09/10/2018 16:53
En 2004, Mark Zuckerburg a lancé Facebook, un réseau social à l’impact immense. Ce site sert non seulement à communiquer, à s’informer mais aussi à s’exprimer. Pourtant, cette dernière utilité pousse parfois les usagers à se confronter à certains problèmes, en particulier les discours de haine, qui touchent de plus en plus les jeunes vietnamiens.
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Réaction de Minh Tiêp devant les insultes qu’il a reçues. Il a écrit: +Moi, je vous insulterai en retour, vous savez?+; +Aujourd’hui, les journaux ont précisé beaucoup de choses, mais pourquoi vous continuez à m’attaquer? Cela n’a aucun lien avec moi et ma +Villa Wings+, arrêtez de faire ça, s’il vous
plaît.+

Comment identifier les discours de haine en ligne?

En ce qui concerne la définition des discours de haine en ligne, les avis divergent. Mais on peut brièvement comprendre qu’il s’agit de propos publiés sur les sites web qui attentent à la réputation, à la personnalité et aux droits légitimes d’un individu ou d’un groupe spécifique. Ils peuvent rester longtemps en ligne, sous forme de publications accompagnées ou non de photos, d’un commentaire ou d’un message. Ils peuvent être effacés, republiés et diffusés par un ou plusieurs auteurs.

Les jeunes vietnamiens touchés
par les discours de haine sur Facebook


Pour mieux comprendre cette situation, j’ai mené une petite enquête auprès des utilisateurs de moins de 30 ans en la partageant dans les groupes Facebook des universités vietnamiennes, des communautés vietnamiennes des fans de K-pop et LGBT+. Le résultat est inquiétant car 55,6% des interrogés affirment souffrir de propos haineux. Les problèmes abordés concernent souvent des controverses sur un sujet quelconque (86,7%), leur classe sociale (48,8%), leur orientation sexuelle (40%), le sexe (33,3%) et leur apparence (11,1%). Les races et les religions n’occupent qu’une petite place dans ce classement.

Comme dans les autres pays, les discours de haine peuvent nuire aux utilisateurs et à leur entourage. 86,7% des interrogés sont d’accord avec le fait que ces agressions verbales influencent négativement leur réputation. 71,1% affirment qu’elles peuvent entraîner le stress et des maladies psychologiques. 51,1% pensent qu’elles sont à l’origine de conflits et de comportements violents. Ces conséquences trouvent leurs meilleures illustrations dans les exemples suivant. Un compte nommé PHT a raconté: "Quand j’étais au lycée, un de mes camarades était en couple avec une lycéenne plus âgée. Celui-ci était à l’époque célèbre pour sa série d’histoires d’amour. Alors, ce couple a reçu un bon nombre d’insultes de leurs amis sur Facebook. La fille, trop stressée et fatiguée, a décidé de mettre fin à leur relation après quelques semaines seulement".

Un autre cas, c’est celui de TL: "Les anti-fans médisent souvent de mes idoles sur Facebook. Ils utilisent souvent des gros mots, voire des insultes. Cela peut affecter leur réputation ainsi que leur carrière. La protection de l’image personnelle leur est très importante"

C’est également le cas de l’animateur Minh Tiêp de la chaine de télévision VTC. Celui-ci, confondu avec un autre animateur qui porte le même prénom et qui faisait scandale à l’époque, a été verbalement agressé sur son journal Facebook. Par la suite, certains ont rendu les vêtements qu’ils avaient achetés chez lui; d’autres ont refusé de répondre à ses questions quand il faisait un reportage.

Des solutions inefficaces?

Depuis la création de Facebook, les gouvernements, les administrateurs et les entreprises gestionnaires ont fait beaucoup d’efforts pour diminuer les discours de haine. Mais au Vietnam, les solutions ne semblent pas efficaces.

D'une part, les lois visant à protéger les utilisateurs des réseaux sociaux ont été mises en place dans le système juridique vietnamien mais elles restent abstraites aux yeux des jeunes d'aujourd'hui. En effet, malgré leur présence dans les programmes scolaires d’éducation civique de Terminale, les lycéens ne s’y intéressent guère. Ils les apprennent seulement pour leurs examens. À ajouter que dans mon enquête, il n’y a que 40% des interrogés (soit moins de la moitié) qui comprennent bien ce que sont les discours de haine. Pour la plupart, ce ne sont que des insultes ou des propos ironiques. Or, les propos qui ''atteignent la réputation, la personnalité et les droits légitimes d’un individu ou d’un groupe spécifique'' comportent différentes formes: insultes, propos ironiques et aussi fausses informations.

D'autre part, les fonctions de Facebook ''Signaler'' et ''Donner votre avis sur cette publication'' ont leurs limites. On ne peut pas nier que, grâce à ces fonctions, les utilisateurs peuvent masquer des contenus inappropriés, bloquer leurs auteurs et leur envoyer des messages privés. Mais elles ne permettent pas de préciser à quel point ce sont des propos haineux ou irrespectueux. Et encore, toutes les signalisations sont temporaires. Si ces contenus n’enfreignent pas les conditions d’utilisation, tout reviendra comme avant! Puis, selon mon enquête, 86,7% des interrogés affirment que les discours de haine dont ils souffrent viennent de controverses sur un sujet quelconque. Autrement dit, la plupart des propos haineux se trouvent parmi les commentaires. Mais effectivement, si ces derniers sont inappropriés, on ne peut que les masquer.

En plus, il faut également souligner que certains utilisateurs vietnamiens ont tendance à considérer Facebook comme un espace d’expression libre: il est possible de profiter de la fonction ''Confidentialité'' et d’un compte anonyme.
Ils publient donc tout ce qu’ils veulent et ignorent les conséquences.

Solutions: l’éducation est le cœur

Il n’est pas facile de lutter contre les discours de haine en ligne car ceux-ci s’attachent toujours au droit de la liberté d’expression. Mais on peut quand même les réduire. 91,1% des interrogés de mon enquête pensent que les attitudes adoptées en ligne sont aussi importantes que dans la vie réelle et 97,8% sont favorables à la protection de toutes les victimes. Les propositions les plus approuvées sont le renforcement de l’éducation civique, notamment en ce qui concerne la vie virtuelle et le développement de l’esprit critique; la prescription de sanctions pour les auteurs de discours de haine; les signalisations plus actives de la part des utilisateurs. Et ce qui est le plus important, c’est que tout le monde doit savoir se contrôler. Finalement, les jeunes vietnamiens, utilisez-vous votre cerveau avant de bouger vos doigts?

Texte et photo: Dao Phuong Loan/CVN

(*) En raison de la confidentialité, les données à caractère personnel ont été effacées ou rendues anonymes.

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