24/09/2018 23:41
James et Candace Butcher allaient enfin acheter la maison dont ils rêvaient pour leurs vieux jours en faisant un virement électronique de 272.000 dollars. Mais quelques heures plus tard, la somme s'était volatilisée.
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Une propriété en vente à Pasadena, le 20 juin en Californie.
Photo: AFP/VNA/CVN

Des "hackers" avaient piraté la boîte mail de l'intermédiaire chargé de faire transiter les fonds, modifié les informations bancaires et récupéré l'argent de ce couple du Colorado (Centre), peut-on lire dans leur plainte.

D'après le FBI, la police fédérale, le nombre de victimes de piratages informatiques de ce type dans l'immobilier a été multiplié par plus de 10 entre 2015 et 2017 et les pertes par plus de 20...

Rien qu'en 2017, près de 10.000 victimes se sont manifestées, pour des pertes cumulées de 56 millions de dollars.

Les Butcher, qui ont dû emménager chez leur fils, ont fini par signer un accord amiable avec leur agent immobilier, leur banque et l'intermédiaire chargé de faire transiter les fonds (rôle équivalent au notaire en France), selon leur avocat Ian Hicks.

L'immobilier est une cible de choix pour les hackers, qui peuvent compter sur des systèmes électroniques peu sécurisés dans ce secteur, et espérer récupérer de très grosses sommes.

"Dans ces dossiers, le pirate connaît tous les détails de la transaction, des choses complètement confidentielles", relève Me Hicks, qui s'occupe de plus d'une dizaine de dossiers similaires dans tous les États-Unis.

Emails non sécurisés 

L'immobilier ne représente qu'une petite partie de la fraude aux virements électroniques mais ces piratages ont des conséquences particulièrement catastrophiques dans ce secteur.

Le nombre de victimes de piratages informatiques au moment de la transition des fonds pour l'achat d'une propriété a été multiplié par plus de 10 entre 2015 et 2017. Photo: AFP/VNA/CVN

"La perte peut être dévastatrice et détruire des vies", insiste l'avocat Ian Hicks.

Dans la capitale américaine, Washington, un couple affirme avoir perdu 1,5 million de dollars. Outre les sommes importantes en jeu, l'immobilier est particulièrement visé car les salariés du secteur "ne sont pas les plus férus de technologie", explique Sherrod DeGrippo, responsable des menaces au sein de Proofpoint, spécialisé dans la sécurité informatique.

De plus, les futurs acheteurs sont souvent des proies faciles. Les pirates profitent du fait que "lorsqu'on est en train d'acheter le foyer de ses rêves, on est souvent dans un état de grande intensité émotionnelle", qui peut rendre moins méfiant, explique-t-elle.

Ces arnaques semblent venir de l'étranger, peut-être de Russie ou d'Afrique, utilisant de nombreuses techniques pour échapper à la police, notamment en faisant circuler l'argent de banque en banque, explique encore Mme DeGrippo.

"Les banques ont des systèmes de contrôle très solides" mais ne peuvent généralement rien contre les arnaques provenant d'emails piratés, explique Paul Benda, spécialiste cybersécurité de l'American Bankers Association. Quand les banques "reçoivent des ordres de virement de la part d'un client, elles ont la responsabilité de l'envoyer là où c'est indiqué", ajoute-t-il.

M. Benda explique que les consommateurs doivent comprendre qu'un virement, c'est "comme du liquide" et l'argent peut être impossible à récupérer, surtout s'il se retrouve à l'étranger.

À qui la faute ?

Les plaintes des consommateurs visent souvent les agences immobilières, les avocats, les banques... toutes sortes d'intermédiaires.

Lors d'un achat immobilier, "il y a beaucoup de gens impliqués" et les voleurs "peuvent pirater n'importe quelle partie prenante", déplore Finley Maxson, juriste à l'Association nationale des agents immobiliers.

Et "ces emails sont devenus beaucoup plus sophistiqués, ils sont bien plus durs à détecter", dit-il encore, précisant que son association, comme d'autres, tentent de sensibiliser au problème, en particulier en conseillant de ne jamais donner les informations de virement par courriel.

Quant aux professionnels de l'immobilier, ils ont la responsabilité de s'assurer que leurs systèmes sont sûrs et de donner des informations adéquates à leurs clients, estime encore l'avocat Ian Hicks.

Des condamnations ont déjà été prononcées, notamment par un tribunal fédéral de Kansas City en juin, qui a condamné une agence immobilière à rembourser aux acheteurs 85% de la somme piratée.

Se faisant passer pour l'agence immobilière, les pirates avaient envoyé aux acheteurs des coordonnées bancaires différentes et récupéré les fonds.

Pour M. Hicks, "tant que les professionnels n'auront pas à payer (en cas de piratage), ils ne feront pas le nécessaire pour protéger le consommateur".

AFP/VNA/CVN

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