre, la FAA n'a toujours pas déterminé quelle serait la formation adéquate pour les pilotes.

Les 
États-Unis et un grand nombre de pays divergent sur ce point: les premiers estiment qu'une formation sur ordinateur ou iPad est suffisante pour des pilotes chevronnés, quand le Canada veut rendre obligatoire le passage des pilotes sur simulateur de vol.

L'Union européenne, le Canada ou encore le Brésil ont déjà indiqué qu'ils allaient effectuer leur propre évaluation du correctif du MCAS.

La position de la Chine, premier pays à avoir cloué au sol le 737 MAX, reste une inconnue en plein regain de tensions commerciales entre Pékin et Washington.

Besoin de transparence 

Près d'une soixantaine de représentants de 33 pays où volait le 737 MAX ont pris part à la réunion à huis clos au Texas.

Le retour de la confiance sera long, des enquêtes d'opinion menées par Southwest montrent qu'un grand nombre de passagers ne sont pas prêts à monter immédiatement à bord d'un 737 MAX.

Et les pilotes ne semblent pas disposés à signer un chèque en blanc aux autorités et à B
œing. "Avant que le MAX ne retourne en service: nous avons besoin de réponses et de transparence", a ainsi réagi jeudi 23 mai l'ECA, la Fédération européenne des pilotes.

Au-delà du problème de réputation, la crise du 737 MAX devrait avoir un coût financier important alors que cet avion représentait près de 80% du carnet de commandes de B
œing fin avril.

Le constructeur, qui a suspendu les livraisons, ne perçoit plus d'argent des compagnies aériennes qu'il devra aussi indemniser pour leur manque à gagner.


AFP/VNA/CVN

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