07/02/2017 17:23
Une épaisse couche de smog gris enveloppe les villes polonaises cet hiver. Symptôme le plus visible de la dépendance de la Pologne au charbon, ce phénomène récurrent force à rester chez soi ou à s'équiper de masques filtrants.
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De la fumée s'échappe d'une cheminée le 3 février 2017 dans la banlieue de Varsovie. Photo : AFP/VNA/CVN

La professeure Anna Doboszynska, spécialiste de pneumologie depuis plus de vingt ans, est catégorique: "Pendant les périodes de smog, le nombre de gens qui meurent de maladies respiratoires ou cardiaques monte nettement", dit-elle à l'AFP en quittant un patient asthmatique venu la consulter, alors que Varsovie traverse un nouveau pic de pollution. "Les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont les plus exposés au smog, qui endommage les voies respiratoires à la manière des cigarettes", précise ce médecin. "Un enfant qui joue dehors, c'est comme s'il fumait, c'est la même chose".

Un des hôpitaux varsoviens a rapporté une hausse de 50% du nombre de patients lors d'une période de froid sans vent en janvier.

Selon une étude de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) publiée en 2016, la pollution atmosphérique - due en grande partie au chauffage au charbon - a eu pour effet quelque 50.000 décès prématurés par an en Pologne, un pays de 38 millions d'habitants.

Environ 70% des ménages polonais brûlent du charbon de mauvaise qualité, voire des déchets dans leurs vieux poêles, tandis qu'une grande partie de l'électricité du pays vient de centrales à charbon de l'époque communiste. Du coup la Pologne figure parmi les pays le plus pollués de l'UE.

'Inaction' 

Les autorités polonaises ont décidé d'alerter la population seulement si le niveau de pollution est six fois plus élevé que le seuil de 50 microgrammes par m3 de moyenne journalière fixé par l'Union européenne, dit Piotr Siergiej, un militant de l'Alerte anti-smog.

La législation de l'UE prévoit en effet que la limite de 50 microgrammes de particules fines PM10 par mètre cube en moyenne journalière ne doit pas être dépassée plus de 35 fois par an.

En France, la population est informée dès que le niveau est supérieur à 50 microgrammes en moyenne journalière. "Mais en Pologne, le niveau d'alerte est fixé à 300 microgrammes", déplore Piotr Siergiej auprès de l'AFP, dénonçant un "danger pour la santé publique".

Interrogé sur ce seuil d'alerte jugé trop élevé, le ministère de l'Environnement rétorque qu'établir un seuil plus bas serait "inefficace", car "les alertes seraient très fréquentes" et les gens "n'y feraient plus attention".

Le ministère a récemment rejeté la suggestion de l'ONG dont il est membre de sonner l'alarme - et inviter les gens à rester chez eux - lorsque le niveau de particules fines atteint le double de la norme, soit 100 microgrammes/mètre cube.

Le gouvernement du parti conservateur Droit et Justice (PiS) a choisi d'interdire le recours au charbon de mauvaise qualité et de limiter les ventes des fours de cuisine les plus polluants.

Éolien bloqué 

Une étude publiée en janvier par l'Agence internationale de l'Energie (AIE) stigmatise la pollution atmosphérique comme "l'un des plus grands risques pour la santé" en Pologne. Elle invite Varsovie à réviser sa politique énergétique basée sur le charbon et à se tourner vers des sources d'énergies plus propres.

Selon cette étude, le charbon était à l'origine de 81% de l'électricité produite en Pologne en 2015 et le secteur du charbon fournissait pas moins de 100.000 emplois, un sujet sensible dans le pays.

Mais le gouvernement de Beata Szydlo -elle-même fille de mineur- voit dans le charbon une garantie de la sécurité énergétique du pays. Il a d'ailleurs fixé des normes très strictes pour l'énergie éolienne, comme par exemple la distance minimale à respecter pour implanter des éoliennes en zones d'habitation. Ces normes sont accusées par les partisans des énergies renouvelables de bloquer le développement de l'éolien, qui en 2014 couvrait environ 10% des besoins en électricité du pays.
 
AFP/VNA/CVN
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