20/12/2015 14:04
L’ethnie Co Tu, qui vit dans la cordillère de Truong Son, a encore une culture traditionnelle vivace. Pendant des centaines d’années, ses membres se sont vêtus d’écorce. Un folklore désormais.
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Pour avoir une tenue comme il faut, les artisans doivent procéder aux différentes étapes dont la sélection des écorces. Photo : TT/CVN

Les villages Co Tu, une ethnie minoritaire habitant le district de Tây Giang, province de Quang Nam (Centre), s’animent lors de la «Fête d’accueil du riz nouveau», organisée après la moisson. Tout le monde se dirige vers la nhà Guol (maison communale sur pilotis), devant laquelle se dressent de grandes perches rituelles portant en haut des objets multicolores. Dans un climat effervescent, les gens font une ronde et se déplacent gracieusement au rythme des tambours et gongs. Les uns portent des habits traditionnels bleu indigo, les autres des costumes bizarres de couleur jaune.

«Il y a longtemps, les Co Tu se vêtaient d’écorce.  Avec l’arrivée du textile, les vêtements en écorce ont cédé la place à ceux en tissu, et ne sont plus que des costumes d’apparat, pour les fêtes», explique Colau Blao, patriarche du village de Voong, habillé d’une tunique sans manche et d’un cache-sexe en écorce.

Une tunique vaut un grand cochon

Au sein de la communauté Co Tu, Colau Blao, 63 ans, est l’un des derniers capables de confectionner un costume d’écorce. Ce métier, il l’a appris de son père, Colau Panh. «Mon père était considéré comme un grand tailleur. Un habit en écorce +de marque Colau Panh+ pouvait être troqué contre un gros cochon», se rappelle-t-il. Selon lui, la confection d’un costume en écorce est un travail minutieux. La matière première doit être cherchée en forêt où poussent des essences aux fibres solides comme tr’rang, t’coong, t’duir, homot, homon, taduych...

«L’étape d’écorcement est spéciale. Pas besoin d’abattre l’arbre, on entaille deux cercles autour du tronc, puis on enlève l’écorce avec un écorçoir», révèle Colau Blao. À la maison, à l’aide d’un grand bâton en bois, on frappe longuement l’écorce fraîche pour la raffermir. Puis on la laisse tremper dans de l’eau préparée avec certaines plantes odoriférantes comme cannelle, citronnelle, gingembre. «Cela permet à l’écorce d’avoir une bonne odeur et d’être résistante aux insectes», explique le tailleur.

Les vêtements en écorce se portent lors des fêtes des Co Tu.
Photo : Archives/CVN

Après dix jours d’immersion, l’écorce est exposée au soleil le jour et à la rosée la nuit. Ainsi de suite pendant quelques jours. Elle est alors prête pour la confection. Le fil à coudre est préparé à partir de rotin ou de ramie, des plantes longues et coriaces. Une tunique peut être réalisée à partir d’une ou plusieurs pièces d’écorce. La tunique peut avoir deux ou trois pans. Dans le second cas, les deux pans de devant ne se ferment pas par des boutons mais par des cordons.

Un habit réservé aux riches

«Il y a aussi un autre modèle, appelé +tunique anti-flèches+, bien plus épaisse que la tunique ordinaire. Autrefois, elle était utilisée à la chasse ou lorsqu’il faisait froid», précise  Colau Blao. Et d’ajouter que chez les Co Tu, l’écorce servait aussi à la confection de couvertures. 

Selon Alang Avel, patriarche du village de Bhalêê, le costume en écorce était autrefois tellement précieux qu’il n’était réservé qu’aux aristocrates et aux gens fortunés. «Tous ceux portant une tunique en écorce étaient des gens respectables», éclaire-t-il. Remplacée au fil du temps par la brocatelle, la tenue en écorce d’arbre est tombée dans l’oubli. «Heureusement, le costume de jadis des Co Tu est réapparu ces derniers temps, lors des fêtes traditionnelles. Rien ne nous met plus en joie que de la porter pour danser le +tungtung dada+», s’enthousiasme Alang Avel, fier des traditions culturelles de son ethnie.

Si vous vous voulez voir de vos propres yeux un «défilé de mode» unique au monde, venez visiter les villages Co Tu sur les hauts plateaux du Centre. Comme souvenir, vous pourrez vous procurer une tunique en écorce, au prix - bon marché - de 100.000 à 500.000 dôngs. À découvrir !


Un ethnie fière de sa culture

Co Tu, appelé aussi Ca Tu ou Ca Tang, est une des 53 ethnies minoritaires du Vietnam. Forte de 61.500 membres, cette communauté vit pour l’essentiel dans la cordillère de Truong Son, dans les districts de Dông Giang et Tây Giang (province de Quang Nam, Centre), A Luoi et Phu Lôc (province de Thua Thiên-Huê, Centre). Les Co Tu sont fiers de leur patrimoine culturel ancestral, composé de chansons, de danses, d’épopées… transmises de génération en génération. Sans oublier la sculpture sur bois, notamment les statues funéraires qui font leur originalité.  
 

Nghia Dàn/CVN    
   

 
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