07/10/2020 10:45
Le Nobel de physique a sacré mardi 6 octobre le Britannique Roger Penrose, l'Allemand Reinhard Genzel et l'Américaine Andrea Ghez, trois pionniers de la recherche sur les "trous noirs", des régions de l'Univers d'où rien ne peut s'échapper, pas même la lumière.
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Les lauréats du prix Nobel de physique de 2020 (de gauche à droite) : le Britannique Roger Penrose, l'Allemand Reinhard Genzel et l'Américain Andrea Ghez, le 6 octobre à Stockholm. Photo : AFP/VNA/CVN

M. Penrose, 89 ans, a remporté le célèbre prix pour avoir découvert "que la formation d'un trou noir est une prédiction solide de la théorie de la relativité générale" d'Einstein, a expliqué le jury Nobel en annonçant le prix à Stockholm.

M. Genzel, 68 ans, et Mme Ghez, 55 ans, ont eux été récompensés pour "la découverte d'un objet compact supermassif dans le centre de notre galaxie", des millions de fois plus gros que notre Soleil.

Il y a à peine un demi-siècle, l'existence même des trous noirs était encore controversée. L'an passé, ces objets gigantesques réputés invisibles ont pu être montrés pour la première fois sur une image révolutionnaire, signe des progrès accomplis pour percer leurs secrets galactiques. 

"Je suis ravie de pouvoir servir de modèle pour les jeunes femmes qui envisagent d'aller vers ce domaine", a réagi Andrea Ghez. Elle est seulement la quatrième femme à remporter un Nobel de physique, le plus masculin des six prix (moins de 2% de lauréates).

S'ils fascinent beaucoup d'entre nous, "très peu de gens comprennent ce qu'est un trou noir", reconnaît l'astronome basée en Californie. "Les lois de la physique près d'un trou noir sont si différentes de celles qui opèrent sur Terre", c'est "très difficile à conceptualiser".

Proche de Stephen Hawking 

"Sir" Roger Penrose, qui est crédité de la moitié du prix de près d'un million d'euros par le jury, a utilisé la modélisation mathématique pour prouver dès 1965 que les trous noirs peuvent se former.

Explications sur la formation des trous noirs. Photo : AFP/VNA/CVN

L'octogénaire britannique était un proche de son célèbre compatriote Stephen Hawking, décédé en 2018. Un Nobel pour son compère astrophysicien handicapé aurait été "bien mérité", a reconnu le professeur lors d'une conférence de presse. 

Ensemble les deux ont "prouvé mathématiquementque lorsqu'une étoile très massive s'effondre, elle finit en trou noir", explique Luc Blanchet, de l'Institut d'astrophysique de Paris.

Depuis le début des années 1990, Reinhard Genzel et Andrea Ghez, qui se partagent l'autre moitié du Nobel, ont eux mené des recherches sur une zone appelée Sagittaire A*, au centre de la Voie lactée.

En utilisant les plus grands télescopes du monde, ils ont découvert un objet extrêmement lourd et invisible - environ 4 millions de fois plus grand que la masse de notre Soleil - qui tire sur les étoiles environnantes, donnant à notre galaxie son tourbillon caractéristique.

"Le secret le plus obscur de la Voie lactée", a salué le jury Nobel. La chancelière allemande Angela Merkel a adressé via un porte-parole sa "grande reconnaissance" à son compatriote Reinhard Genzel pour son "travail de pionnier".

Lors d'une conférence de presse depuis l'Institut Max Planck de physique extraterrestre, ce dernier a concédé qu'il avait versé "quelques larmes", pensant devoir attendre de longues années avant la distinction. "L'une des qualités nécessaires à un chercheur pour remporter un Nobel est de vivre lontemps", a-t-il plaisanté.

Les trous noirs supermassifs sont une énigme de l'astrophysique, notamment sur la façon dont ils deviennent aussi gros. Les scientifiques pensent qu'ils dévorent, à une vitesse folle, tous les gaz émis par des galaxies très denses qui les entourent. Comme ils sont invisibles, on ne peut les voir que par contraste, en observant les phénomènes qu'ils suscitent dans leur proche environnement.

C'est ainsi qu'une première image révolutionnaire d'un trou noir avait été révélée au monde en avril 2019 par une équipe internationale de l'Event Horizon Telescope, un exploit lui aussi jugé nobélisable. "C'est un âge d'or pour la recherche sur les trous noirs, avec des merveilles encore à venir", a déclaré  Shep Doeleman, le directeur du projet.

AFP/VNA/CVN

 
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