25/03/2017 09:48
Lorsque l’on évoque un bon Mi Quang à bas prix pour les travailleurs, on a tendance à penser à un plat de piètre qualité. Or, depuis une trentaine d’années, un couple paysan à Quang Nam tente de faire les choses autrement.
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Chaque jour, Mme Muoi produit une centaine de kilogrammes de vermicelles de riz.
Photo : DT/CVN

Le niveau de vie s’améliore au Vietnam et tout le monde s’en réjouit. Mais dans certaines circonstances, le prix de la vie grimpe de façon absurde et presque injustifiée. C’est le cas durant les fêtes où le prix d’un simple pho ou d’une soupe quelconque peut atteindre jusqu’à 200.000 dôngs au lieu des 35.000 à 50.000 dôngs à l’ordinaire. Des occasions en or pour certaines personnes mal intentionnées d’obtenir un profit illégitime. Contrairement à d’autres restaurants qui cherchent à «apporter de l’eau à leur moulin», un couple paysan à Quang Nam souhaite apporter aux plus démunis un plat chaud et nourrissant abordable pour tous.

Cependant, si l’on s’efforce de chercher, on peut parfois dénicher quelques rares endroits où le prix reste modique. Cette soupe de vermicelle au poulet, appelée Mi Quang, est une spécialité renommée de la province de Quang Nam (Centre). 5.000 dôngs le bol, c’est le prix que propose une petite gargote au bord de la route intercommunale traversant le village de Phuoc Thuong, (commune de Quê Thuân, à Quang Nam), agrémentée à la porte d’un simple écriteau : «Mi Anh». «C’est le nom de mon mari, Trân Van Anh. Paysans d’origine, nous avons ouvert cette gargote il y a une trentaine d’années afin de gagner notre vie. Nos clients sont pour la plupart des travailleurs manuels dont la vie n’est pas très aisée. C’est pour cette raison que chez nous, on propose le Mi Quang à bon marché», explique Nguyên Thi Muoi, 50 ans.

L’honnêteté qui l’emporte

La gargote Mi Anh se tient dans l’enceinte même de la maison de Mme Muoi, une ancienne maison fragile installée au bout du village. À l’intérieur, il n’y a que trois tables surannées et une vingtaine de tabourets. Un cadre qui peut sembler inconfortable pour certain qui n’empêche pourtant pas l’arrivée continue des clients. La gargote est ouverte de 07h00 du matin jusqu’à la tombée de la nuit. «Nous débarquons chez Mi Anh tous les jours, pour le petit-déjeuner, le déjeuner et parfois le dîner. Malgré son prix si modique, la soupe est toujours chaude et savoureuse, confie M. Thât, ouvrier travaillant pour une ferme sylvicole dans la localité. Grâce à ce restaurant devenu populaire, de nombreux travailleurs pauvres peuvent reprendre leurs forces après de longues heures de travail. Nous n’avons pas les moyens de manger dans les autres restaurants».

Une déclaration partagée par la plupart des clients. M. Dung, scieur, confie : «Mon travail est pénible. Chaque repas, je mange jusqu’à trois, voire quatre bols de Mi Quang. Je suis très heureux que la gargote Mi Anh soit là pour nous servir. De plus, Mme Muoi est contente de nous accorder d’+acheter à crédit+ lorsque nous n’avons pas assez d’argent sur nous».

La cuisinière, très sympathique, accueille les clients habituels avec un sourire. Elle et son mari s’occupent eux-mêmes de cuisiner et de servir les plats. À chaque arrivée d’un client, d’un geste habile, elle glisse les vermicelles dans un grand bol, dans lequel elle ajoute quelques escalopes de poulet, un peu de ciboule, avant de l’arroser de bouillon. Elle l’accompagne sur la table d’une assiette de salade faite avec du tronc de bananier haché, agrémentée d’herbes aromatiques. «Je suis ravie de voir les clients manger le Mi Quang avec appétit. Cela me fait oublier la fatigue»,  partage la gargotière.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid

Mi Quang, une spécialité renommée de la province de Quang Nam (Centre). Photo : DT/CVN
Le travail de ces deux gargotiers commence à 03h00 du matin. La préparation de la soupe est des plus minutieuses. Et les deux époux se chargent de tous les maillons : achat des matières premières, préparation du vermicelle, du poulet, de la salade, cuisine, vaisselle… Chaque jour, Mme Muoi produit une centaine de kilogrammes de vermicelles de riz, pendant que M. Anh se charge d’abattre une vingtaine de poulets avant d’en faire du bouillon et du rôti. «C’est assez fatiguant si l’on veut continuer à ce rythme. Mais d’un autre côté, le prix du Mi Quang peut être réduit au maximum chez nous», déclare le patron du restaurant. Au cours des décennies, il a accumulé différentes astuces de cuisine pour avoir un superbe bouillon et un rôti délicieux. «Néanmoins, un bon Mi Quang dépend d’autre part de la qualité du vermicelle», ajoute Mme Muoi, devenue experte dans la préparation du vermicelle. 

La gargote Mi Anh a pour devise : «Se saigner aux quatre veines pour le gain» (se donner beaucoup de peines pour gagner) comme l’a dit une maxime vietnamienne. «Pour chaque bol de Mi Quang, je ne gagne que quelques sous. Mais avec des centaines de bols vendus chaque jour, je peux bénéficier d’un revenu honorable», précise la gargotière.

Concernant le revenu que le métier parvient à apporter à la vie de sa famille, Mme Muoi réplique avec un doux sourire : «Vous voyez, ma famille n’a peut-être pas une grande fortune, mais nous avons une vie heureuse. Quoi qu’il en soit, nos deux enfants ont pu aller à l’école et ma fille aînée vient de passer le baccalauréat. L’important, c’est que les travailleurs démunis comme nous puissent avoir un bon repas et manger à leur faim».

Nghia Dàn/CVN
 
                         
                
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