18/08/2019 11:53
Greg, quand il était étudiant en commerce d’une grande université de Londres en 2013, sortait "au moins cinq fois par semaine" pour "fumer du cannabis ou boire". Sa routine pour parvenir à s’endormir et oublier, quelques heures, son mal-être à l’université.
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Le "Wills Memorial Building", faisant partie de l’Université de Bristol, en Grande-Bretagne.
Photo: AFP/VNA/CVN


"J’étais super déprimé", confie le jeune homme de 26 ans, qui en avait alors 20. Il n’est pas le seul à avoir connu une telle situation. Près de la moitié des 37.500 jeunes interrogés au Royaume-Uni par le Réseau de psychiatres "The Insight Network" ont indiqué consommer des drogues ou de l’alcool pour "faire face aux difficultés" de leur vie d’étudiant. Et un sur cinq a déclaré souffrir de troubles mentaux, dépression et troubles anxieux le plus souvent, selon cette enquête réalisée dans 140 universités.

Être en proie à des troubles anxieux "ne signifie pas être un peu stressé pour des examens", précise Dominique Thompson, qui a exercé 20 ans comme médecin généraliste auprès d’étudiants, mais "ne pas pouvoir lire, aller en cours, sortir de sa chambre", tandis que souffrir de dépression peut mener à "des pensées suicidaires".

Selon une étude de l’Agence officielle de statistiques sur l’enseignement supérieur (HESA) portant sur 2,3 millions d’étudiants au Royaume-Uni, la part de ceux signalant des troubles mentaux a "significativement augmenté en dix ans", passant de 0,4% en 2008 à 3,1% en 2018.

Mais "nous ne savons pas dans quelle mesure cette augmentation est due à une plus grande prise de conscience concernant les problèmes de santé mentale, à la volonté des étudiants de les signaler, ou à une véritable augmentation", informe l’agence.

Calmer le jeu

Ces chiffres alarment en tout cas le gouvernement, qui a annoncé début mars la création d’un groupe de travail. Objectif: mieux accompagner les jeunes lors de leur première année, "cruciale" pour s’adapter à l’université.

"Nos universités sont des leaders mondiaux dans tant de domaines et je veux qu’elles soient les meilleures en termes de moyens (alloués à) la santé mentale", déclare le secrétaire d’État à l’Éducation, Damian Hinds.

L’association Universities UK, qui représente les universités du pays, a elle organisé une journée entière de conférences sur le sujet.
 

Des étudiants à l’entrée d’un bâtiment de l’Université de Bristol, en Grande-Bretagne.
Photo: AFP/VNA/CVN


Andrew Hill, directeur d’un groupe de recherches sur le bien-être à l’Université de York St John, pointe un perfectionnisme croissant chez des étudiants "aux attentes irréalistes" qui supportent mal l’échec. Ils craignent "de faire des erreurs", redoutent "que d’autres ne les détectent": leur "autocritique sévère" peut les conduire à "s’isoler", explique-t-il.

"Ce n’est plus suffisant d’avoir un diplôme", abonde Dominique Thompson, pour qui la hausse des troubles mentaux chez les étudiants est un problème international. Dans un monde où "tout est devenu compétition: cuisiner, coudre, peindre..., les étudiants sont de service 24h/24" et leur activité sur les réseaux sociaux accroit encore la pression. "C’est très dur pour les étudiants de se détendre".

Cette pression est accentuée par le poids de parents "surinvestis", qui organisent la vie de leurs enfants afin qu’ils "n’aient rien d’autre à faire que se concentrer sur leurs notes ou sur leur violon", ajoute-t-elle.

Comment calmer le jeu? Dominique Thompson conseille aux universités d’organiser des activités "non compétitives", "pour le fun", et de montrer aux élèves "qu’échouer n’est pas un problème".

Prévention 

Andrew Hill recommande de prodiguer "une formation de base" pour que le personnel encadrant "puisse reconnaître les signes et symptômes de problèmes de santé mentale".


Greg se souvient d’avoir demandé de l’aide en 2013, sans succès. "Après m’avoir suggéré des livres, des numéros à appeler, ils m’ont proposé de discuter, pour revenir vers moi... huit semaines après. Ça m’a frustré, j’ai dit que j’avais changé d’avis".

Depuis quelques années, des universités tentent de changer d’approche. "Avant, comme beaucoup d’universités, nous avions tendance à nous préoccuper (de la santé mentale) à partir du moment où les étudiants avaient besoin de soutien supplémentaire", assure Mark Ames, qui dirige les services étudiants à l’Université de Bristol.

L’institution, bouleversée par le suicide d’au moins neuf élèves depuis 2016, a inauguré en septembre deux services plus "proactifs". La soixantaine d’employés a pour mission d’aider les étudiants à comprendre "l’importance de leur bien-être", en les poussant à dormir davantage, par exemple.

L’université est aussi en train de revoir son système de notation et la fréquence des examens, précise Mark Ames. Mais elle a récemment fait les gros titres: des parents l’accusent de ne pas avoir su réagir aux appels à l’aide de leur fille de 20 ans, Natasha Abrahart, qui s’est pendue en avril 2018 avant un oral qui la "terrifiait".

Toutes deux épinglées dans la presse cet automne comme n’ayant pas de politique spécifique, l’Université de Birmingham déclare aujourd’hui "travailler activement" à l’élaboration "d’un cadre stratégique unique", pour ne plus seulement faire du cas par cas, tandis que la London School of Economics (LSE) assure être "en train de finaliser" une charte.

Greg salue cette volonté de changement. Après cinq ans de "pause", le jeune homme a repris le chemin de l’université. Cette fois, il étudie la géologie. Mais c’est hors du campus qu’il a trouvé le soutien pour réapprivoiser le bonheur: il se rend deux fois par mois à des thérapies de groupe prodiguées par le service de santé public.                          

AFP/VNA/CVN

 


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