03/05/2018 13:17
La Commission européenne a plaidé mercredi 2 mai pour un budget de l'UE en hausse après le Brexit, mais avec des coupes dans des secteurs emblématiques comme l'agriculture, qui ont provoqué sans tarder le courroux de plusieurs pays dont la France.
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Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, donne une conférence de presse à Bruxelles, le 2 mai.
Photo: AFP/VNA/CVN

Les coupes dans la politique de cohésion, en faveur des régions les plus modestes, promettent elles un bras de fer avec les pays de l'Est, dont certains comme la Pologne se sentent aussi visés par le gel des aides aux pays violant l'État de droit, proposé pour la première fois par Bruxelles.

Le Danemark, les Pays-Bas et l'Autriche ont de leur côté refusé de mettre davantage la main à la poche pour compenser le divorce avec le Royaume-Uni, qui laissera un trou annuel de "15 milliards" dans le budget de l'UE selon le président de la Commission Jean-Claude Juncker.

Au milieu de ces premiers signaux négatifs, le gouvernement allemand s'est distingué en saluant "un premier pas important" pour répondre au défis de l'UE, et se disant prêt "à assumer de plus grandes responsabilités" pour renforcer l'Union. Des tractations tendues se profilent désormais autour du "Cadre financier pluriannuel" (CFP) pour 2021-2027, qui doit encore être adopté à l'unanimité entre Etats membres et négocié avec le Parlement européen.

"Pas un massacre"

L'exécutif européen veut que l'UE se dote d'un budget à 27 de 1.279 milliards d'euros pour la période 2021-2027 (contre 1.087 milliards pour 2014-2020 à 28, en prix courants), en hausse malgré la perte de l'importante contribution britannique.

Le drapeau britannique flotte avec les drapeaux européen devant le siège de la Commission européenne, le 16 octobre 2017 à Bruxelles.
Photo: AFP/VNA/CVN

"C'est un budget ambitieux mais équilibré, juste pour tous", a défendu Jean-Claude Juncker. "Ce n'est pas un massacre", a-t-il ajouté concernant les coupes proposées, faisant valoir la nécessité d'augmenter les financements dans des domaines comme la défense, la recherche ou encore la protection des frontières extérieures.

Mais les "réductions modérées" proposées de 5% pour la Politique agricole commune (PAC) et de 7% pour la politique de cohésion, les deux principaux postes budgétaires de l'UE, ont déjà du mal à passer.

La France "ne pourra accepter aucune baisse de revenu direct pour les agriculteurs", a rapidement réagi son ministère de l'Agriculture dans un communiqué.

La politique de cohésion, dont les pays de l'Est sont les principaux bénéficiaires, "sert l'UE toute entière, nous n'allons certainement pas accepter des coupes disproportionnées dans ce domaine", a réagi de son côté le vice-ministre polonais pour les Affaires européennes, Konrad Szymanski.

Varsovie est également méfiante concernant la proposition inédite de la Commission de pouvoir suspendre des versements de fonds européens en cas de violation de l'État de droit par un États membre. "Il ne faut aucun espace pour de l'arbitraire", a mis en garde le responsable polonais, dont le gouvernement est accusé par Bruxelles de menacer l'indépendance de sa justice.

La Commission a déclenché à l'encontre de la Pologne une procédure inédite pour qu'elle amende ces réformes, mais qui n'a pour l'heure porté aucun fruit. D'où l'idée, défendue par Paris et Berlin et désormais endossée par la Commission, de pouvoir recourir à l'avenir à la pression financière dans de pareils cas.

"Supprimer les rabais"

"Une Union plus petite, ça signifie aussi un budget plus petit", ont de leur côté réagi en choeur les Premiers ministres libéraux danois et néerlandais, déclinant comme l'Autriche l'appel lancé par la Commission à relever les contributions nationales.

Pour Bruxelles, il s'agit de faire passer le budget de l'UE au niveau de 1,1% du total cumulé du Revenu national brut (RNB) des États membres, au-delà de la limite de 1% fixée pour 2014-2020.

En complément, la Commission a aussi relancé la recherche, maintes fois avortée, de nouvelles ressources propres pour l'UE, souhaitant qu'elles puissent représenter jusqu'à 12% du budget. Elle demande notamment que 20% des revenus de la taxation des échanges de quotas de carbone soient à l'avenir orientés vers l'UE. Et propose une "contribution nationale" basée sur le volume de déchets d'emballage en plastique non recyclés.

AFP/VNA/CVN
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