17/03/2020 08:25
Emmanuel Macron a pris lundi 16 mars une mesure inédite dans l'Histoire récente de la France en annonçant une restriction sévère des déplacements de la population, parce que le pays "est en guerre" contre la pandémie de coronavirus.
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La place de la Concorde désertée, le 16 mars. Photo : AFP/VNA/CVN

Le chef de l'État a aussi annoncé le report du second tour des élections municipales et la suspension de toutes les réformes dont celle des retraites, aussi emblématique que contestée. "Jamais la France n'avait eu à prendre de telles décisions par temps de paix", a lancé le président dans sa seconde allocution solennelle en cinq jours, soulignant que "nul ne peut savoir" combien de temps allait durer l'épidémie. Le dernier bilan fait état de 21 nouveaux décès (148 en tout) et 1.200 nouveaux cas lundi 16 mars, soit plus de 6.600 en tout.

Sans prononcer le mot "confinement", qui était attendu, Emmanuel Macron a annoncé que les "déplacements seront fortement réduits pour 15 jours au moins" à partir de mardi 17 mars à midi pour "limiter au maximum les contacts" et lutter contre l'expansion du coronavirus. Il ne sera ainsi plus possible de "retrouver ses amis ou aller au parc", et "seuls doivent demeurer les transports absolument nécessaires", "pour se soigner", faire ses courses ou encore "aller au travail quand le travail à distance n'est pas possible", a détaillé le chef de l'État. "Toute infraction à ces règles sera sanctionnée", a-t-il averti, sans plus de détails. "De fait, c'est bien un confinement", a précisé une source gouvernementale. "Sans confinement, on ne pourra mettre fin à l’épidémie", a insisté le ministre de la Santé, Olivier Véran, dans un tweet.

"Rhétorique guerrière"

À droite et à gauche, des responsables politiques ont cependant critiqué un certain flou dans l'allocution de 20 minutes. "Lorsqu'on annonce la guerre, il faut donner des ordres clairs", a réagi Marine Le Pen. Le patron du PS, Olivier Faure, a regretté que "le président n’ait pas été plus précis" et n'ait pas annoncé "un confinement à l'italienne". Tandis que l'écologiste Julien Bayou a dénoncé "une rhétorique guerrière inutile" et un "confinement pas assez strict, sans contrôle démocratique".

Mais pour le numéro 2 des Républicains, Guillaume Peltier, "l'heure n’est pas venue de polémiquer" et "nous soutenons toutes les décisions". Emmanuel Macron a aussi appelé les Français contraints de rester chez eux à être solidaires entre voisins, à appeler leurs proches et à "inventer de nouvelles solidarités" et à retrouver "le sens de l'essentiel", par exemple pour lire des livres.

"Je vous demande d'être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique", a-t-il ajouté. "La France vit un moment très difficile" et "il faudra nous adapter" mais "nous gagnerons", a-t-il lancé. Emmanuel Macron a en outre annoncé le report du second tour des élections municipales, une décision qui "a fait l'objet d'un accord unanime" entre les partis. Il n'a cependant pas confirmé la date du 21 juin, proposée dans l'après-midi aux chefs de partis par le Premier ministre Edouard Philippe.

"Très inquiétante"

Emmanuel Macron a précisé qu'un projet de loi "permettant de répondre à l'urgence" serait présenté mercredi 18 mars en Conseil des ministres, puis dès jeudi 19 mars devant le Parlement. Ces derniers jours, les experts médicaux n'ont cessé de s'alarmer de l'aggravation de la situation, qui "est très inquiétante" et "se détériore très vite", selon le directeur général de la Santé, le Pr Jérôme Salomon. "Le nombre de cas double désormais tous les trois jours", a-t-il souligné, insistant notamment sur les "centaines" de malades en réanimation et dont le pronostic vital est engagé.

Une zone de traitement des patients atteints de COVID-19 dans un hôpital à Créteil, le 10 mars en France. Photo : AFP/VNA/CVN

Le chef de l'État a annoncé qu'un hôpital de campagne du service de santé des armées serait déployé "dans les jours à venir en Alsace" et que des masques seraient distribués dès mardi 17 mars aux soignants des 25 départements les plus touchés. La mesure de confinement limité intervient après une série d'autres décisions de plus en plus contraignantes prises ces derniers jours mais qui ont été jugées insuffisantes pour faire face à l'aggravation de la pandémie.

Le week-end a ainsi été marqué par l'annonce de la fermeture des lieux publics "non-essentiels", comme les restaurants, les bars et les commerces non-alimentaires. Elle s'ajoutait à celle des crèches, des écoles et des universités, annoncée jeudi par Emmanuel Macron au cours d'une première allocution télévisée.

"Pas de pénurie"

La Bourse de Paris a connu une nouvelle débâche en chutant de 5,75% alors que les places mondiales sont toujours en pleine tempête et que Bruxelles attend désormais une récession pour 2020. Pour éviter une multiplication des faillites, Emmanuel Macron a annoncé une garantie des prêts bancaires accordés aux entreprises à hauteur de 300 milliards d'euros, ainsi qu'un "dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien ou report d'échéances bancaires et de garanties de l'État à hauteur de 300 milliards d'euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques".

Les loyers et les factures d'eau, de gaz et d'électricité "devront être suspendus" pour les plus petites entreprises qui rencontrent "des difficultés", a-t-il également annoncé. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a assuré qu'il n'y aurait "pas de pénurie", tout en leur demandant de ne pas multiplier les achats de précaution. Mais en Alsace par exemple, une des régions les plus touchées, des grandes surfaces ont été prises d'assaut avec de longues files de chariots devant les entrées. Également sur le plan pratique, de nombreux parents ont fait état, au premier jour de fermeture des écoles, de difficultés pour se connecter aux sites officiels en ligne destinés à faire la classe à la maison.

AFP/VNA/CVN



 

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