20/06/2020 15:47
Les dirigeants européens ont entamé une course contre la montre pour s'entendre avant fin juillet sur un plan de relance post-coronavirus massif, malgré les profondes divergences constatées vendredi 19 juin lors d'un premier tour de table en visioconférence.
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La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel, le 19 juin à Bruxelles.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Un consensus émerge, ce qui est très positif, mais il ne faut pas non plus sous-estimer les difficultés", a résumé le président du Conseil européen, Charles Michel, chef d'orchestre de ce Sommet. Le Belge doit maintenant entamer des consultations avec les États membres afin de présenter, probablement avant fin juin, une proposition révisée de ce plan - pour l'instant fixé à 750 milliards d'euros - destiné à sortir le Vieux Continent d'une récession historique.

Un "sommet physique" devrait ensuite être organisé "mi-juillet" à Bruxelles, un format qui faciliterait les discussions sur un sujet aussi urgent que complexe, nécessitant l'unanimité des États membres. Selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, plusieurs dirigeants ont insisté sur la nécessité de parvenir à un accord avant "la pause estivale", malgré "des divergences d'opinion". "Nous avons eu le sentiment qu'il y avait la volonté de trouver cet accord. Qu'il y avait un espace de négociation et un consensus possible", a affirmé l'Élysée.

Mais il faudra pour cela vaincre les réticences des quatre "frugaux" - Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark - très réservés sur ce projet, qui bénéficiera avant tout aux pays du Sud. Leur chef de file, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, a d'ailleurs émis des doutes sur la capacité des Européens à s'entendre dès juillet.

"À la hauteur de l'histoire"

Un accord marquerait une étape majeure dans la construction européenne, car cette somme serait pour la première fois empruntée au nom de l'UE sur les marchés, brisant le tabou d'une dette commune des 27. La chancelière allemande Angela Merkel s'est d'ailleurs félicitée en conférence de presse que le principe d'un endettement commun ne soit "remis en cause par personne". "Ce n'est pas exagéré de dire que nous sommes confrontés au plus grand défi économique de l'histoire de l'Union européenne", a-t-elle insisté.

"L'Europe doit être à la hauteur de l'histoire (...) Trouvons un accord à 27 en juillet !", a renchéri le président français Emmanuel Macron sur Twitter. Le sommet virtuel de vendredi a, avant tout, permis à chaque dirigeant de donner son opinion sur la proposition de la Commission destinée à soutenir une économie européenne sinistrée et qui s'appuie sur le budget à long terme de l'UE (2021-2027).

Le texte actuellement sur la table prévoit un "instrument de relance" de 750 milliards d'euros, largement inspiré de l'initiative d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron – une alliance de poids dans le débat. Ce fonds complète une proposition révisée de budget de l'UE pour 2021-2027, de 1.100 milliards d'euros, sur laquelle les États membres doivent aussi s'entendre.

Détail, par pays de l'UE, du vaste plan de relance économique proposé par la Commission européenne. Photo : AFP/VNA/CVN

Sur la somme de 750 milliards, 500 milliards seraient redistribués dans le cadre du budget européen sous forme de subventions aux pays les plus touchés par le coronavirus, comme l'Espagne et l'Italie, et 250 milliards d'euros sous forme de prêts.

Taxe sur les plastiques

Mais les 27 doivent encore surmonter d'importantes divergences, qu'il s'agisse du montant du plan, de sa durée, de l'équilibre entre prêts et subventions, des critères de répartition des aides, ainsi que de la délicate question d'une "conditionnalité", c'est-à-dire la contrepartie (par exemple des réformes) exigée à un État en échange de ces fonds. Les "frugaux" réclament un niveau de dépense beaucoup moins élevé que les 750 milliards annoncés, ce qui devrait contraindre Charles Michel à raboter un peu les montants dans sa nouvelle proposition.

Et ils plaident pour des prêts, que chaque État devra donc rembourser, plutôt que des subventions, dont les modalités de remboursement à 27 n'ont pas été définies. Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a mis en garde contre une pérennisation de la dette : l'aide apportée doit être "ponctuelle" et "limitée dans le temps", a-t-il averti selon l'agence APA.

La Commission évoque plusieurs possibilités pour financer budget et plan de relance, sans alourdir les contributions des États : taxe sur les plastiques, élargissement des recettes collectées sur le marché du carbone européen, taxe carbone aux frontières, impôt sur l'activité des grandes entreprises ou encore sur les entreprises numériques. Là encore, un compromis devra être trouvé.

AFP/VNA/CVN

 

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