27/08/2020 17:39
Le magasin baptisé "Masques du temps" du peintre Bùi Quy Phong est une destination incontournable de la ville de Hôi An, province de Quang Nam au Centre. Les touristes, vietnamiens comme étrangers, y découvrent les histoires qui se cachent derrière les masques en carton créés par ce peintre talentueux.

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L'artiste Bùi Quy Phong accueille souvent des touristes étrangers.
Photo : NN/CVN


De bon matin, l’ancienne maison de Bùi Quy Phong accueille un groupe de touristes étrangers. À côté d’une table en bambou, M. Phong peint un masque de deux couleurs dominantes : le noir et le blanc. Une jeune française demande à apprendre à confectionner un masque selon le style de l’artiste et une heure après, grâce aux renseignements minutieux du peintre, elle nous montre un masque souriant.

"Chaque masque a une âme unique", souligne toujours Bùi Quy Phong. Les masques sont conçus à différentes époques et retranscrivent les différentes émotions de celui qui les conçoivent. C’est pour cette raison que chaque œuvre est forte d’un souffle vital unique transportant les moments de bonheur ou de tristesse, d’amour ou de haine. Et M. Phong est chargé de raconter ces histoires.

Des milliers de masques sont nés sous les mains habiles de M. Phong. L’un est décoré de sapèques d’or pour exprimer le bonheur et la richesse -  fruits de l’union conjugale de la famille. L’autre a un point jaune sur le front qui désigne la joie d’un homme au bon cœur. Le peintre dessine aussi un masque avec des sillons rouges pour manifester la nature féroce et la colère d’une personne. "La colère déforme l’âme et rend laide chaque personne. Il faut donc maîtriser ses émotions négatives", conseille Bùi Quy Phong.

La tristesse d’un artiste de tuông

 

Le magasin "Masques du temps" au 66 rue Bach Dang, à Hôi An.
Photo : NN/CVN


Les différentes nuances des masques de Bùi Quy Phong traduisent les nombreuses vicissitudes de la vie du peintre. À l’époque succédant la libération du Sud du Vietnam en 1975, le jeune Phong s’est marié et a accueilli son premier enfant. La famille a dû faire face à d’innombrables difficultés. Un jour, alors qu’il observait un enfant jouer avec une tête de licorne en carton (un jouet traditionnel des enfants vietnamiens, surtout présent lors de la Fête de la mi-automne), il a décidé de se lancer dans la production de ce jouet. Il a ajouté ses propres détails à la tête des licornes. À cette époque, son commerce se développait bien et les clients faisaient souvent la queue devant la porte de son atelier. Pourtant, au fil du temps, la demande s’est affaiblie et M. Phong a dû renoncer à son métier.

Pour surmonter les difficultés, Bùi Quy Phong est ensuite devenu metteur en scène de pièces de tuông (théâtre classique du Vietnam). Se lançant dans un nouveau secteur, il s’est passionné de découvrir la quintessence du tuông ainsi que les secrets du maquillage des comédiens qui doit refléter les caractéristiques des personnages, selon la tradition de ce théâtre conventionnel.
Pourtant, après 1986, le tuông n’est plus en vogue et jusqu’en 2000, il n’existait plus aucune troupe de tuông dans la ville de Hôi An.

Pour gagner sa vie, Bùi Quy Phong a tenté différents métiers : arbitre pour les tournois de football, metteur en scène de spectacles… Pourtant, il pensait toujours aux jours retentissants du tuông. "Chaque spectacle de tuông est comme l’histoire de notre vie. Il y a des moments de bonheur et de tristesse", partage M. Phong. Alors il a décidé d’ouvrir le magasin "Masques du temps" pour préserver l’âme de l’art du tuông à travers les masques.

Les messages de vie et d’amour

 

Chaque masque de Bùi Quy Phong raconte une histoire. Photo : NN/CVN


Les clients du magasin sont différents les uns des autres. Il y a des étrangers qui s’intéressent aux valeurs culturelles traditionnelles du Vietnam. Il y a aussi des jeunes vietnamiens qui rencontrent des difficultés dans la vie. Ils veulent écouter les confidences du propriétaire du magasin ou tout simplement admirer les masques expressifs.

Les masques de Bùi Quy Phong se divisent en quatre types : les masques de tuông, les masques populaires, les masques modernes et les masques pour enfants mais ce sont les deux premiers types qui occupent le plus souvent le devant de la scène. "Je veux créer des masques de tuông et des masques populaires qui se différencient de ceux du théâtre d’opéra chinois", insiste le peintre. Sur les masques populaires, le créateur n’utilise pas plus de quatre couleurs. L’utilisation des couleurs respecte aussi le principe de ying et du yang. Dans les masques de théâtre chinois, plusieurs couleurs sont mobilisées.

 

Les masques sont les souvenirs préférés des touristes. Photo : NN/CVN


Les masques sont en carton, les matières utilisées sont entièrement naturelles et toutes les étapes sont réalisées à la main. "Dans l’esprit des Vietnamiens, les masques jouent un rôle d’appui spirituel. Par exemple, les riverains portent des masques à l’image de dragons pour surmonter leur peur des monstres aquatiques. C’est pour cette raison que chaque masque correspond au souhait du porteur", explique Bùi Quy Phong.

"La création des masques m’apporte beaucoup. Tout d’abord, c’est une fierté de préserver ce métier traditionnel ancestral. De plus, chaque masque transporte un message qui m’aide à mieux vivre. À travers ces messages, je trouve ma paix intérieure", confie-t-il.

Les touristes peuvent apprendre les secrets de la fabrication des masques dans la boutique du peintre Bùi Quy Phong, au 66 rue Bach Dang, à Hôi An. Un cours dure généralement deux heures et on y apprend les quatre étapes principales de la confection d’un masque.


Vân Anh/CVN
 

 

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