09/10/2018 16:50
Chacun a sa propre histoire, et moi, j’ai beaucoup d’histoires adorables tirées d’une petite région dénommée "le pays des sourires"
>>Il faut avoir un grain
>>Une rencontre qui porte ses fruits…
>>Mékong express

Étant née et ayant été élevée dans une région qu’on appelle affectueusement "le pays des sourires", je me souviendrai toujours du sourire réjoui de madame Năm Muông de l’îlot Sơn…, un territoire très convivial dont tout le monde devrait se souvenir après l’avoir visité, et ce quelque soit son origine.


Di Hai et un bol de nouille de riz

Je commence par une vieille capitaine de bateau du marché flottant que j’appelle par un nom familier: di Hai (tante Hai). Di Hai manoeuvre sa boutique flottante depuis plus de 40 ans. Elle est présente tous les jours au quai Ninh Kiêu à 04h30 du matin pour emmener les visiteurs au marché flottant. Chaque fois que nous devons aller au quai Ninh Kiêu, nous demandons toujours à di Hai de nous accompagner.

Une fois, pendant le petit déjeuner au marché flottant, di Hai n’avait mangé que la moitié de son repas et conservé le reste. Étant curieux, nous lui avons demandé pourquoi.

- Di Hai, pourquoi vous ne finissez pas votre bol?

- Ah, j’ai un neveu à la maison, je vais le lui donner pour le déjeuner.

Soudain, je sens des picotements aux yeux, nous lui avons proposé de tout manger, on lui aurait acheté un autre bol ensuite, mais Hai a pourtant refusé

- Je suis âgée, je ne mange pas beacoup. Une bol suffit pour nous deux.

Hai vit avec un neveu abandonné par ses parents. En plus du rôle de grand mère, Hai tient aussi celui de mère. Le travail de cette dame âgée est la source financière principale de la famille. Chaque femme a une histoire à raconter. Ce sont des histoires de sacrifices silencieux pour les proches et particulièrement les enfants. Malgré les changements culturels, les Vietnamiennes gardent toujours leur caractère.


Une banane de madame Kim Chuong


Au marché flottant, tous le monde connaît Monsieur Ly Hùng, un chanteur folklorique, déjà apparu à la télévision. Si Monsieur Ly Hùng est connu pour ses histoires de vie et son talent, sa femme, madame Kim Chuong, est également beaucoup appréciée pour son caractère ouvert et son hospitalité. Un jour, nous avons pris une barque pour aller chez eux, il était tard et il pleuvait un peu, madame Kim Chuong nous attendait à l’entrée de la maison. En attendant que les vêtements soient secs, elle avait préparé une collation, malgré notre refus. Un repas familial certes uniquement composé de quelques poissons et d’un bol de soupe mais tout de même inoubliable. Avant de partir, elle nous a offert une banane bouillie bien coupée.

- Nous ne sommes pas riches, nous n’avons pas des bons plats à vous faire manger, mais c’est notre cœur qui parle.

Cette phrase nous suivait au milieu des vastes étendues d’eau durant le retour.

Un sourire est dix doses toniques


Cai Rang, Ba Lang, Vàm Xang, Phong Diên
Anh thương em thì cho bạc cho tiền
Đừng cho lúa gạo, xóm giềng cười chê
(Cai Rang, Ba Lang, Vàm Xang, Phong Diên
Si tu m’aimes alors donnes moi de l’argent

Ne donnes pas de riz, les voisins ont ri)
 
Cette expression, très connue car ancienne, reflète l’image d’un territoire plantureux de Phong Diên, un lieu appelé "Le paradis du fruit" par les habitants du delta du Mékong. À chaque fois que nous venons dans cette région, nous avons des histoires touchantes à raconter. À la première rencontre, notre batelier d’aujourd’hui nous donne tout de suite par son sourire une impression amicale et très familière, un des traits les plus distinctifs des habitants de Phong Diên. Après quelques salutations, nous apprenons que l’homme est le gestionnaire d’un groupe coopératif de bateaux de tourisme. À l’occasion des grandes fêtes à Phong Diên, son équipe travaille toujours gratuitement pour les participants et les visiteurs. Quand je lui ai posé la question des finances, il a souri joyeusement en me disant:

- Notre vie quotidienne est mue par le tourbillon des gains et des pertes, raison pour laquelle on doit encore calculer pour ces petites choses. Contribuer un peu au développement de notre ville natale est notre objectif.

