07/02/2021 14:39
Abdel Hamid Dbeibah, élu Premier ministre libyen intérimaire, s'est engagé samedi 6 février à reconstruire le pays en proie au chaos et aux divisions, promettant d'écouter et de travailler "avec tous les Libyens".
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Abdel Hamid Dbeibah (à l'écran) s'exprime le 3 février lors du Forum de dialogue politique près de Genève.
Photo : AFP/VNA/CVN

M. Dbeibah ainsi que les trois membres d'un Conseil présidentiel ont été élus vendredi 6 février près de Genève par 75 membres du Forum de dialogue politique dans le cadre d'un processus lancé en novembre par l'ONU.

La nouvelle équipe aura pour défis de former un gouvernement, préparer des élections nationales prévues en décembre et mettre fin à une décennie de violences et d'instabilité politique.

Dans un discours télévisé, M. Dbeibah a appelé tous les Libyens à soutenir son gouvernement pour "la reconstruction du pays", promettant d’être "prêt à écouter et à travailler avec tous les Libyens, quelles que soient leur idéologie, leur appartenance ou leur région".

Cet ingénieur et riche homme d'affaires de 61 ans a estimé que l'élection de vendredi 5 février était "une consécration de la démocratie et de l'unité".

Controversé 

La Libye est plongée dans le chaos depuis le soulèvement qui a abouti à la chute du gouvernement de Mouammar Kadhafi en 2011.

Depuis 2015, deux autorités s'y disputent le pouvoir, sur fond d'implications étrangères : le Gouvernement d'union nationale (GNA) à Tripoli, reconnu par l'ONU, et un pouvoir incarné par Khalifa Haftar, homme fort de l'Est.

Après l'échec de l'offensive lancée par le maréchal Haftar en avril 2019 pour s'emparer de Tripoli, les deux camps ont conclu un cessez-le-feu en octobre et retrouvé le chemin du dialogue, accompagné d'un rebond de la production pétrolière, secteur clef de l'économie.

L'élection de vendredi 5 février a été largement saluée à l'étranger.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a vu "une très bonne nouvelle" dans la quête de la paix. L'Allemagne, l'Italie, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni ont toutefois souligné qu'un "long chemin" restait à parcourir.

Les forces du maréchal Khalifa Haftar ont salué les "personnalités patriotiques" composant la nouvelle équipe.

L'émissaire par intérim de l'ONU en Libye, Stephanie Williams (à l'écran), annonce le résultat du vote pour le nouveau gouvernement libyen par intérim, le 5 février à Chavannes de Bogis, près de Genève.
Photo : AFP/VNA/CVN

Originaire de Misrata (Ouest), près de la capitale Tripoli, le nouveau Premier ministre par intérim dispose de 21 jours maximum pour former son cabinet. Il bénéficiera de 21 jours supplémentaires pour obtenir le vote de confiance au Parlement, soit au plus tard le 19 mars.

Des accords signés au Maroc en 2015 sous l'égide de l'ONU avaient déjà débouché sur la formation d'un Gouvernement d'union nationale (GNA, basé à Tripoli) et la désignation de son chef Fayez al-Sarraj, mais celui-ci n'a jamais pu obtenir la confiance du Parlement, basé dans l'Est, ni imposer son autorité auprès des forces politiques et militaires du pays.

Le nouveau Premier ministre est loin de faire l'unanimité, notamment parce qu'il a occupé des fonctions importantes sous le gouverment de Mouammar Kadhafi tombé en 2011.

Surtout, son cousin Ali Dbeibah - également homme d'affaires prospère - et lui ont fait l'objet d'enquêtes en Libye et ailleurs pour des malversations. Ce cousin faisait partie par ailleurs du Forum ayant voté le nouvel exécutif.

"Espoir" 

Les Libyens ne cessent de dénoncer le non-renouvellement des élites politiques du pays, la corruption et un quotidien rythmé par des pénuries de liquidités et d'essence, les coupures d'électricité et l'inflation.

"Au début, les Libyens (...) ont montré peu d'intérêt (pour le processus onusien, ndlr). Hier cependant, la joie était palpable car on a vu des initiatives pour l'émergence d'un État", confie Adil al-Kakli, un Libyen de 43 ans à Tripoli. Il estime néanmoins que le délai pour tenir une élection présidentielle en décembre est trop court.

Un autre Libyen, Louay Khouzam, 37 ans, "ne pense pas qu'il y aura d'élections le 24 décembre", mais voit malgré tout un "espoir de changement".

Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, estime cependant que les nouveaux dirigeants "auront beaucoup de mal à exercer une quelconque influence dans l'Est et même dans l'Ouest". "Ils feront face à une forte opposition", estime-t-il, en référence à leur influence limitée au sein de la classe politique notamment.

Pour Tarek Megerisi, analyste politique au Conseil européen des relations internationales, l'élection du nouvel exécutif peut être interprétée comme "un vote contre les favoris".

La liste de M. Dbeibah faisait en effet figure d'outsider par rapport à celle du président du Parlement Aguila Saleh et du puissant ministre de l'Intérieur, Fathi Bashagha, deux poids lourds politiques.

AFP/VNA/CVN
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