07/02/2016 09:36
La mer et les îles ont un rôle majeur dans le développement de l’économie maritime et du maintien de la sécurité d’un pays. Le Vietnam doit élaborer des stratégies à cette fin, et, plus encore, pour devenir un pays maritime puissant vers 2020.
Le Vietnam possède plus de 3.260 km de côtes. Sa surface maritime est le triple de sa superficie terrestre et la moitié de sa population vit en zone littorale. Ses eaux territoriales sont traversées par une des lignes maritimes les plus importantes et les plus animées au monde. Des atouts éminemment favorables au développement d’une économie maritime, et, notamment, de services portuaires.
 
Le Vietnam se trouve à l'Ouest de la Mer Orientale, une partie du Pacifique riche en ressources naturelles et minières, surtout pétrolières, située sur une voie de transport maritime reliant l'Asie orientale et le Pacifique à l'Europe, à l'Afrique, au Moyen-Orient et au Proche-Orient, et comprenant plusieurs pays et territoires importants d'Asie de l'Est comme le Japon, la République de Corée, Taïwan (Chine) et Singapour. Leurs économies dépendent toutes de cette voie maritime internationale traversant la Mer Orientale.

La façade maritime du Vietnam s’étire sur plus de 3.260 km, avec plus de 3.000 îles de toutes tailles dont les deux archipels de Hoàng Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly).  Photo : Thê Linh/CVN

À l’avis du Docteur Nguyên Tuân Hoa, directeur adjoint du Centre d'études et de développement de Hô Chi Minh-Ville, le Vietnam a une situation géographique "très commode" pour développer des services maritimes. Sur la carte de l'Asie du Sud-Est, le pays est presque au centre de la région, avec un long littoral très propice à l'essor du secteur de la navigation. L'atout du Vietnam est d'abord géographique.
 
Grâce à ses atouts géographiques, les produits vietnamiens destinés à la consommation intérieure ou à l'export ne doivent pas transiter par les pays voisins. Les produits en provenance du Nord-Est de la Thaïlande, du Laos, du Cambodge et de la province du Yunnan (Chine) peuvent transiter ou être entreposés provisoirement sur les territoires vietnamien, thaïlandais, birman et de la province chinoise du Yunnan.

Position géographique favorable
 
De petits et moyens cargos ne peuvent que jeter l'ancre dans les ports du Vietnam pour charger ou décharger des produits, s’avitailler et se ravitailler, procéder à une maintenance ou à des réparations… "Il s'agit d'un atout pour le Vietnam, qui est renforcé par le fait que la Malaisie est trop proche de Singapour et que les Philippines et l'Indonésie sont des archipels", analyse le spécialiste Nguyên Tuân Hoa. Tout récemment, l'agence de presse malaisienne Bernama a repris les propos d'économistes de premier rang mondial selon lesquels le Vietnam possédait les conditions pour devenir un pôle de logistique maritime de niveau régional, voire mondial. Mais si le pays ne se montre pas plus perspicace, il est très possible qu'il laisse filer l'opportunité.
 
Le Docteur Chu Quang Thu, ancien chef par intérim du Service de la navigation, considère que le pays a de "sérieux atouts" pour développer une économie maritime. "Nous disposons de très bonnes conditions naturelles pour développer des ports maritimes de différentes tailles", estime-t-il. D’après lui, la baie de Vân Phong, dans la province de Khánh Hoà (Centre), profonde d'une vingtaine de mètres et située à seulement 30 km des lignes maritimes internationales, est un lieu idéal pour construire un terminal maritime international. "En termes de position géographique et de conditions naturelles, la baie de Vân Phong n'a rien à envier à Singapour ou à Hongkong (Chine). De plus, les conditions climatiques du Vietnam permettront au port de fonctionner toute l'année", explique M. Thu.
 
