07/06/2014 15:48
La plupart de nos contes égrillards populaires expriment la sagesse du peuple qui décoche ses flèches contre les travers d’autrui. Pour rire un brin. La gamme du rire «en vietnamien» est d’une grande richesse.
Un grand nombre de contes égrillards affichent ouvertement les mépris du peuple envers les puissants.
Photo : CTV/CVN

L’essayiste Nguyên Tuân a trouvé 500 expressions pour désigner les nuances du rire. Il est allé jusqu’à affirmer - sans rire - que «le rire et l’humour sont facteur de survie du peuple vietnamien dont le pays est sans cesse aux prises avec les typhons, les crues, les sécheresses, les insectes. Face à cette nature impitoyable et aux incessantes agressions étrangères, dans les conditions d’une société féodale très dure, s’il n’existait ni fleurs en toutes saisons, ni rires homériques, notre peuple n’aurait pu prolonger son existence jusqu’à ce jour». Ce qui explique les profusions de contes égrillards du peuple.

L’humour et la critique

Les contes égrillards s’attaquent à tout et à tous, surtout à ceux qui exploitent les humbles, aux sots, aux vantards, aux hypocrites. L’histoire du Trang Lon (Docteur Cochon), ignare et arriviste dont les vantardises étaient servies par la chance, dénonce l’ignorance et la cupidité des mandarines.

L’histoire du Trang Quynh (Docteur Quynh), l’homologue d’Eulenspiegel, va plus loin dans la critique politique et sociale, se moquant du pouvoir du roi Lê et du Seigneur Trinh. Remarquons qu’avec le peuple vietnamien, l’humour et le bon sens débouchent souvent sur l’optimisme. Dans chaque histoire, les drames individuels doivent en général s’effacer pour la survie de la communauté, l’individuel se fondant dans le collectif.

Les contes égrillards sont d’une grande variété. En voici quelques-uns tirés dans le tas :

Le crabe, la femme et le bonze

Certaine femme aimait à manger en cachette… Un jour, revenant du marché avec des crabes de rizière dans son panier, elle cache le plus beau dans son corsage.
- Quel délice, pense-t-elle, de le manger, grillé à point !
Mais, hélas, devant la pagode, le crabe se dégage et lui pince le sein. Notre commère aussitôt de hurler et de se rouler sur le sol. Sur ce, un bonze qui passait voulut dégager l’animal. Il approche un peu trop les lèvres que le crabe perfide de sa pince libre attrape à son tour. Le bonze tordu de douleur tombe à côté de notre femme. Cependant, le mari attendait son épouse.
- Va donc au devant de ta mère, dit-il à son garçon. Lequel tout courant s’en va et revient.
- Oh ! père, devant la pagode notre mère allaite le bonze.
- Comment ? dit le mari en se précipitant.
Le crabe aussitôt dégagé laissa au bonze lèvres enflées et sein rouge à notre commère qui rentra penaude au logis…
- Bouddha vénéré ! s’écria le bonze. Jusqu’à ma mort, je m’interdis d’approcher mes lèvres d’une femme dont un crabe a pincé le sein !

D’une poésie sur le crapaud

Trois rimeurs se croyaient vraiment des génies. Ils décidèrent d’aller à la pagode, chanter les plus beaux paysages. Mais l’inspiration leur manquant, ils firent apporter de l’alcool. Les premières rasades réveillèrent les muses. Et comme un crapaud, au coin du portail, venait de sauter, le premier des trois improvisa ces vers :
+Le crapaud de son trou
A sauté au-dehors+
Et le deuxième d’enchaîner :
+Le crapaud au-dehors
Reste assis maintenant+
Puis le dernier de compléter :
+Le crapaud reste assis
Avant qu’il ne ressaute ailleurs+.
Satisfaits de leur verve, ils se couvrent de fleurs. Puis soudain éclatant en larmes, l’un des rimeurs dit :
- Malheur à nous pour tant de génie ! Les anciens n’ont-ils pas enseigné que les grands poètes meurent jeunes ? Nous allons mourir. C’est certain.
Et tous de s’embrasser en sanglotant très fort. Puis appelant le gardien du temple, ils lui dirent :
- Achetez trois cercueils et vite.
Le gardien revient avec quatre.
- Pourquoi quatre ? dit le premier.
- Messieurs, à vous écouter, j’éprouvais une telle envie de rire que je crains pour moi aussi une mort proche. Aussi, me suis-je permis d’ajouter à vos trois cercueils, un quatrième.


Histoire de fantômes !

Le fils du roi des enfers était malade. Un messager fut envoyé sur terre pour chercher un bon médecin.
- Veillez, avant d’entrer dans la maison du guérisseur, à ce qu’il n’y ait qu’un seul fantôme sur le seuil. Ainsi parla le roi.
Sur terre, l’envoyé des enfers cherchait… mais vainement. Deux, trois quatre fantômes et plus se bousculaient à l’huis de chaque praticien. Découragé, le messager allait redescendre en enfer, quand il vit soudain un seul fantôme assis devant une porte. Il entra et ramena +l’oiseau rare+ à son maître.
Sa Majesté, satisfaite, posa néanmoins une question à ce disciple d’Esculape :
- Depuis combien d’années exerces-tu pour avoir acquis telle science ?
- Sire, répondit l’homme pour être franc, je n’exerce la profession que depuis ce matin seulement.


Un serviteur avisé

Un homme riche, chaque matin, prenait une tasse du meilleur alcool. Pour se préserver des voleurs, il engagea un serviteur dont la bêtise était, paraît-il, proverbiale. Un jour, sur le point de sortir, il l’appela :
- Veille avec soin sur le gigot pendu à la poutre et le chapon sur son perchoir. Quant à ces deux bouteilles, garde-toi d’y toucher, c’est de la +mort aux rats+.
Sur ce, il s’en va. Aussitôt, le serviteur descend le gigot, tue le chapon et mange à satiété, arrosant son festin des deux flacons d’alcool. Quand le maître rentre à la maison, notre homme étendu sur le sol s’est endormi.
- Où est donc le gigot, le chapon et l’alcool ?
- Maître, supplié l’autre. J’ai veillé, mais le chien et le chat profitant d’un instant d’inattention, ont dérobé le tout. Alors désespéré, craignant votre courroux, j’ai bu tout le poison. Hélas ! Je suis encore en vie !


Poisson de bois

Un homme riche mais avare devant l’éternel ne mangeait jamais que du riz sans condiments. Un poisson de bois était suspendu au-dessus même de la table. Notre avare recommandait à ses enfants de claquer la langue une fois, après chaque bouchée de riz, pour entretenir l’illusion de la saveur du poisson. Un jour, le benjamin, âgé de quatre ans, fit entendre plusieurs claquements après chaque bouchée de riz. L’aîné qui venait d’avoir ses six ans rapporta la chose à son père. Et l’avare indigné de dire :
- Qu’il mange donc salé et qu’il en meure !

(À suivre)
Huu Ngoc/CVN




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