06/04/2020 10:23
Phénomène hyper-inflammatoire, les "orages de cytokine" semblent jouer un rôle clé dans les cas graves de COVID-19 et laissent pour l'heure la médecine relativement démunie.
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Yazdan Yazdanpanah, chef du Service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat le 5 mars, à la sortie d'un comité scientifique à l'Élysée.
Photo : AFP/VNA/CVN

Fièvre, fatigue, toux sèche : quatre fois sur cinq le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 provoque des symptômes "bénins ou modérés". Mais souvent s'ajoute une gêne respiratoire qui peut déboucher sur un syndrome respiratoire aigu sévère. C'est le cas pour environ une personne sur cinq ou sur six qui nécessite une hospitalisation pour s'en sortir, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Difficultés à respirer, impression d'avoir les poumons dans un étau, lèvres ou visages qui commencent à bleuir sont des signaux d'alerte qui doivent amener à une consultation urgente, selon l'organisme sanitaire américain CDC.

L'aggravation du 7e jour

Une majorité des malades hospitalisés présente une pneumonie sévère avec atteinte bilatérale qui est la signature de la forme grave de la maladie, selon l'OMS. Souvent l'aggravation arrive brutalement, environ sept jours après l'apparition des premiers symptômes, selon Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du
Service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat (Paris).

Ce calendrier garde une grande part de mystère et de variabilité, mais débouche régulièrement sur un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). Cette situation où les poumons ne fournissent pas assez d'oxygène aux organes vitaux, nécessite une ventilation artificielle avec l'utilisation de respirateur.

"Choc cytokinique"

"Les preuves s'accumulent pour suggérer qu'une partie des patients souffrant de formes sévères de COVID-19 sont sujets d'un syndrome de choc cytokinique", écrit, avec des collègues britanniques, Jessica Manson, spécialiste des phénomènes inflammatoires à University College Hospital de Londres, dans la revue médicale The Lancet.

Graphique sur les chocs cytokinikes, réponses excessives du système immunitaire, qui pourraient être la cause de complications dans les cas les plus sévères de COVID-19. Photo : AFP/VNA/CVN

Ce phénomène de "tempête hyper-inflammatoire" est repéré et décrit depuis une vingtaine d'années seulement. Il a été pointé du doigt pour expliquer la dangerosité de deux autres maladies respiratoires provoquées par des coronavirus, le SRAS (774 morts essentiellement en Asie en 2002-03) et le Mers (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient, 866 décès depuis 2012). On le suspecte aussi d'avoir été à l'œuvre lors de grandes pandémies grippales, telle la terrible "grippe espagnole", qui a tué environ 50 millions de personnes en 1918-19.

"Réponse immunitaire exubérante"

Les cytokines sont des substances naturellement produites par les cellules du système immunitaire pour réguler l'action immunitaire, en particulier pour favoriser la réaction inflammatoire qui est une réponse naturelle de défense d'un organisme agressé. Mais dans le cas de "l'orage cytokinique", on observe un emballement de ce système qui débouche sur une réaction hyper-inflammatoire pouvant devenir létale.

Quelle est l'importance de ces tempêtes dans l'engrenage mortel des cas sévères de COVID-19 ? "C'est une très bonne question", répond le spécialiste américain en microbiologie et immunologie, Stanley Perlman, qui s'est penché sur ces phénomènes dans les cas du SRAS et du Mers. "Je pense qu'une réponse immunitaire exubérante est ce qui véritablement tue les patients (de COVID-19, ndlr) en détruisant les tissus. Mais ce n'est pas une certitude", répond cet expert de l'Université de l'Iowa.

Comment calmer l'orage ?

Il faudrait pouvoir calmer l'orage au niveau des poumons sans pour autant abaisser les barrières immunitaires des malades. Pour l'instant, la médecine tâtonne et monte des essais dans l'urgence alors que la pandémie progresse.

Par exemple à Paris le groupe hospitalier public AP-HP a lancé ces derniers jours l'essai CORIMMUNO pour tester plusieurs médicaments contre ces réactions inflammatoires excessives. "À l'heure actuelle", il n'existe "aucune" approche thérapeutique efficace et éprouvée contre ce phénomène, déplore le Pr Perlman. L'universitaire souligne qu'administrer des corticoïdes, médicaments anti-inflammatoires courants, seraient "à coup sûr délétères" pour les malades de COVID-19.

AFP/VNA/CVN


 

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