07/10/2017 13:14
Faisant partie intégrante de l’orchestre de la Cour de Huê, le kèn bâu est un instrument à vent dont le son est tellement mélancolique que l’on imagine «les lamentations d’une jeune odalisque dans le harem». Une attraction.
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Original dans sa forme et dans ses sonorités, le kèn bâu occupe une place centrale dans l’orchestre royal. Photo : GD/CVN

Le kèn bâu (littéralement hautbois à calebasse, du fait que son pavillon se fait à partir d’une calebasse séchée) est un instrument de musique original et immanquable dans l’orchestre de nha nhac cung dinh Huê (musique de cérémonie à la Cour de Huê). En 2003, cette musique académique caractérisant l’époque de monarchie vietnamienne a été introduite par l’UNESCO dans la liste des chefs-d’œuvres oraux immatériels de l’Humanité.

De 1802 à 1945 (date de la naissance du Vietnam indépendant), Huê fut la dernière capitale du Vietnam féodal. C’était là où le nha nhac cung dinh Huê était exécuté avec solennité lors des grandes cérémonies comme Cung dinh,  Tê giao, Tê Miêu, Dai triêu, Thuong Triêu.

L’orchestre de nha nhac était alors au temps de sa splendeur avec des dizaines d’instruments traditionnels différents. Une musique académique, à la fois solennelle, mélodieuse, merveilleuse, ensorcelante et divine…    

La complainte de l’odalisque

Parmi les instruments de musique de la nha nhac, le kèn bâu se caractérise par des sons singuliers tantôt mélancoliques, tantôt affligés, parfois attristants ou moroses, voire mystérieux… C’est pour cette raison peut-être que le kèn bâu évoque l’image des «lamentations d’une femme du harem pleurant son triste destin».


Parmi les instruments de musique de la nha nhac, le kèn bâu se caractérise par des sons singuliers. Photo : TT/CVN

Original tant dans sa forme que dans ses sonorités, le kèn bâu s’affirme dans l’orchestre royal et ne manque pas d’attirer l’attention. On le trouve aussi dans les orchestres populaires lors des fêtes villageoises, lors des cérémonies honorant les génies tutélaires et lors de funérailles, notamment.    
 
Selon l’instrumentiste chevronné Lu Huu Thi, le kèn bâu se décline en trois tailles : la grande (au son grave), la moyenne (au son neutre) et la petite (au son aigu). En forme de clarinette, le kèn bâu a une structure des plus simples et comprend trois parties principales : l’anche, le tronc et le pavillon. L’anche est formée à partir d’un tube en roseau (ou en bois, voire en ivoire parfois). Elle est aplatie à une extrémité et ronde de l’autre. Elle est implantée dans le tronc du kèn bâu au travers d’un tube en métal appelé thang.

L’anche est la partie la plus importante de l’instrument. En effet, la qualité des sons que l’instrument émet dépend grandement de sa confection. Le corps du kèn bâu est un tube creux en bois de 25 à 30 cm de long et de forme conique. Le tronc creux est marqué tout au long par sept trous d’accords qui permettent d’émettre sept notes de musique (do, ré, mi, fa, sol, la, si). Sans oublier le 8e trou percé au-dessous du tronc, qui est manipulé par le pouce.  Le pavillon est fait à partir d’une calebasse (bâu en vietnamien) séchée, d’où son nom de kèn bâu.

Un cercle fermé, un répertoire restreint

D’ordinaire, l’orchestre de la Cour comprend trois à cinq musiciens de kèn bâu. «Dans la province de Thua Thiên-Huê - berceau du kèn bâu -, ce dernier est incontournable lors des funérailles, explique l’instrumentiste Lu Huu Thi. Les sons affligeants et éplorés de la mélodie semblent ajouter à la dimension solennelle de la cérémonie». 

L’instrumentiste Lu Huu Thi. Photo : GD/CVN

À Thua Thiên-Huê, on ne recense à présent qu’une vingtaine de partitions destinées exclusivement au kèn bâu. Les airs titrés Dang dan cung et Nha nhac cung ai sont les plus représentatifs. Si le premier au rythme puissant et grandiloquent est à l’usage des grandes cérémonies de la Cour, le second au rythme plus lent et morose n’est, quant à lui, réservé qu’aux funérailles. «De nos jours, le +Nha nhac cung ai+ est de moins en moins pratiqué. Il ne reste qu’un seul instrumentiste, Truong Khiêm, 88 ans, qui est en mesure de jouer correctement cet air plaintif», précise le clarinettiste Trân Thao, fils de Trân Kich, joueur célèbre du kèn bâu.

Au niveau national, Truong Khiêm est connu comme un talent de renom du kèn bâu. Son père était dans l’orchestre royal sous la dynastie des Nguyên (1802-1945). Il connait par cœur tous les rites des cérémonies traditionnelles tant royaux que populaires. Actuellement, il est le seul capable d’exécuter avec brio les vingt partitions du kèn bâu.

Selon l’artiste octogénaire, pour pouvoir jouer du kèn bâu, il faut au moins deux ou trois ans d’entraînement et de pratique. Et seuls les «anciens», ceux qui ont au moins dix ans d’expérience, sont capables de jouer avec les trois catégories classiques. Il révèle par ailleurs un secret professionnel : on ne voit jamais de femmes jouer du kèn bâu. Elles ne jouent que de la flûte transversale (sao) ou verticale (tiêu). «La raison est des plus simples : outre la difficulté d’exécution, le joueur laisse toujours une image désagréable à l’œil, avec les joues gonflées et les yeux écarquillés. C’est essentiellement une question d’esthétique», explique Truong Khiêm avec un sourire.

Quoiqu’il en soit, les mélodies de kèn bâu parviennent à atteindre et ensorceler les connaisseurs de musique de tous bords, traditionnelle et même académique. En effet, de son vivant, le Professeur en musicologie Trân Van Khê (1921-2015) s’est exprimé lors d’une représentation de l’artiste Trân Kich à Paris : «Avec des sons si élégants, impressionnants et si particuliers, le +kèn bâu+ semble atteindre le summum de l’art».

Nghia Dàn/CVN
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