13/02/2018 16:42
Le secteur privé devrait être invité mardi 13 février à prendre sa part dans le chantier titanesque de reconstruction de l'Irak dévasté par les guerres, un "marché" de plusieurs dizaines de milliards de dollars sur lequel se penche une conférence internationale à Koweït.
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Des volontaires irakiens déblaient les gravats dans le vieux Mossoul, dans le Nord de l'Irak, le 16 décembre 2017. Photo : AFP/VNA/CVN

Au deuxième jour de ses travaux, la conférence se concentrera sur les engagements attendus des donateurs et des investisseurs, sollicités pour rebâtir les dizaines de milliers d'habitations, d'écoles, d'hôpitaux ou d'infrastructures détruites par des années de combats, dont trois contre le groupe jihadiste État islamique (EI).

La veille, à l'ouverture de la conférence, qui réunit des centaines de responsables politiques, d'ONG et d'hommes d'affaires, le ministre irakien de la Planification, Salmane al-Joumeili, avait chiffré la note, astronomique : 88 milliards de dollars.

Pour lever des fonds au plus vite, alors que plus de 2,5 millions de personnes sont déplacées, Bagdad mise notamment sur le secteur privé, en attendant l'annonce par les États participants du montant de leurs contributions financières, annonce prévue pour mercredi 14 février, dernier jour de la conférence.

Les fonds récoltés "serviront d'abord à réhabiliter les personnes déplacées et reconstruire les services publics", a précisé à l'AFP le ministre de la Planification.

Selon Qusai Abdelfattah, directeur général au sein du ministère de la Planification, 22 milliards de dollars de ces fonds sont nécessaires de façon urgente, et le reste à moyen terme.

Ravagé depuis les années 1980 par les guerres à répétition et un long embargo, l'Irak a annoncé il y a deux mois la "fin" de la dernière guerre, contre les jihadistes de l'EI qui s'étaient emparés d'un tiers de son territoire à partir de 2014, menaçant son existence même.

Mais la reconstruction du pays, deuxième producteur de pétrole de l'Opep, s'annonce longue et difficile.

"Nous avons lancé des programmes de reconstruction (...) mais ce que nous avons accompli est inférieur à 1% de ce dont l'Irak a besoin", s'est alarmé Mustafa al-Hiti, président du fonds de reconstruction pour les zones touchées par les combats contre l'EI.

"Plus de 138.000 maisons sont endommagées, dont la moitié sont complètement détruites", a-t-il souligné.

Autre défi de taille, l'Irak devra parvenir à surmonter ses divisions intercommunautaires et la corruption endémique qui gangrène le pays, classé 166e sur 176 États dans ce domaine par Transparency International en 2017.

Retour des déplacés 

Sur les 2,5 millions de déplacés, la conférence doit permettre de financer leur retour "volontaire", estime le Haut Commissariat de l'ONU pour les Réfugiés (HCR).

"Si les combats à grande échelle sont terminés (...), les stigmates demeurent dans tout le pays : les villes ont été durement endommagées, les communautés ont été disséminées et une génération d'enfants risque d'être perdue", a rappelé Bruno Geddo, représentant de cette organisation en Irak.

L'Unicef et ONU-Habitat ont pour leur part appelé à des investissements urgents pour restaurer les infrastructures et les services de base à destination des familles irakiennes.

"La violence (...) a détruit la vie de millions de personnes, laissant un enfant sur quatre dans la pauvreté", ont-elles insisté, alors que la moitié des écoles ont besoin de réparations et que plus de 3 millions d'enfants ont vu leur éducation interrompue.

De son côté, l'OMS appelle la communauté internationale à "investir dans le secteur de la santé qui est dévasté", a indiqué Altaf Musani, son représentant en Irak. Dans les provinces sunnites d'al-Anbar, Ninive et Salaheddine, qui ont été des fiefs de l'EI, 14 hôpitaux et installations sanitaires ont été endommagés ou détruits.

Dès lundi 12 février, des ONG - en majorité koweïtiennes - ont annoncé une levée de fonds pour soutenir les opérations humanitaires de plus de 330 millions de dollars, dont 130 du Comité international de la Croix-Rouge.

Avant de rejoindre Koweït, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est rendu lundi 12 février à Bagdad pour assurer les responsables irakiens du "soutien de la France".


AFP/VNA/CVN

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