L’économie maritime est appelée à contribuer de 55% au PIB d’ici à 2020.
Photo : CTV/CVN

Depuis longtemps, l’État a mis en place des politiques de développement socio-économique des localités de son littoral, de ses îles et de ses archipels, ainsi que de gestion des ressources maritimes. La prospection et la recherche océanique sont multipliées afin de développer cette vaste zone économique, dont les axes ont été définis rationnellement entre transport maritime, logistique, tourisme, aquaculture et pêche.

Mieux exploiter les ressources maritimes

Concernant l’exploitation des ressources naturelles, les localités et les secteurs s’intéressent déjà à leur renouvellement, sans omettre la protection de l’environnement maritime. Une des tâches importantes du pays est de faire en sorte que l’économie maritime participe davantage à l’économie nationale, tout en protégeant l’environnement. L’État investit beaucoup dans le développement du littoral, en veillant à ce que les diverses localités coopèrent pour mieux exploiter leurs potentiels.

En vertu de la planification du développement de l’économie insulaire du Vietnam pour 2020, l’économie insulaire connaîtra à cette date une croissance annuelle de 14% à 15%. De plus, dans la Stratégie de développement de l’économie maritime pour 2020, l’objectif du pays est de devenir un État puissant dans ce secteur, préservant fermement sa souveraineté maritime et insulaire. À chiffrer cette ambition, il s’agit d’une économie maritime contribuant d’environ 55% au PIB national et d’entre 55% et 60% au chiffre d’affaires à l’export. Cette stratégie prévoit la création de grands centres économiques sur le littoral, dont le cœur sera les zones économiques maritimes, lesquelles seront l'un des facteurs essentiels de l’essor socioéconomique de l’ensemble de la région.
 
Singapour, un adversaire redoutable
 
Il y a 40 ans, Singapour n'était qu'une île peu développée. Elle doit son essor à sa situation maritime exceptionnelle - à proximité d'une des plus importantes voies maritimes internationales, valorisée par des politiques judicieuses et volontaristes. L'île est désormais un important port de transit international. "Bien que les avantages maritimes du Vietnam ne soient pas inférieurs à ceux de Singapour, notre économie maritime s'avère sous-développée par rapport à celle de cet État insulaire", indique Chu Quang Thu.
 
Selon l'Organisation des transports maritimes de l'ONU, avec une population de 5 millions de personnes, Singapour possède une flotte de 55,5 millions de tonnes (DWT), tandis que le Vietnam, avec ses plus de 85 millions d’habitants, n’a qu’une flotte de 3,89 millions de DWT. De même, bien qu'il n'ait qu'un seul terminal maritime international, Singapour a reçu 28,7 millions de TEU (un TEU équivaut à un conteneur de 20 pieds) en 2007, contre 3,9 millions de TEU au Vietnam. Pourquoi donc le Vietnam, doté de tels atouts, n'est-il pas devenu un pôle de logistique et de services maritimes d'envergure internationale ?

Pour le Docteur Chu Quang Thu, la cause principale est l'absence de stratégie. «Depuis longtemps, nous n'investissons pas beaucoup dans la construction de ports de transit internationaux capables de recevoir de grands navires, dotés de services logistiques et de manutention de qualité. De plus, les fonds nécessaires sont bien limités car ils proviennent presque exclusivement de l'État, et non du secteur privé», explique-t-il.
 
Aux dires de Cao Tiên Thu, ex-directeur général du port de Hai Phòng (Nord), le Vietnam possède de grands atouts pour développer son secteur de la navigation. «Les ports maritimes vietnamiens ne sont pas seulement des plates-formes pour les besoins domestiques, mais aussi pour tout le Sud de la Chine et le Laos», estime-t-il. C'est à cause de ces faiblesses en matière de réseau portuaire et de flotte qu'une partie du marché du transport de produits d'export (pétrole, riz, charbon...) est dominée par des opérateurs étrangers. Selon les prévisions, le port de transit de Singapour devrait être surchargé cette année. Une bonne occasion pour le Vietnam de faire valoir ses services maritimes. Au pays de la saisir !

Texte et photos : Thê Linh/CVN
 

 

 
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