19/09/2021 08:30
Dans beaucoup de villages vietnamiens, un culte spécial est réservé au moine indien Bodhidharma, fondateur légendaire en Chine de l’école chán, courant contemplatif (dhyāna) du mahayana (grand véhicule), devenue au Japon l’école zen.
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L’autel du patriarche Bodhidharma dans une pagode au Vietnam.
Photo : CTV/CVN

Le Vietnam reste un pays essentiellement agricole avec 80% de la population vivant à la campagne. Le village est la cellule de la société rurale, une unité sociale, économique, spirituelle, administrative. Les Viêt (ou Kinh), ethnie majoritaire avec 86% de la population, se sont rassemblés dans plus de dix mille villages établis dans les plaines. Chaque village Viêt possède une ou deux pagodes bouddhiques.

Édifice central et des dépendances

La pagode comprend un édifice central et des dépendances. L’édifice central se compose du Hall des cérémonies (Bái duong) horizontal et du sanctuaire principal (Chính diên ou Tam bao) vertical (l’ensemble forme un T renversé). Le sanctuaire principal abrite les statues du panthéon du Mahayana (École du Grand Véhicule répandue au Vietnam, en Chine, au Japon, en République de Corée…).

Les statues les plus communes sont celles d’A Di Dà (Amitabha, Bouddha de la Lumière Infinie), Thích Ca (Sakyamuni, le Bouddha historique), Di Lac (Maîtreya, Bouddha du Futur), Quan Âm (Kouan Yin, déesse de la Compassion…). Rappelons que le bouddhisme est une religion athée puisque, de par son essence philosophique, il n’admet pas l’existence de divinités, puisque tout n’est qu’illusion. De là, primitivement, il condamnait toute forme d’idolâtrie, statues, images.

En dehors de l’édifice central, la pagode vietnamienne comporte des dépendances dont la Chapelle (Salle) des Patriarches (Nhà Tô) qui se trouve derrière lui. On y fait le culte des bonzes patriarches qui ont mené leur vie religieuse dans la pagode. Un culte spécial est réservé à un patriarche à la barbe en collier et au teint bronzé, statue ou image.

Qui est-il ? Les chu bà (paroissiennes) et les già lam (vieilles fidèles), - la pagode était surtout fréquentée par des femmes -, l’ignorent.

Le fondateur de l’école chán

Les pagodes sont nombreuses au Vietnam.
Photo : VNA/CVN

La présence de l’Indien barbucar il s’agit bien du patriarche indien Bodhidharma - paraît plutôt insolite sur un autel peuplé de statues de patriarches vietnamiens. L’homme du peuple qui l’appelle Tô Tây (le Patriarche de l’Occident) se sent plus proche des bouddhas qui garnissent l’édifice central car ces divinités, bien que d’origine indienne, portent des traits de visage plus sinisés, plus vietnamisés.

Bodhidharma (env. 470-543) était un maître bouddhiste indien, fondateur du bouddhisme chinois chán ("Thiên" en vietnamien, "Zen" en japonais et "Dhyâna" en sanscrit). 28e patriarche après Sakyamuni, il descendit d’une dynastie royale brahmane du Sud de l’Inde. C’est à l’âge de 60 ans que, sur l’ordre de son maître Prajnâdhara, il entreprit le voyage de la Chine, débarquant à Canton. Il fut l’hôte de l’Empereur Wu-Ti de la dynastie des Liang à Nankin. Wu-Ti était un adepte et un propagandiste du bouddhisme. Ayant constaté que ce dernier n’était pas encore mûr pour assimiler la doctrine, Bodhidharma traversa le Yang Tsé - sur une feuille de roseau, dit la légende -, alla au Nord et s’installa au monastère de Shaolin (Thiêu Lâm). Il passa neuf années à méditer devant un mur avant de trouver la voie du Chan.

Le chán chinois est un mélange du bouddhisme indien Dhyâna et du taoïsme chinois. Chán (Dhyâna), méditation, est un concept et une pratique adoptés par plusieurs écoles philosophiques et courants religieux de l’Inde ancienne, mais modelés spécialement par l’école chinoise de Bodhidharma qui subit l’influence du Sutra (livre religieux) Lankâvatâra.

L’école chán de Bodhidharma enseigne l’immanence du Bouddha et des techniques particulières pour obtenir un Éveil immédiat. Elle préconise la transcendance par rapport à l’intellect, la communion entre maître et disciple, la contemplation assise jusqu’à l’illumination. Le message de Bodhidharma se résume dans ces préceptes en vers :

"Transmission spéciale en dehors des Écritures,
Ne pas dépendre des mots et des lettes
Viser directement l’esprit humain
Voir dans sa propre Nature et atteindre la Bouddhéité"
.

Le paysan ou la paysanne du Vietnam qui va à la pagode ignore toutes ces méditations métaphysiques. C’est pour cela que peut-être, disciples inconscients de Bodhidharma, ils atteignent la bouddhéité. Dans la pagode japonaise, Bodhidharma est honoré dans une salle spéciale avec une lampe à huile brûlant jour et nuit.
 
Huu Ngoc/CVN
(Août 2003)
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