11/10/2019 17:54
Les hauts plateaux du Centre du Vietnam comprennent les provinces de Kon Tum, Gia Lai, Dak Lak, Dak Nông et Lâm Dông. Cette région est connue pour être la zone de coexistence de nombreuses minorités ethniques telles que les Jrai, les Bahnar et les Êdê.
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Le rite d'abandon de la tombe. Photo : BTDTH/CVN.

D'abord, le plus grand groupe minoritaire dans les hauts plateaux du Centre est les Jarai, avec une population d’environ 400.000 personnes (en 2009). Ils habitent principalement dans la province de Gia Lai. Ce qui m’impressionne le plus, c'est leur maison funéraire.

Elle est la culture traditionnelle des Jarai inhérente au rite d'abandon de la tombe. On enterre tous les membres de la famille dans le même tombeau, capable de recueillir au total vingt membres. Le peuple Jrai ne conçoit pas que les défunts n'existent plus. Ils continuent de vivre dans un autre monde nommé "le village des morts", le village des ancêtres. Pour les personnes du même sang et de la même parenté, quand elles sont mortes, elles continuent à s'entraider comme si elles étaient vivantes. Alors quand ces gens meurent, ils doivent être enterrés ensemble, sinon ils vont devenir "de mauvais fantômes", être seuls sans familles dans le village des morts.

Traditionnellement, quand le dernier défunt enterré remonte à un ou deux ans, la maison funéraire est construite. En particulier, les vivants érigent la clôture et sculptent des statues autour de la tombe afin d’exprimer leur pensées et sentiments pour les morts : des statues qui sont en train de faire l'amour montrent le culte de la fécondité. Les quatre coins de la tombe sont des statues assises avec les mains qui touchent le visage. Elles montrent la tristesse des vivants.

La maison communale des Bahnar. Photo : BTDTH/CVN.


Aujourd'hui, le rite d'abandon de la tombe est raccourci à deux ou trois jours, alors qu'il durait jadis jusqu'à une semaine. La cérémonie s’exprime avec des sacrifices de buffles et de bœufs, de la musique de gongs accompagnée de danses et de consommation de l'alcool de jarre ainsi que de nourriture. C'est un événement culturel spécial chez les Jrai. En outre, c'est aussi un rite de libération : les vivants ne sont plus responsables des morts. Après cette cérémonie, la famille ne doit plus apporter du riz aux défunts, elle les abandonne complètement.

Ensuite, nous allons visiter les Bahnar qui font partie des minorités ethniques les plus peuplées des hauts plateaux du Centre, essentiellement dans les provinces de Gia Lai et de Kon Tum. Il est impossible de penser aux Bahnar sans penser aussitôt à leur fameuse maison communale ou le rông qui est édifié(e) au cœur du village. 

C’est la plus grande maison du village au toit de chaume en forme de fer de hache pour exprimer la force des hommes à la nature dont la hauteur atteint une vingtaine de mètres. Le plancher est bâti sur pilotis, à environ deux mètres du sol. La maison communale ayant une superficie de plus de 90 mètres carrés peut accueillir 100 personnes. 

La maison longue de l’ethnie Êdê. Photo : BTDTH/CVN.

Elle est le lieu où le village accueille les invités, se réunit et organise des activités communautaires. Le rông est non seulement le logement des garçons célibataires mais aussi l'endroit où le patriarche du village enseigne les connaissances, les expériences de vie aux habitants, raconte les épopées, parle de l'histoire, des gens et de la terre des hauts plateaux du Centre aux nouvelles générations. Il est également le lieu pour cacher des armes. Quand il y a des bêtes féroces ou des envahisseurs, les garçons de la maison communale sont toujours prêts à protéger le village. La maison communale est toujours la plus haute, la plus majestueuse et la plus belle de chaque village, montrant ainsi la richesse et la puissance des villageois.

Enfin, plus au sud, environ 300.000 personnes de l’ethnie Êdê vivent dans la province de Dak Lak. C'est leur maison longue qui m'intéresse beaucoup. Elle est la résidence traditionnelle des grandes familles de l’ethnie Êdê.

Dans la société matrilinéaire chez les Êdê, les hommes mariés vivent dans la maison de leur femme. C’est pourquoi la maison se rallonge chaque fois qu’un membre féminin de la famille est marié. La maison longue des Êdê est une maison sur pilotis construite en bambou et en bois. Le toit est recouvert de paille. La maison est construite dans le sens nord-sud. Vue de loin, elle ressemble à un bateau. Plus la propriétaire est riche, plus sa maison est longue.

L'escalier de la maison longue des Êdê. Photo : Vy An/CVN

L'escalier est l'âme de la maison longue des Êdê. Il montre le matriarcat : la femme joue le rôle le plus important dans la famille et les enfants portent le nom de famille de la mère. On peut voir l’escalier masculin et l’escalier féminin en visitant cette maison. Dans l'escalier féminin, il y a toujours une image des seins maternels, du croissant de lune et l'escalier masculin n'a pas beaucoup de motifs sculptés.

Dans cette maison, chaque nuit, toute la grande famille se réunit autour du foyer. Les femmes font du tissage ou de la broderie, les hommes réparent leurs charrues ou leurs pioches, les vieux racontent des épopées aux enfants… Dans cet espace, les rites, les mœurs et coutumes des Êdê sont préservées et valorisées.

Les hauts plateaux du Centre sont la terre des cultures uniques comprenant la maison communale, la maison longue, le rite d'abandon de la tombe et le sacrifice de buffles... Les minorités ethniques des hauts plateaux du Centre ont leurs propres caractéristiques, contribuant à la diversité de la culture vietnamienne. Il faut conserver et promouvoir ces beautés.

Phuong Thao/CVN

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