Tout au long du trajet, le sourire ensoleille son visage, il nous parle beaucoup de sa fierté d’être né et d’avoir grandi dans cet endroit, a partagé les hauts et les bas de sa vie et les projets des habitants normaux pour développer le tourisme dans la zone. La barque vient d'arriver à une fourche, soudain, dans la vaste étendue d’eau, nous avons entendu une phrase des chansons folklorique de notre batelier…

Hòooo…..   ooooooo! Chiều Cà Mau nhuộm màu tươi thắm, công tôi cực làm mưa nắng dãi dầu. Chiều nay tôi chẳng bận đâu, tìm em không gặp, hòoooo ….oooo, tìm em không gặp tôi gội đầu mỗi đêm.

L’histoire de M. Sau Mong et de ses cocotiers


Voici une histoire offerte à Monsieur Sau Mong pour son hospitalité.

Monsieur Sau Mong, familièrement appelé chu Sau (oncle Sau), est une personne qui m’a beaucoup marqué, pas par les premières impressions qu’il renvoie mais petit à petit, à mesure que je découvrais le personnage. Ma mission d’interprète pendant une semaine pour deux jeunes volontaires français à Cù Lao Dung, Sóc Trang, un petit îlot loin de la vie urbaine, m’a donné l’opportunité de rencontrer des personnes amicales, gentilles et très hospitalières comme Madame  Nhạn, Madame Hông, Monsieur Hiên et, parmi eux, Monsieur Mong avec ses histoires de cocotiers. Cet homme est inoubliable car caractéristique de la tradition et des modes de vie anciens des habitants du delta du Mékong. Lors de la première visite dans sa famille, je ne me souviens que d’un homme avec la tête rasée nous accueillant avec une voix "très mignonne": Ma-zi, Lu-i, ils sont rentrés. 
 
Monsieur Sau souffre d’un trouble mental, c’est pour cette raison qu’il a deux caractères très différents, chaque période dure de 6 mois à un ans. Un côté est tranquille, distant et un peu désagréable, l’autre est la personne que nous venions de rencontrer. Une information que je ne pouvais pas croire quand je l’ai entendue. Il nous demandait tous le temps si nous étions fatigués, si nous avions faim, comment nous ressentions la vie ici, etc. Parfois, après le travail, il nous invitait à pêcher ou à grimper au cocotier pour cueillir des noix de coco à boire. Une fois, à l’occasion de la visite d’un ami de notre groupe, l’oncle Sau a décidé de couper deux cocotiers pour prendre ses fruits, sachant que sans cette partie, un cocotier est presque mort, le tout pour une simple raison : faire le gâteau xèo pour que nous puissions en manger, alors même que ces arbres sont la principale source de revenus de sa famille. En me voyant regretter, il rigole: 
 
- Les arbres ne valent pas notre sentiment. 
 
En réalité, chaque fois que quelques cousins de sa grande famille rencontrent des difficultés, il n’hésitent pas à couper ses "gagne-pains" pour les aider à construire une maison ou obtenir un lopin de terre pour vivre. Avec nous, des inconnus sans lien de parenté, ces sentiments nobles restent les mêmes. Avant de nous dire au revoir, il nous a rappelé ceci: 
 
- Venez ici si vous avez du temps libre, les cocotiers vous attendent.

Chi Nam Phuong de l’îlot Son 
 
 
Il y a 2 ans, l’îlot Son a commencé à être le siège d’un système touristique communautaire basé sur les dons naturels et les valeurs traditionnelles. Madame Nam Phuoc est une des femmes qui ouvre la marche en la matière. C’est une petite dame mais très capable avec un sourire doux et généreux.  À chaque fois que je me sens fatiguée, j’ai l’habitude de venir ici pour m’enfuir temporairement de la vie agitée en m’allongeant toute la journée dans un hamac avec mon livre préféré en écoutant le chant des oiseaux. Parfois, je vais au jardin pour cueillir des légumes avec Madame Nam Phuoc ou prendre une petite barque pour pêcher avec son mari. Pour moi, cette maison est comme un deuxième abris paisible et madame Nam Phuoc, une grande tante qui s’occupe de tout. Le tourisme communautaire sur l’îlot Son se développe, il y a beaucoup de valeurs qui changent maintenant, mais je me souviens toujours des paroles de madame Nam Phuoc: 
 
- La spécialité de l’ilôt Sơn n’est pas seulement  la nature, mais aussi la façon de vivre et l’hospitalité des habitants. Je le sais. C’est pour cette raison que, malgré le développement du tourisme, ces traits culturels ne disparaitront jamais de notre communauté. 
 
Nguyên Minh Thu
 
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