03/04/2021 16:40
Mario Draghi, chef du gouvernement italien depuis février, est confronté à son premier dossier explosif sur le terrain économique : comment sauver de la faillite le fleuron national Alitalia, alors que les négociations sur ce sujet avec Bruxelles sont dans l'impasse.
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Le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, lors d'une conférence de presse à Rome, le 26 mars. Photo : AFP/VNA/CVN


Si au début des tractations en mars sur l'épineuse question des aides d'État les deux parties s'étaient félicitées d'un débat "constructif", le ton s'est nettement durci depuis.

"Nous sommes engagés dans une véritable bataille" avec la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, "pour lui faire comprendre l'importance d'avoir une compagnie aérienne à nous", a lâché le sous-secrétaire au Trésor Claudio Durigon.

Dans la rue, "je suis assailli par des salariés d'Alitalia qui contestent le fait que ce qui est accordé à Lufthansa et Air France ne l'est pas à Alitalia", a déclaré le ministre du Développement économique Giancarlo Giorgetti.

Malmenées par la crise sanitaire, Air France-KLM et Lufthansa ont bénéficié d'aides publiques de respectivement 10 et 9 milliards d'euros.

"Vente à la découpe"

Très remontés, les syndicats d'Alitalia ont manifesté mardi 30 mars bruyamment à Rome pour protester contre "la vente à la découpe" de la compagnie et les retards dans le paiement de leurs salaires.


Les négociations entre le gouvernement italien et Bruxelles sur le plan de relance d'Alitalia sont dans l'impasse. Photo : AFP/VNA/CVN

Dans une missive envoyée à Rome et dévoilée par la presse italienne, Mme Vestager fait part de sa "préoccupation sur le manque de progrès substantiels" dans ses négociations avec Rome et réclame que la nouvelle compagnie censée naître des cendres d'Alitalia marque une nette rupture avec son ancêtre.

L'ancien gouvernement dirigé par Giuseppe Conte avait créé en 2020 une entreprise publique pour sauver Alitalia, baptisée Ita, dans laquelle il comptait injecter 3 milliards d'euros.

En 2017 et 2019 Alitalia s'était déjà vu accorder par l'État des prêts d'un total de 1,3 milliard d'euros, désormais dans le viseur de Bruxelles qui examine si cette aide est conforme aux règles de la concurrence.

Sous la pression de la Commission européenne, les ambitions du plan de relance d'Alitalia ont été revues à la baisse. Il est désormais question d'une flotte réduite de moitié, à 45 appareils, et d'effectifs ramenés à 4.500 salariés pour le secteur de l'aviation.

La maintenance et les services au sol devraient être mis en vente séparément. Au total, la compagnie compte plus de 11.000 employés. Le mandat donné par Mario Draghi à ses ministres paraît clair, mais difficile à réaliser : "il faut négocier un plan pour Ita lui permettant" de voler de ses propres ailes "sans peser sur la collectivité".

"Les contribuables italiens ont déjà dû débourser des dizaines de milliards d'euros ces trente dernières années pour maintenir à flot une compagnie très mal gérée", a commenté Massimo Colombo, professeur d'économie de l'innovation à l'École polytechnique de Milan.

"Le secteur aérien a connu un important mouvement de concentration ces dernières années, toute seule Alitalia ne pourra pas survivre, il lui faut un partenaire privé", a-t-il ajouté.
 
AFP/VNA/CVN
 
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